I. L'origine dei fenomeni psichici p. ii
Claude Bernard, Leçons sur les phénomènes de la s'io communs aux animaux et aux végétaux. Parisy 1878, p. aôo.
et si elles sont différentes comment comprendre celle action commune exercée par les mêmes agents? » (( Nous disons qu'il faut voir dans l'irritabilité une forme élémentaire de la sensibilité, dans la sensibilité une expression très élevée de l'irritabilité. »
Cette idée, que j'avais déjà acceptée il y a quelques années, est conforme à celle que j'exprime plus haut. Cependant ayant refait certaines expériences sur des animaux inférieurs, principalement des protozoaires et des rotiféres, et sur des plantes inférieures, protophytes, desmidiées et diatomées, non seulement je me suis confirmé dans l'opinion émise par l'illustre physiologue français, c'est-à-dire que l'irritabilité est la forme élémentaire de la sensibilité, mais encore je pense qu'elle est la forme primordiale dans chaque élément vivant, aussi bien dans un tissu définitif que dans un protoplasme simple ; je pense, comme conclut Claude Bernard, que la sensibilité est l'expression très élevée de l'irritabilité, et qu'elle en est aussi une transformation correspondant à la transformation du tissu vivant. Il est très important de faire observer que la forme d'irritabilité persiste et peut persister même dans les tissus des animaux supérieurs, même dans ceux chez lesquels apparaît l'irritabilité transformée et élevée, comme dans le tissu nerveux par exemple. Ainsi, à côté de la sensibilité, forme élevée de l'irritabilité, on trouve l'irritabilité dans son état primordial, ni élevée, ni transformée, sans la plus petite évolution.
Je crois qu'il sera bon de donner ici un résumé de mes expériences sur les infiniment petits, formes inférieures de la vie animale et végétale ; il en résulloni une conception plus évidente et plus précise.
Mes expériences ont été faîtes sur des protozoaires, infusoires et rotifères, et sur des protophytes, desmidiées et diatomées. Il est vrai que les rotifères sont des organismes élevés et complexes relativement aux protozoaires, mais leur délicate structure, le fait qu'ils sont pourvus d'appendices et de formes semblables à celles des protozoaires, qu'ils agissent comme eux dans la vie en commun qui leur est propre, ce fait m'a permis des comparaisons utiles dans les résultats de l'expérience ; malgré leur organisation complexe je crois que chez les rotifères la sensibilité n'existe .pas, et que l'irritabilité primordiale y persiste seule. J'ai adopté comme anestliésiques et irritants les mêmes substances qui ont une action bien connue sur la sensibilité animale, c'est-à-dire le chloroforme, réther, le laudanum, la cocaïne, la morphine, l'atropine et la strichnine. Je me suis servi du chloroforme et de l'éther, tantôt dilués dans l'eau distillée, tantôt à l'état de vapeurs dans un vase clos, où étaient exposés les organismes en expérience.
Il se produisait le phénomène suivant : en général, l'action prolongée de ces substances, lorsqu'elles agissaient à l'état de vapeurs, produisait la mort ; si elles étaient diluées dans l'eau et que la proportion du narcotique était relativement forte, il s'ensuivait également la mort. Cependant, si l'exposition aux vapeurs mortifères était plus courte ou que la proportion dans l'eau était moindre, on. observait une diminution sensible de mouvement chez les protozoaires et les rotifères, mais, peu à peu, si une addition d'eau pure ne modifiait pas le milieu, il s'ensuivait, lentement, l'arrêt de tout mouvement ; dans les rotifères
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le mouvement des cils vibratilcs persistait un moment. Enfin, tous les animalcules mouraient.
Les algues et les plantes élémentaires ne pouvaient, dans la même période de temps qui suffisait à l'observation des protozoaires et des rotifères, montrer le même phénomène ; mais sous l'action prolongée des agents mortifères, on voyait la cessation des lents mouvements qui s'observent dans ces végétaux élémentaires (mouvements de translation et mouvements internes), ainsi que la décoloration de la chlorophylle et des chromatophores.
