‹ Les émotions et la volontéChapitre 96 sur 194 · EXPRESSION DU COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU COMMANDEMENT

dresse et produisent le môme résultat qu'un coup de fouet sur la peau. Mais l'entremise du fouet nous permet d'associer des sons en eux-mêmes presque indifférents avec les actes dont nous désirons amener l'accomplissement. L'animal apprend vite à lier chaque émission de sons avec le mouvement demandé, car il est poussé à ce mouvement par l'application additionnelle d'un coup de fouet. C'est ainsi qu'on apprend au cheval à avancer ou à s'arrêter, à tourner à gauche ou à droite, à ralentir ou à allonger son pas, et cela à la parole de commandement de celui qui le conduit. L'animal une fois initié à un certain vocabulaire à l'école de la souffrance, une série d'associations donnent au son seul toute la force de l'infliction de la souffrance. Toute défectuosité de la chaîne d'associations, est annulée par le retour au système primitif que la meilleure éducation ne peut entièrement supplanter. On peut, par un mode soigneux d'élevage étabhr dans les esprits des espèces les plus dociles un grand nombre de ces connexions entre le langage et les mouvements. La manière de procéder est la même pour tous; mais il y a de grandes différences d'aptitudes entre les indidividus. L'explication de la méthode est en somme donnée, comme pour les êtres humains, par la loi de contiguïté. Pour que l'obéissance à la voix soit possible il faut d'abord une bonne oreille qui distingue nettement une articulation d'une autre, un timbre d'un autre. Une autre condition purement intellectuelle est la durée du souvenir d'une coïncidence qui s'est répétée plusieurs fois, c'est là une propriété, à des degrés différents, de l'organisation animale en général. Une fois ces deux éléments présents, on peut étendre très loin la soumission de l'animal au commandement parlé. L'homme forme un nombre bien plus grand d'associations ; son oreille discerne probablement mieux que ne le fait celle des animaux, les différents sons vocaux, et en même temps son esprit fait plus vite les acquisitions nécessaires. Les premiers développements de cette partie de l'éducation montrent toutes les particularités de la volition naissante. Si nous ne prenons pas la peine d'associer dans l'esprit de l'enfant un mouvement à un son, il faut que nous attendions une occasion où le mouvement naisse spontanément, et que nous essayions alors de provoquer sa durée. Pour l'enfant, le ton et les gestes qui accompagnent les pre-

miers essais de l'influencer par la parole sont comme le fouet pour lejeune cheval ; ils paralysent l'action commencée au même moment, et encouragent tous les mouvements qui font cesser le tourment. Sous leur influence l'enfant supprimera tour à tour les mouvements inutiles et conservera fidèlement celui qui lui apportera un soulagement sensible ; il passera naturellement par la période d'indécision, de tâtonnement, qui accompagne le début de tout progrès, mais la clarté se fera bientôt dans son esprit. Quand une fois l'enfant a nettement vu la liaison qui existe entre l'action qu'on lui demande et le son qu'il entend et qui est peut-être accompagné d'inflictions pénibles, le premier pas est franchi, et l'alHance permanente des deux choses se fixera en temps convenable dans son esprit. Tout ce qui peut le guider au début, ce sont les sons durs et pénibles qui tombent dans son oreille au moment où il est en mauvaise voie, et les mêmes paroles, mais dites avec un accent tranquille et doux, lorsqu'il est en bonne voie. Quand l'enfant est arrivé à apprécier jusqu'à un certain point cette différence entre les deux modes de commandement, que l'un lui donne une sensationréelle de souffrance, et l'autre une sensation agréable, nous pouvons rapidement développer en lui la soumission à notre volonté. Un enfant de quelques mois peut, au commandement, accomphr un certain nombre d'actions simples, fermer la bouche, écarter les mains, se tenir droit, et ainsi de suite. Des mouvements qui ne pouvaient être provoqués par aucune autre association, naissent donc au commandement de la voix qu'il faut ainsi reconnaître pour un des antécédents importants qui éveillent les énergies de la volonté. Il arrive souvent qu'un enfant ou un animal oublie d'accomplir les mouvements que lui commandent des circonstances urgentes, tandis qu'il les accomplit immédiatement si son oreille recueille les sons directeurs auxquels elle est accoutumée; l'association est mieux formée dans un cas que dans l'autre. La volonté est une machine de détail; apprendre une langue étrangère, ce n'est que faire des acquisitions séparées et multipliées. L'unité de la puissance volontaire, est imaginaire; les apparences dans la maturité de la vie sont en faveur de cette unité ; ne sommes-nous pas capables d'accomplir une multitude d'actions sur un simple désir? Mais cette unité n'est que le résultat de l'accumula-

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tion d'une foule d'associations de détail dont on a perdu de vue ou oublié l'histoire. Nous avons acquis pas à pas la faculté de soumettre les membres et le corps à la direction vocale; nous n'avons atteint le résultat qu'après des luttes longues, des hésitations et des répétitions pénibles, et c'est ce qu'on oublie quand on commande à des hommes faits.

