I. Voir Klementi di psichologia^ liv. III, chap. i. Messine
1879. — Su la natura dei fenomeni psichici. Florence,
1880, réédité dans VAntropologia e scienze antropologicke. Messine, 1889
de cet objet ; ceci est déjà percevoir, la sensation est perception dès son origine. Bien plus, personne ne perçoit la modification dite sensation sans une localisation sur les organes ou dans l'espace ; jusque dans les sensations douloureuses dont la cause ne peut être recherchée dans un objet extérieur, il y a une localisation évidente, quoique imparfaite : ceci est une propriété perceptive.
Mais, ainsi que je Tai noté dans un autre ouvrage*, on peut trouver une sensation temporaire, même très courte, chez les nouveau-nés ; le processus de localisation chez eux n'existe pas, mais il se forme par l'expérience et avec l'évolution du cerveau et des organes. Dans de telles conditions, la sensation existe à l'état dififus, comme une sensation générale dans laquelle le caractère qui domine est le plaisir ou la douleur, propriété de la sensation qui est, en réalité, la fondamentale. C'est ainsi que j'ai été conduit a considérer la sensation, à l'état normal de la vie, commti un phénomène composé, et je l'ai appelée phase embryonnaire de la perception quand on la trouve au moment primitif de la vie de relation du nouveau-né. Au-dessus de cet état primitif l'on a deux classes distinctes de phénomènes psychologiques : la perception, avec tout le développement intellectuel qui en est la conséquence, et le sentiment jusqu'au degré si élevé des émotions.
La sensation n'est donc pas, même en substance, un phénomène simple et irréductible, mais un phé-
I. Elementi, etc., loc. cit., chap. iv. Theoria fisiologica délia percezione. Milan, 1882.
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nomène composé de deux éléments constituants, d'abord communs, puis séparables et distinctement analysables : l'un correspond à ce que Wundt et d'autres ont appelé qualité y l'autre est le sentiment. La qualité est l'élément perceptif, le sentiment concerne les phénomènes de plaisir et de douleur. C'est ainsi que dans le phénomène primitif inclus . dans la sensation, on trouve les phénomènes d'intelligence et de sentiment. Mais, comme nous le démontrerons plus loin, les faits qui appartiennent au sentiment ne dérivent pas tous des sensations à caractère perceptif, ou sensation spécifiques ; d'autres sources, plus copieuses, résident dans les sensations dites générales ou internes, ou plutôt dans les fonctions d'organes qui ne donnent pas de sensations spéciales.
Nous examinerons ailleurs les faits présentés par les organes sensoriels en tant qu'organes perceptifs et leurs relations avec les phénomènes intellectuels ; je vais m 'occuper ici de ceux qui sont compris sous le nom générique de sentiment.
L'analyse des sensations prises dans le sens indiqué plus haut nous montre qu'elles possèdent une intensité dérivant d'une part de l'énergie des excitations et d'autre part des conditions du sujet au moment où les sensations sont provoquées. Cette analyse nous montre encore qu'il y a un minimum d'énergie propre à provoquer une sensation, c'est une limite minima au-dessous de laquelle l'excitation ne produit aucun effet ; bien plus, la limite minima (en supposant qu'il s'agisse de l'homme) n'est pas égale pour chaque sujet, elle çst variable, au contraire, elle est en corrélation avec les conditions individuelles. Celui qui a exploré avec le compas de Weber la sensibilité tactile chez divers individus sait combien elle varie pour chacun d'eux ; il en est de même pour la sensibilité acoustique et les autres sensibilités spécifiques. Mais il y a une autre variation dans les limites du môme sens et chez le même individu. La peau n'est pas excitable au même degré minimum par la sensibilité du toucher et celle de la chaleur ; l'oreille humaine n'est pas toujours également sensible aux di-
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vcrsscs hauteurs des sons placées cependant dans les limites de l'audition ; les couleurs ne sont pas vues par chacun au même degré et dans les mêmes gradations. Si nous passons dans le domaine des sensations dites de douleur, nous trouverons la même chose, une limite minima variable, pas a cause de l'excitation, mais h cause des conditions de l'organisme qui elles-mêmes sont variables dans les diverses parties du même sujet.