Lorsque ces petits êtres sont soumis à l'action de l'alcool, l'observation est curieuse et importante. Une goutte d'alcool pur fait sur eux le même effet que le chloroforme, ils sont foudroyés ; si l'alcool est dilué, il les enivre. Les rotifères, et spécialement le brachionuspotella (Ehr), qui a été le sujet de nombreuses expériences, sous l'action de l'alcool dilué, montrent une paralysie de la partie postérieure de leur petit corps. Le hrachionns prend une position oblique, il tient la partie antérieure du corps en haut, comme si la partie postérieure lui pesait davantage, et il accomplitde conti nuels mouvements circulaires, tournant autour d'un point central pendant plusieurs minutes ; de temps en temps, il fait des mouvements de rotation autour de son propre axe. D'autres fois, dès qu'ils sentent l'action de l'alcool, ces rotifères courent vertigineusement sans direction déterminée. Si l'action de l'alcool se prolonge, ils meurent ; d'autres animaux, protozoaires et infusoires, meurent de même, plus ou moins rapide ment, après des mouvements vertigineux et irréguliers.
L'action de la strychnine est connue : mes nombreu-
lURITABlLÏTÉ ET SENSIBILITÉ Sq
ses observations me donnent les résultats suivants :
Les vorticelles augmentent d'une façon exagérée la rapidité et le nombre des contractions de leur tige, comme aussi l'expansion de leur corps. Alors que, à rétat normal, elles peuvent se contracter une ou deux lois par minute, sous l'action de la strychnine, elles se contractent jusqu'à huit ou dix fois et semblent ensuite épuisées. Si la solution est légère elles vivent une demi-heure environ, si elle est forte elles meurent rapidement dans les convulsions.
Les infusoires, comme le stylonichia et le paj-amoecium résistent longtemps à l'action de la strychnine et en subissent tard l'influence; sous cette influence ils acquièrent des mouvements vertigineux et déréglés. Les rotifères font, eux aussi, des mouve ments irréguliers et rapides, ils se retournent de côte et obliquement, se meuvent sans direction, puis ils ces sent lentement de se mouvoir, et enfin s'arrêtent complètement, retirent leurs cils, épuisés comme s'ils étaient agonisants.
Sous l'action de la morphine, les vorticelles, bien qu'elles augmentent leurs contractions, résistent longuement, tandis que les rotifères après trois ou quatre minutes, épuisés par des mouvements convulsifs, contractent leurs appendices ciliés et meurent, le dernier signe de vie se manifestant dans leur queue à double style.
L'atropine produit des eflets presque identiques ; j'ai seulement remarqué que les contractions des vorticelles se font plus nombreuses, j'en ai noté jusqu'à quatorze par minute ; l'atropine les tue beaucoup plus vite que la morphine.
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Par ces observations, qui sont ici à peine indiquées, j'ai pu arriver à un fait qu'il sera bon je crois de signaler : l'action des agents anesthésiques apparaît comme plus prompte sur les rotifères d'abord, puis sur les infusoires et enfin sur les protozoaires, ceci pour les animaux; quant aux plantes, elles sont les dernières à se ressentir des conséquences de cette action. Souvent les rotifères tombaient foudroyés dans la dernière attitude qu'ils avaient prise, tandis que les infusoires et les protozoaires, comme les vorticelles et les vampirelles, manifestaient encore leurs rapides mouvements, et que l'on ne découvrait aucun changement chez les petites plantes, les microphytes. Il semble donc que l'action des anesthésiques est plus rapide chez les animaux les plus élevés, plus lente chez les organismes élémentaires et très lente, enfin, chez les plantes. Les résultats obtenus au moyen de substances irritantes comme la strychnine sont importants. L'on sait comment cette substance agit chez les animaux supérieurs : elle produit des exagéralions de mouvements et des formes convulsives ; elle agit de la môme manière sur les animaux élémentaires comme les vorticelles, les infusoires ciliés, ot les rotifères, ainsi que cela a été dit plus haut.
De cette série d'observations, il résulte donc que Ton trouve chez les vivants une propriété commune, primordiale, caractéristique, invariable, quels que soient le développement et la complexité de leur organisme ; cette propriété, c'est Tirritabilité ; on peut l'abolir, la détruire au moyen des anesthésiques, on peut l'accroître au moyen d'irritants spéciaux ; si l'on détruit cette propriété, on produit la mort, et l'on a, par
IRRITABILITÉ ET SE?îSIBtHTÉ 4 1
conséquent l'altération de la matière vivante qui est généralement un protoplasme ; si Ton accroît d'une façon exagérée cette propriété on peut également détruire l'irritabilité par épuisement et par conséquent produire la mort par convulsion.
