‹ Les émotions et la volontéChapitre 9 sur 194 · ÉLÉVATION ET AFFAIBLISSEMENT DES SENTOIENTS · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION ET AFFAIBLISSEMENT DES SENTOIENTS

certaiuo iiicoiupatibilité entre rëmotion du sublime et celle du pathétique ; dans l'art, les deux ne seraient pas perçues au même moment, dans une seule image.

L'incompatibilité de la colère et de l'affection est extrême : les manifestations des deux états sont en contradiction totale. Quand l'un existe, l'autre est inadmissible à moins qu'il ne soit assez puissant pour détruire et remplacer le premier.

La peur et le courage sont des contraires qui se détruisent mutuellement ; le premier renferme un élément pénible, le second un élément agréable. De plus, le premier signifie faiblesse, prostration; le second, force, puissance.

L'orgueil et l'humilité sont de la même façon nécessairement opposés ; on ne peut respecter et ridiculiser le même objet au même moment. Ces états différents peuvent être entrevus dans une transition très rapide pourvu qu'ils soient en rapport avec des objets différents et qu'ils ne soient pas extrêmes en degré. Nous pouvons montrer de la colère aune personne, puis de l'affection à une autre ; nous pouvons craindre un ennemi puis en rencontrer un second avec courage. La même personne peut ramper devant son supérieur et fouler aux pieds son inférieur. Nous pouvons passer du subhme au pathétique, et si l'intervalle entre eux est suffisant, trouver cette transition agréable. Le ménagement de transitions semblables est une des délicatesses du tact artistique.

39. — Quatrièmement, des sentiments de la même espèce ou d'espèces semblables, se renforcent l'un l'autre.

Ceci n'est pas seulement un effet d'addition comme celui de deux feux allumés dans la même chambre, c'est un effet d'inflammation mutuelle, comme si l'on réunissait deux masses embrasées en une seule. Dans les deux cas il y a augmentation d'intensité avec consommation plus rapide des matériaux.

Deux influences actives égales produisent une activité plus que double d'une seule, la durée étant raccourcie suivant l'augmentation de l'ardeur. Quand une personne est sous l'influence d'une passion déprimante, la peur, le chagrin, l'impuissance, l'humihation, l'addition de l'effet d'une passion du même genre peut produire un total disproportionné. Des choses qui nous touchent à peine lorsque nous sommes dans un état normal, nous affectent vivement lorsque nous som-

mes déjà touchés par autre chose. De plus la loideTaffaibUssemeiit rapide d'un accroissement de plaisir ne s'applique pas à l'accroissement de souffrance. Parce que nous sommes accablés par le chagrin, il ne s'ensuit pas comme on se l'imagine souvent, que nous reviendrons plus vite à notre condition ordinaire. Les lois du plaisir et de la souffrance sont opposées quant aux circonstances de leur existence et de leur durée.

En résumé, les sentiments sont les produits des stimulants actuels ou idéaux, corporels ou mentaux. Les principales circonstances qui les dominent sont : 1*" Vintensité du stimulus, développée par la variété des directions vers un seul but ; 2'' la capacité subjective comprenant la puissance que donne l'interruption ; 3^ h'ojjposition et la ressemblance. (On trouvera quelques exemples en plus sur le sujet de ce chapitre dans l'appendice A).

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