Corrélativement à la limite minima d'excitation, on trouve ime limite maxima. Ici cependant, outre la nature des diverses formes de l'énergie, on peut attribuer à la plus grande excitation deux ou plusieurs sens. Si on la considère dans le spectre, la lumière et son énergie se mesurent par le nombre des >îbrations de l'éther pendant la durée d'une unité de temps, elle aurait alors sa plus grande limite d'exci tation dans le violet ; l'ultra -violet n'est pas visible, il est au delà de la limite la plus élevée ; il en serait de même pour le son donné par un diapason à /ioooo vibrations : il ne serait pas perçu étant au delà de la limite maxima par rapport au nombre des vibrations sonores. Mais si au lieu de le rechercher dans le nombre, nous voulons trouver le maximum de l'excitation dans la longueur de l'onde lumineuse ou sonore, le résultat par rapport à la sensation n'est plus du tout le même ; ici il y a intensité avec un plus petit nombre d'ondes vibratoires. Semblablement à ce qui se produit dans le spectre, la hauteur du son ne constitue donc pas une augmentation d'énergie excitatrice pour les sensations correspondantes; cette augmentation dépend de l'intensité. En somme,
le spectre est plus intense en allant du rouge au jaune et non allant du jaune au violet. Mais si l'intensité dépend de Tampleur des vibrations, il en résultera que les ondes sonores de grande ampleur ne donnent aucune sensation si elles ne possèdent une certaine vitesse ; il en est ainsi pour les ondes lumineuses, Tultra-rouge est invisible.
Les limites des excitations par des odeurs et des saveurs sont plus variables que celles de Touïe et de la vue et sont peut-être même plus variables que celles du tact ; mais chez chaque individu ces limites sont à peu près constantes ; elles peuvent se déplacer par suite de conditions morbides plus ou moins temporaires ou permanentes, ou bien, par suite d'altérations dans les organes mêmes.
Mais outre les excitations caractéristiques, propres aux organes spécifiques des sens, nous avons une autre série d'excitations très nombreuses comme celles qui agissent sur les muscles, dans les parois de Testomac et des intestins et dans tous les tissus dont notre corps est composé^ soit qu'ils constituent des organes comme les glandes, soit qu'ils fassent partie d'un organe complexe. J'ai ramené ces excitations à de la pure irritabilité, à cette même irritabilité par laquelle se produisent les phénomènes organiques de la nutrition ; tandis que les excitations produites sur les organes spéciaux des sens, provoquant des phénomènes conscients, ont été ramenés à la sensibilité dans son sens propre et plus élevé par conséquent que l'irritabilité. Les limites de ces excitations sont obscures si nous les comparons à celles des organes sensoriels, mais un fait qui est la normalité dans
laquelle se développent ces phénomènes va nous apporter un peu de lumière. Dans des conditions normales, ces phénomènes restent en dehors de la conscience, et les fonctions se produisent sans aucun trouble ; si les excitations descendaient au-dessous de la limite normale, il y aurait un trouble fonctionnel causé par l'inaction des organes provoquée par une trop faible activité ; si elles dépassaient la limite normale, il y aurait également des troubles comme ceux causés par un excès d'énergie.
En supposant donc que les excitations des organes sensoriels soient toujours placées entre les limites minima et maxima, on aurait un effet constant, c'està-dire que l'on aurait la production de sensations définies accompagnées de toutes leurs relations avec le dehors ; de même, si les excitations des organes de nutrition et de leurs éléments restaient dans leurs limites normales, on ne percevrait aucun de ces phénomènes nutritifs parce qu'ils ne seraient pas troublés. Il y a donc une quantité d'énergie nécessaire qui produit des effets correspondants, cette quantité seule est variable dans un but d'utilité entre certaines limites ; au delà de ces limites, aucun effet n'est produit ou ' bien si l'effet normal se produit, il est troublé par un nouvel effet qui vient s'ajouter au premier.