Il en résulte encore que l'on n'observe, en général,aucune différence dans les effets, soit que l'on agisse sur cette propriété sous la forme que l'on appelle sensibilité consciente ou inconsciente, chez les animaux supérieurs et chez l'homme, soit que l'on agisse sur celle que l'on appelle irritabilité chez les animaux inférieurs et chez les plantes ; mais il en résulte aussi qu'il y a une différence en ce sens que l'action semble être plus prompte et plus efficace chez les êtres les plus élevées tandis qu'elle l'est beauccôup moins chez les êtres les moins élevés, surtout chez ceux qui se rapprochent le plus des plantes. L'irritabilité, comme propriété générale de la matière vivante, paraît donc être moins résistante dans sa forme la plus élevée et la plus délicate, cet état étant d'ailleurs celui où elle se rapproche de la sensibilité, où elle devient même sensibilité définie. Ce fait a une grande valeur, car il démontre que l'irritabilité s'élève à mesure que s'élèvent les formes organiques et qu'un perfectionnement en délicatesse dans l'irritabilité correspond à un perfec tionnement organique dans la spécialisation des tissus.
Si de tout ce qui a été dit, il résulte évidemment que l'irritabilité est, en substance, la même, quels que soient ses caractères ou le degré de ses manifestations, soit qu'elle paraisse être une réaction physique chez les animaux et les plantes inférieurs, soit qu'elle se présente comme sensibilité chez l'homme
et chez les autres animaux, cloués comme lui de tissus spécifiques ; on voudra maintenant savoir, si ce que j'affirmais un peu plus haut est exact, c'est-à-dire si l'irritabilité peut conserver chez l'homme et chez les animaux doués de sensibilité consciente les mêmes carac • Icres élémentaires qu'elle a dans les manifestations vitales des protozoaires ; car il semble que chez des organismes aussi élevés que l'homme, la sensibilité définie sous sa forme élevée doit seulement se produire, et non plus une forme élémentaire quelconque d'irritabilité.
L'on devrait alors faire la même question pour ce qui regarde la structure si complexe de l'homme et des vertébrés, et même d'autres animaux non vertébrés, des métazoaires en général ; c'est-à-dire que, là oii existent des tissus spéciaux, on ne devrait pjus trouver les formes primordiales : Je problème comprend donc structures et fonctions ; du reste, il devait en être ainsi car les unes ne vont pas sans les autres.
On trouve, dans le sang, les corpuscules blancs ; il n'y a guère de différence entre eux et les cellules d'organismes élémentaires, ils ont des moijvemenls qui présentent une grande analogie avçc ceux des amibes ; ces mouvements accompagnés par un incessant changement de forme s'appellent amiboïdes ; ces corpuscules possèdent donc l'irritabilité sous sa forme primitive.
Dans l'œsophage, le larynx et les bronches on trouve des cellules épithéliales à cils vibra tiles, leurs mouvements vibra tiles ne diffèrent pas le moins du monde de ceux de certains protozoaires qui ont cette même structure. Sous l'influence des anesthésiques.
dans les expériences que j'ai citées plus haut, ces cellules ne se comportent pas autrement que les protozoaires.
Limitons-nous à ces deux exemples : nous devons donc admettre une persistance delà structure primitive avec l'irritabilité correspondante chez des organismes comme les vertébrés, différenciés dans leurs tissus composants, et ceci bien que la sensibilité consciente soit, chez eux, développée. Bien plus, tous les tissus sont dérivés de cellules, même ceux où la forme cellulaire de leurs éléments composants n'existe plus ; ces cellules, qu'elles subsistent sous leur forme primitive ou qu'elles soient transformées, se nourrissent et se reproduisent. On y trouve donc les deux phénomènes de nutrition et de reproduction, comme pour les organismes unicellulaires ; et ces phénomènes s'accomplissent, à l'insu de l'organisme doué de tissus composés, de la même façon que dans un organisme élémentaire. J'ai fait allusion plus haut à une irritabilité trophique inhérente à de tels éléments, cette irritabiUté existe et persiste toujours dans la vie de chaque tissu en particulier, et par conséquent aussi dans la vie de l'organisme en général.
L'irritabilité primordiale persiste donc dans chaque organisme quel que soit son degré d'élévation dans l'échelle animale.
