‹ Les émotions et la volontéChapitre 95 sur 194 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(Suile)

1 . — Nous devons maintenant poursuivre l'étude du développement de la volonté soumettant peu à peu à sa puissance tous les organes volontaires.

J'ai déjà fait remarquer qu'un mouvement appartenant à une association, peut se transporter à une autre association. Lorsqu'un lien existe entre une action et un sentiment, l'action revient plus fréquemment que si elle ne dépendait que des impulsions simplement spontanées, elle a donc plus de chances de former de nouvelles alliances. Le même mouvement peut répondre à plusieurs exigences, à des circonstances imprévues, et préparer ainsi des associations futures. Les mouvements de la tête et du tronc, d'abord spontanés, mais produisant d'agréables effets, la chaleur par exemple, furent rapidement associés à ces sensations et provoqués ensuite par elles; bientôt on trouve qu'ils permettent de chercher d'autres sensations, la lumière par exemple, de là une nouvelle association qui les soumet à de nouvelles influences. La tendance de la conservation de soi-même est de plus toujours prête à s'introduire lorsqu'il y a coïncidence entre une impulsion active et une augmentation de plaisir ou une diminution de souffrance; les probabilités en faveur de ces coïncidences sont d'autant plus nombreuses que les mouvements sont plus fréquents. Reprenons des exemples dans le champ si vaste de la locomotion animale. La faculté de se mouvoir est d'abord purement spontanée mais certains modes particuHers de locomotion se lient bien vite aux sensations de l'animal et deviennent ainsi plus durables et plus

facilement évoquables que si la spontanéité seule les produisait. J'ai déjà remarqué qu'une grande activité naturelle est singulièrement favorable à la naissance d'actions associées à cause du grand nombre d'essais qui sont faits en conséquence. Ces essais n'aboutiraient à rien sans l'instinct primordial qui fait que nous conservons et que nous reproduisons tout ce qui aide au plaisir actuel et à la diminution de la souffrance actuelle; grâce à cet instinct, les essais de l'activité sont fructueux et produisent toutes ces connexions spéciales dont est faite notre puissance volontaire. Une action spontanée, locomotrice par exemple, s'associe rapidement à une quantité de sensations qui lui permettent de répondre à un grand nombre de sollicitations variées. Ces actions, chez l'enfant, se reproduisent fréquemment grâce à leur association avec des sentiments divers. Les mains, la langue, la bouche avec la tête, le tronc, les membres atteignent d'abord ce degré partiel de puissance volontaire constituée par des alliances spéciales, et sont dès lors mieux préparés à franchir de nouveaux degrés. Tout organe actif va élargissant ainsi les limites de ses associations avec des états de conscience agréables ou désagréables si bien qu'il arrive à être stimulé par ces états et qu'il devient un instrument de la libre volonté dans les bornes de ses acquisitions. La soumission d'un mouvement à plusieurs sentiments séparés peut se représenter assez souvent pour répondre à toutes les fins de l'existence animale; c'est alors que l'éducation de la volonté serait pratiquement complète. Mais, chez l'homme surtout, la volonté est généralisée, si l'on peut s'exprimer ainsi, par des séries d'acquisitions différentes de celles que nous venons de décrire, afin de répondre aux nécessités spéciales du système actuel. Nous devons donc étudier les éléments composant les plus importants qui constituent la puissance de la volonté.

2. — Je commencerai par l'expression du commandement; on guide avec la parole les hommes aussi bien que les animaux. Voilà un moyen bien éloigné du fouet qui cependant sert de point de départ à son acquisition. Un son peut être en lui-même si désagréable à l'oreille qu'il active les mouvements de l'animal ; que cela soit vrai ou non du claquement de fouet du postillon français, c'est ce que je ne puis dire. Les sons brusques et rudes de la voix humaine sont probablement pénibles à l'oreille de l'animal qu'on

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