Une brève analyse des sensations périphériques nous fournira une explication plus claire. La surface cutanée a une superficie très vaste et contient des organes sensoriels différents qui donnent des sensations diverses. L'on a les sensations de température, chaud et froid, appréciables et tolérables quand l'un
et Tautre se maintiennent entre certaines limites : mais si ces limites sont dépassées, les sensations deviennent insupportables et se changent en sensations douloureuses. La sensation tactile simple, ou de contact, doit avoir une très légère intensité j)our conserver ses caractères ; au contraire, si l'objet en contact est aigu et qu'il pénètre dans les couches cutanées, on n'aura plus une sensation de tact, mais une autre toute différente et qui devient, elle aussi, douloureuse. On a, par la pression, une sensation définie avec l'appréciation du poids de l'objet qui est la cause et le stimulant ; si la pression est assez pesante, on n'a plus aucune appréciation définie du poids, mais il se produit un eflet douloureux. Ces phénomènes appartiennent à l'expérience la plus commune et n'importe qui peut, s'il le veut, les reproduire afin de mieux s'en convaincre.
La sensation de la vue, pour être provoquée, exige une quantité de lumière assez variable ; au-dessous d'un minimum il n'y a plus vision, au delà d'un maximum il y a un obscurcissement causé par l'altération de la vue : il suffit de diriger un instant ses regards vers le disque solaire, puis vers les objets que l'on voudrait voir, pour s'assurer de la difficulté que Ton éprouve ensuite à distinguer les objets. L'intensité des ondes sonores trouble l'ouïe pendant un certain monient, et peut même l'altérer tandis qu'audessous du minimum, elle est incapable de l'exciter. Il résulte de ces faits que les organes spécifiques des sens, ceux qui ont un caractère de perception et qui servent principalement à la vie de relation ont des caractères communs et définis, el qu'il peut y
avoir altération par excès on par défaut d'intensité excitatrice dans l'activité fonctionnelle : cette altération est relativement pen douloureuse dans certains sens, dans d'autres elle le devient davantage, mais partout, elle trouble la fonction. C'est pour la surface cutanée que l'excès d'excilalion est Iç plus douloureux et qu'il change presque complètement le caractère sensationnel de la fonction normale ; le trouble par excès de lumière dans Torgane visuel produit une douleur beaucoup moindre et presque nulle : ceci n'est pas accidentel, on le verra plus loin.
Etudions maintenant les effets de Tintensité d'exci lation sur les autres organes comme les nutritifs, et dans les tissus qui ne sont pas des organes distincts en soi, mais des parties d'organes complexes. L'intensité au-dessous de la limite maxima semblerait devoir donner des effets nuls, mais il n'en est pas ainsi. On sait que les faibles excitations répétées à de petits iiUcrvalles se somment et produisent un effet unique comme si l'excitation avait été unique ; si le lecteur a vu des expériences sur des grenouilles décapitées, il connaît l'effet d'une somme de faibles excitations. Or, cet effet peut fort bien s'admettre pour les fonclions nutritives dans les divers cas qui peuvent se présenter ; mais, sans aucim doute, cela produit un trouble fonctionnel qui s(î I ransmct dans l'organisuK^ tout entier s'il est prolongé cl dont les effets cfevienncnt vile apparents par la dénulriliou.
Supposons que des excès crexcitation se produi sent dans les viscères abdominaux, par exemple, et qu'il y ait, par conséquent, des mouvements plus énergiques cl des sécrétions plus abondantes ; cria
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arrive à cause de substances irritantes mises en contact avec les parois de l'intestin et de l'estomac. On en connaît les effets, douleurs abdominales, sécrétions rapides et continues. Cela trouble en outre l'équilibre des humeurs dans l'organisme, l'on a par conséquent un effet considérable et qui est même perçu.