La réaction à l'excitation que provoque l'irritabilité organique est un mouvement, et ceci s'est vu dès le début. Si nous considérons maintenant les mouvements des muscles lisses ou ceux des fibres musculaires, ces mouvements se manifesteront comme de simples réactions à des excitations dont nous n'avons
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pas conscience, qu'il s'agisse d'un muscle lisse ou d'un muscle strié.
Les mouvements du muscle de l'iris, qui sont causés par l'action de la lumière, ne sont pas perçus par nous ; il en est de même pour les mouvements de l'intestin, de l'estomac, des artères et pour d'autres nmscles encore qui sont dans la même condition ; entre ces mouvements et ceux du muscle de l'iris il n'y a de différence que dans la rapidité de la contraction musculaire, ce qui n'est pas suffisant pour leur faire attribuer d'autres caractères que les caractères primordiaux^ du phénomène. Ces muscles de la vie organique ont une vie qui n'est pas différente de celle des protozoaires unicellulaires.
Observons les mouvements dans l'ensemble des tissus et non plus dans leurs cléments composants ; considérons les tissus à caractères fonctionnels variés chez un vertébré, chez l'homme.
Nous avons, pour les muscles striés, les actions dites réflexes : les mouvements de cette nature se produisent à notre insu et souvent contre notre volonté. Les sécrétions des glandes salivaires, des glandes de l'estomac, de l'intestin, des glandes lacrymales, sont produites par des mouvements réflexes, ceux-ci sont une réaction à des excitations qui stimulent le tissu glandulaire sans l'intervention de la sensibilité consciente ou de la volonté, mais simplement par l'irritation des cellules qui composent les glandes ; personne, parmi les physiologistes, n'appelle sensation cette irritation, c'est un fait de pure irritabilité organique du tissu lui-même, la sécrétion en est la réaction.
Ainsi, même dans ces phénomènes d'ordre physiologique, l'irritabilité primitive n'a pas changé de forme, elle ne s'est pas élevée jusqu'à la sensibilité, au sens propre du mot ; si la fonction paraît plus complexe, c'est que le tissu l'est aussi, si elle est diflférente, c'est que la structure du tissu est aussi , diflférente : mais la forme, ou plutôt la nature biologique de l'irritabilité n'a pas changé.
Depuis fort longtemps les physiologistes et les psychologues parlent de sensibilité inconsciente ; ils la placent à côté de l'irritabilité et de la sensibilité. Les définitions les plus claires nous seront fournies par Claude Bernard : « L'aptitude à réagir de la cellule, dit-il, c'est l'irritabilité ; c'est-à-dire, c'est la sensibilité de la cellule ; l'aptitude à réagir de l'ensemble du système nerveux ou sensibilité consciente peut être considérée comme l'irritabilité de ce système tout entier. La sensibilité inconsciente est la réaction d'une partie du système, une sensibilité secondaire *. » C'est, comme on voit, une division artificieuse, mais elle n'est pas scientifique ; la classification doit se faire d'après les caractères que possèdent les diflerentes parties d'un système, et il est évident que le caractère d'irritabilité et de sensibilité ne change pas suivant que l'une ou l'autre, ou toutes deux ensemble, se manifestent dans ime partie ou dans l'ensemble du tissu. Et puis, serait-ce une sensibilité inconsciente celle qui est excitée dans un organe ou dans une partie seulement du système nerveux, comme dans le nerf optique ou dans le nerf auditif P Et alors
1. Leçons sur les phénomènes de la vie communs, etc., p. 288.
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serait-il vrai que Ton n'a de sensibilité consciente que quand tout le système nerveux est en action ? Je ne comprends vraiment pas cette classification, et je ne trouve d'ailleurs définie en aucune façon la sensibilité inconsciente. Si d'autres physiologistes admetment les deux sensibilités, c'est parce qu'ils appellent sensibilité, dans un sens générique, la propriété de réagir des stimulants, c'est-à-dire l'irritabilité ; ils admettent par conséquent , à côté des sensations conscientes, des sensations inconscientes qui nç sont* autres que les fonctions respectives de l'une et l'autre sensibilité. Mais ceci est inexact aussi, et entraîne à la confusion tant en physiologie qu'en psychologie. Ce point de vue conduit à ne pas rechercher dans son origine ce fait qui est si affirmé chez l'homme et que l'on a trouvé dans la biologie générale des organismes : que dans la matière organique la plus simple (c'est-à-dire le protoplasme) il y a, comme, propriété primordiale, l'irritabilité.