3. — La volonté franchit un troisième degré de son développement grâce à la faculté acquise d'imitation. J'ai déjà (Contiguité § 52) réfuté l'opinion qui considère cette faculté comme instinctive, en exposant sa formation graduelle au miheu des luttes qui signalent tout commencement volontaire. L'imitation implique formation d'une association entre l'aspect que présente un mouvement exécuté par une autre personne et l'impulsion qui meut chez nous le même organe. Il s'agit ici de l'action des membres, du tronc, de la tête, de la bouche, des yeux et des traits ; lorsqu'il est question d'imitation vocale, c'est entre un son perçu par l'oreille et l'impulsion communiquée au mécanisme de la parole, que se forme l'association. On ne peut pas trouver un meilleur exemple du développement d'une acquisition volontaire, que les commencements de la faculté d'imitation. Si nous observons les premiers efforts faits pour parler, nous retrouverons la marche invariablement suivie et que nous avons déjà décrite tant de fois. L'articulation est d'abord spontanée; si le son produit plaît à l'oreille, il est probable que le stimulus vocal est conservé. Quelques répétitions du fait le fixent dans l'esprit avec ses deux éléments si bien qu'à la fin l'ordre peut être interverti et l'audition d'un son provoquer son émission. C'est probablement ainsi que se passeraient les choses si l'enfant était abandonné à lui-même ; mais on lui fait suivre une marche spéciale afin de rendre plus rapides ses acquisitions. Pour provoquer l'imitation on emploie la même méthode que pour enseigner la soumission au langage du commandement. L'enfant est déjà habitué à entendre certains sons aux tons impérieux qui ont pour effet, comme la souffrance, de stimuler ses efforts actifs. Mais les tentatives sont généralement beaucoup trop prématurées pour avoir un résultat, l'enfant ne peut pas étabhr de connexion spécifique entre les sons qu'il entend et les mouvements du larynx. Cependant si par hasard il produit le son qu'on lui demande, le courant nerveux peut se maintenir dans cette

direction et aider ainsi à la formation d'une association avec le son entendu. Que deux ou trois de ces accidents favorables se reproduisent, et les deux éléments qui doivent se joindre seront déjà moins étrangers l'un à l'autre. Ce n'est donc pas un travail inutile que de forcer la force cérébrale à suivre une bonne direction en émettant souvent le son qu'on veut voir reproduit. Nous pouvons ne pas réussir dans nos essais, mais nous augmentons au moins les chances de succès. Tout ce qui peut produire l'effort d'émission en même temps que la perception distincte du son, pendant que l'esprit est libre de toute autre occupation, est favorable à la formation de l'association nécessaire, et à la suite d'un certain nombre de répétitions peut fixer définitivement cette association. Les premiers sons articulés dont l'enfant est assez maître pour les prononcer immédiatement au commandement sont parmi les plus simples. Bail, tah, nah représentent des sons faciles à prononcer pour la bouche et la langue, ce sont les premières syllabes que disent les enfants s'efforçant à parler. La spontanéité doit avoir une grande part dans le jeu de ces organes si mobiles, et persister longtemps avant que l'enfant franchisse le degré le plus élémentaire du langage volontaire ; c'est à peu près vers la fin de la première année que cette spontanéité primitive des organes vocaux disparaît. Il n'y a pas d'ordre fixe dans lequel doivent se reproduire les premiers sons articulés ; les labiales (comprenant b ou p) et les dentales (comprenant d, t ou n] semblent, dès l'origine, faciles à prononcer ; les gutturales (?", g) sont peut-être plus difficiles et d'acquisition plus tardive, mais la différence est petite. Le fait matériel important pour notre dessein est que dans tous les cas l'émission de la voix doit d'abord être naturelle afin d'être dans l'esprit couplée à ses effets, ce qui rend possible sa reproduction imitative. Je ne connais pas d'exemple pouvant mieux prouver ou annuler la théorie ici soutenue de la volonté, que celui de ces acquisitions vocales. Elles sont facilement observables, au lieu, ainsi que d'autres, d'être ensevelies dans les profondeurs de la conscience même de l'enfant, elles apparaissent ni trop tard ni trop tôt ; elles portent en elles le germe de la volition assez isolé pour manifester son vrai caractère. Toutes les circonstances qui concourent à la formation de la chaîne qui doit conduire au

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