‹ Les émotions et la volontéChapitre 98 sur 194 · IMITATION DES MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

IMITATION DES MOUVEMENTS

souvenir. Tous les mouvements des bras sont si visibles qu'après quelques mois d'éducation des sens, et de développement intellectuel, le terrain est tout préparé pour les progrès de l'imitation. On peut alors, avec avantage forcer ces progrès. La volonté imitative ne peut pas agir sans être excitée par un stimulus approprié; que ce stimulus soit un plaisir résultant de l'identité du mouvement produit avec son modèle, ou quelque diminution de souffrance, il est toujours nécessaire. Si nous pouvons provoquer la production d'un de ces deux motifs-causes, nous atteindrons rapidement le but en vue. Que l'enfant éprouve une satisfaction bien marquée à lever les bras, à fermer la main, à joindre les deux mains, cette satisfaction bien qu'elle ne soit pas à l'origine suffisante pour faire naître le mouvement, aidera à la conservation du mouvement une fois celui-ci commencé. L'imitation seule, en elle-même n'a pas d'effet sur l'esprit de l'enfant ; il faut qu'il en sorte quelque résultat palpable qui puisse créer un stimulus. Quand un enfant voit une personne faire quelque chose de nouveau, d'excitant, le plaisir de faire la même chose est si fort qu'il fait l'effet d'un coup d'éperon et provoque les efforts actifs de l'enfant ; l'imitation est alors un moyen d'où sort un motif de continuer l'action. Les premiers efforts d'imitation ont généralement pour but d'atteindre un effet agréable qu'on discerne comme provenant d'une action particulière ; par exemple, ces efforts sont des essais pour lancer une balle, pour produire un son, pour activer une flamme, pour porter quelque chose à la bouche.

Pour ces imitations, comme pour les actions volontaires en général c'est moins d'une direction proprement dite, que d'une certaine force d'impulsion dont nous avons besoin. Ceci n'altère en rien la théorie des acquisitions. Il faut que nous attendions le moment où apparaît spontanément une forte impulsion, et que nous conservions ce degré d'énergie par la volonté comme nous conservons au courant nerveux sa bonne direction. Nous atteignons ainsi par la volonté un certain degré d'énergie, comme nous faisons volontairement mouvoir certains muscles dans une certaine direction. Le sentiment de l'effet produit est toujours là pour corriger les erreurs ; et lorsqu'on tombe sur un degré d'énergie qui n'est pas le bon, l'impulsion présente n'étant pas soutenue fait

place à quelque autre impulsion jusqu'au moment où finalement on a satisfait aux nécessités de la situation.

Nous pouvons poursuivre l'examen de la faculté imitative dans toutes les postures, tous les gestes, tous les mouvements du corps. Pour les membres inférieurs et le tronc, il n'y a pas à noter de différence essentielle avec ce que nous avons déjà indiqué. Les pieds semblent être moins bien préparés que les mains aux mouvements volontaires variés, nous voyons par la danse par exemple que ces mouvements sont limités et difficiles. La difficulté de l'imitation est beaucoup plus grande pour toutes les parties du corps qui ne sont pas directement sous les yeux. 11 faut alors avoir recours à d'autres moyens pour en percevoir les mouvements, au miroir ou aux yeux d'une autre personne. L'éducation vocale d'un sourd est un bon exemple de l'emploi des moyens artificiels. Les sourds sont incapables de savoir si leurs efforts vocaux correspondent aux sons de l'alphabet tels qu'on les entend et qu'on les prononce : il faut donc trouver un moyen de leur indiquer qu'ils prononcent bien ou mal. Lorsqu'un sourd connaitpar les yeux l'alphabet qu'on lui a montré avec la méthode habituelle dans ce cas, ce qu'il faut obtenir de lui ensuite, c'est l'articulation d'un son correspondant à un de ceux de l'alphabet, c'est la répétition de cette articulation lorsqu'on lui a montré la lettre qu'elle représente. C'est par ce moyen que se forme une association entre l'effort d'émission et le caractère que perçoivent les yeux.

5. — Une faculté plus importante de la volonté, c'est celle d'agir en réponse à notre désir de voir un organe particulier se mouvoir d'une façon particulière. Lorsque nous voulons lever la main, nous tenir debout, ouvrir la bouche nous accomplissons des actes qui nous font atteindre le plus haut point de puissance volontaire, bien qu'on puisse dire qu'ils ne sont que d'un degré en avant des précédents. Pour nous guider nous avons ici au lieu d'un mouvement actuel en vue, un mouvement conçu ou idéal. L'association est alors entre ces notions idéales de nos actions diverses et les actions elles-mêmes. Tout ce qui est alors nécessaire pour agir, c'est un motif déterminant. Un plaisir ou une souffrance quelconque, proche ou éloigné est essentiel à tout effort volitionnel, à tout passage du repos au mouvement, d'un mouvement à un autre. Nous sentons par exemple une sen-

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