Par l'observation directe sur les organismes élémentaires et sur les organismes complexes, développés en tissus spécifiques et en fonctions correspondantes, on est conduit à une conclusion qui exprime un résultat très simple et très clair : c'est d'abolii* dans le langage scientifique le terme sensibilité inconsciente, et de conserver les deux autres termes A"" irritabilité et de sensibilité ; il est bien convenu que le premier terme comprend ces deux choses identiques que les physiologistes appelaient sensibilité inconsciente chez les animaux supérieurs et irritabilité chez Ids animaux inférieurs ; le second terme, sensibilité, signifie toujours sensibilité consciente. Si
Tanalyse qui a déjà été l'aile plus haut est exacte, il en résulte que les phénomènes de Taclion musculaire dite réflexe, tant dans les muscles striés que dans les muscles lisses, les phénomènes de la sécrétion, les phénomènes trophiques de chaque tissu vivant (mouvements amiboïdes des corpuscules blancs ou inouvement des cellules à cils vibratiles) sont dus à Tirritabilité.
Nous devons maintenant rechercher si, dans les fonctions du tissu nerveux, que Ton considère comme le tissu le plus spécialement destiné à la sensibilité, nous trouverons aussi une irritabilité pure et simple comme la primitive, ou bien si nous n'y trouverons que la sensibilité, ce mot étant pris dans le sens déjà adopté par nous.
Je commence par les éléments nerveux qui se rattachent aux mouvements réflexes des muscles lisses et des sécrétions glandulaires. La physiologie nous enseigne que, pour mettre en action un faisceau musculaire ou une glande, il faut une excitation venant •de la périphérie, celle-ci étant, quant au corps, externe ou interne. Cela veut dire qu'il est nécessaire que les nerfs centripètes soient excites, ces nerfs sont en relation, au moyen d'un centre ganglionnaire ou nerveux, avec les nerfs centrifuges, ceux-ci ont leurs terminaisons dans les muscles ou dans les glandes ; de telle sorte qu'il doit y avoir ime double action nerveuse : c'est le propre de Faction réflexe. Aucun mouvement, aucune sécrétion ne peuvent se produire sans une excitation qui aille au moyen dçs nerfs, par voie centripète, jusqu'au centre ganglionnaire ou nerveux et qui retourne, de même, par voie centrifuge
vers les muscles et les glandes. Lorsque les excitations suivies de sécrétions et les excitations suivies de mouvements musculaires se produisent normalement, tout ceci se passe à notre insu ; c'est ce qui arrive pour F estomac et les intestins dans le cas d'une digestion normale et non troublée. Les excitations des nerfs centripètes et centrifuges ne sont donc pas sensibles, c'est-à-dire elles ne sont pas perçues le moins du monde ; il y aurait là la Sensibilité inconsciente des psychologues, il y a simplement pour nous irritabilité primitive, selon ce qui a été dit.
Donc, dans le tissu nerveux, si développé chez les >ertébrés et chez l'homme, l'on trouve aussi l'irritabiUté sous sa forme primordiale; et les conditions dans lesquelles cette irritabilité se manifeste sont semblables, je dirais même identiques aux conditions selon lesquelles Tirritabilitc se manifeste chez les organismes élémentaires, ou plutôt dans le protoplasme indifférent de tels organismes, c'est-à-dire que, pour lés réflexes musculaires, ce sont des mouvements qui sont produits, pour les réflexes glandulaires ce sont (les sécrétions, ces derniers ont une grande analogie avec certains phénomènes végétaux d'assimilation et de désassimilation. Ces excitations, de même que celles qui produisent dos effets analogues chez les organismes végétaux et les protozoaires, sont mécaniques, chimiques, quelquefois dues à l'action de la lumière. A cause de la complexité physiologique de l'animal supérieur, il y a, dans la spécification des tissus, une spécificité des produits, mais la propriété primordiale, par laquelle sont provoqués de tels résultats, est toujours la même, c'est l'irritabilité, lorsque,
comme dans les cas précités, les phénomènes se réalisent nonnalement.
Si nous considérons le phénomène de mouvement dans sa forme élémentaire, primitive, chez les organismes simples, dépourvus de tissus distincts, et si nous le considérons en tant que manifestation de la vie, nous verrons qu'il consiste en une espèce de transformation de force qui est latente et qui se révèle au moyen des excitations. Il en est ainsi chez les animaux supérieurs : aucun phénomène ne se produit sans excitation. Nous pouvons donc admettre que l'excitation causée par l'irritabilité, outre qu'elle se manifeste sous forme de mouvement, peut aussi se manifester sous une autre forme; c'est-à-dire que la force latente, entrant en action, tantôt se transforme en mouvement, tantôt se transforme en un phénomène tout différent. Et nous sommes presque forcés de penser à cette transformation, car nous trouvons chez l'homme et chez tous les animaux doués de centre nerveux, des centres de transformation et des centres d'accumulation d'énergie : ce sont, surtout, la moelle et le cerveau. Mais l'irritabilité primitive se transforme et nous donne, comme produits, la sensation avec des caractères définis, clairs, distincts comme on le voit chez les animaux supérieurs. Cette transformation estde la sensibilité consciente comme je l'ai admis plus haut.
Chez l'homme et les animaux supérieurs, nous trouvons la sensation commefonction de la sensibilité, nous devons, par conséquent, admettre que la sensibilité existe et que la transformation de l'irritabilité primordiale a déjà eu lieu. Nous nous demandons seulement si, pour qu'elle puisse dépendre de conditions
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variables chez l'organisme animal, cette transformation est complète, si elle est stable ou bien si elle est oscillante et incomplète ; c'est ce que nous étudierons plus loin. Pour le moment, il nous suffit d'afiirmer que la transformation complète de l'irritabilité en sensibilité dépend au tant des conditions variables dans l'organisme que des conditions des centres nerveux et spécialement de la moelle allongée ou du cerveau ; ceci suivant l'état de développement et le degré de supériorité. Cette considération nous conduit à une autre induction : c'est que l'irritabilité sous sa forme primordiale peut se trouver encore dans le tissu nerveux où la sensibilité est assurément développée.
Un résultat général et définitif des recherches faites jusqu'à présent sur les caractères de l'irritabilité et de la sensibilité est le suivant :
dans chaque organisme, du plus élémentaire au plus élevé, persiste la forme primordiale de l'irritabilité, celle-ci est la base des phénomènes vitaux de nutrition, de reproduction et de protection, qui sont des faits psychologiques ;
celte irritabilité, chez les organismes qui possèdent un système nerveux, se transforme en sensibilité. La sensibilité dans ses manifestations ou dans ses fonctions a un caractère élevé, la conscience, tandis que l'irritabilité demeure inconsciente ;
le fait que l'on provoque les manifestations de l'irritabilité et de la sensibilité avec des excitants de même nature, et que celles-ci peuvent être détruites par les mêmes anesthésiques, démontre que la sensibilité consciente, sous sa forme élevée, n'est autre chose que l'irritabilité accompagnée de certains caractères
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supérieurs, c'est-à-dire une irritabilité transformée et évoluée. Ceci a été démontré par Claude Bernard, et j''ai pu moi-même confirmer ses expériences en les répétant sur des organismes élémentaires ;
il résulte de mes expériences sur ces organismes et sur d'autres micro-organismes plus élevés, comme les rotifères, que la forme la plus élevée qui est la sensibilité est (temporairement ou définitivement) abolie plus vite que l'irritabilité : les rotifères sont les premiers à ressentir les influences aneslhésiques, puis, viennent les protozoaires, c'est-à-dire les vorticelles et les vampirelles, puis les infusoires, enfin les protophyles. Si l'on compare ce résultat à ce qui se produit lorsque l'on soumet l'homme à l'influence de l'élher ou du chloroforme, on trouve un résultat analogue : la sensibilité consciente, c'est-à-dire la plus délicate, est d'abord temporairement abolie, tandis que l'irritabilité des tissus subsiste, spécialement l'irritabilité trophique. Si l'action de ces anesthésiques se prolongeait, il s'ensuivrait la mort;
dans tout le règne organique il y a deux seules formes d'irritabilité : l'irritabilité primitive et la sensibilité, c'est-à-dire une irritabilité évoluée et transformée ; ces deux formes coexistent jusque dans les phénomènes les plus élevés ;
le mode de manifestation de l'irritabilité est le mouvement, mais on trouve, en outre, la sensation ; celle-ci est une des manifestations de la sensibilité, forme élevée de l'irritabilité ^
1 . Voir mon dernier ouvrage : La Psiche nei fenomeni délia s'ita. fdea di una psicologia gênerai. Torino, 1901.