Si nous examinons tous les organes spéciaux comme les reins nous trouverons d'une façon générale les mêmes faits, moins cependant leur caractère particulier du à des troubles spécifiques causés dans l'irritation par des dépôts calculeux ou d'autres accidents ; il en sera de même si nous observons les effets des mouvements du cœur tantôt ralentis, tantôt accélérés et les troubles nutritifs en même temps que les troubles dans la sensation qui en sont la conséquence et qui sont douloureux. Nous trouverons des effets différents si nous considérons ce qui se produit dans les muscles à la suite d'un excès de travail ; il y a fatigue, puis douleur, cela provient de l'irritation causée par les dépôts non éliminés d'acide carbonique et d'autres résidus de la consommation dans la fonction exagérée. L'analyse de chaque tissu en particulier nous donne les mêmes résultats généraux, c'est-à-dire que l'excès d'excitation se manifeste par des sensations qui ordinairement sont douloureuses, sans cet excès les phénomènes fonctionnels normaux resteraient non perçus : nous les percevons donc lorsqu'ils sont troublés par un excès d'action excitatrice.
Parmi les organes sensoriels périphériques, celui qui se rapproche des organes intenses de nutrition pour ce qui a trait à la sensibilité, c'est la peau, et cela est exact même si on la considère dans certaines
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des sensations spéciales dont elle est le siège comme le froid et le chaud. Le contact de la peau, léger mais continu, sous une température constante, finit par ne plus être perçu ; un changement de contact, c'est-à-dire une excitation est, au contraire, perçu. Il en est de même pour la température : la peau fait immédiatement percevoir la différence de température d'une chambre avec le dehors; si cette température n'est pas très chaude ou très froide, la peau, après un certain temps, ne la sentira plus, et Ton n'en aura plus aucune perception si elle est adaptée à l'organe périphérique ; après que nous entrons dans une chambre et que nous y restons un moment, si la température ambiante s'adapte à notre propre température nous ne percevons plus ni froid ni chaud, mais s'il y a un changement en plus ou en moins il est aussitôt senti. De telle sorte que la peau, dans ses fonctions continues, est comme les organes de nutrition à fonctions continues et normales ; les troubles de la peau dus à un excès d'excitation ressemblent aux troubles dus à la même cause dans les organes de nutrition : dans les deux cas il y a douleur.
Examinons le tissu nerveux en lui-même, c'est l'élément excitable pour les sensations de type et de caractère quelconques. Chaque lésion, pression ou altération du tissu nerveux produit des douleurs fortes et intenses ; les expériences de Claude Bernard et des autres physiologistes le prouvent comme aussi les opérations chirurgicales et surtout les études et les observations de Weir Mitchell sur les lésions des nerfs, cela est prouvé aussi par les névralgies de durée longue ou brève. Weir Mitchell dit que la
douleur est, sans aucun doute, le symptôme le plus commun des lésions nerveuses, mais elle offre les plus grandes variétés déforme. Dans ce cas, ce n'est, dans son aspect général, qu'une excitation excessive qui se manifeste psychologiquement comme douleur, cette excitation est déterminée soit par une pression locale sur un nerf, soit par une altération de la substance nerveuse; cela est visible aussi par les hyperhémies que cette irritation locale provoque.
Si, par conséquent, nous généralisons ces phénomènes, ceux qui se produisent dans les organes spécifiques des sens comme ceux qui se produisent dans les organes de la nutrition qui sont de nature fort diverses, nous constatons que dans les premiers l'excitation normale donne des sensations claires et définies, avec des formes de perception, ces sens étant, par leur caractère propre, perceptifs; dans les seconds, il ne se produit de sensations d'aucune sorte, mais des fonctions normalement excitées et non perçues. Quand l'excitation dépasse certaines limites et devient exagérée ou excessive, alors un trouble fonctionnel se produit dans les organes des sens ; dans certains d'entre eux, les formes de perception s'affaiblissent, dans d'autres (comme la peau), la sensation change complètement de caractère et devient une forme de douleur. Dans les organes où les excitations ne provoquent pas de sensations mais seulement des fonctions nutritives, si l'excitation dépasse certaines limites. Ton a la douleur sous diverses formes. Le même phénomène se produit dans les tissus : dans les muscles en activité excessive, la fatigue prend une forme douloureuse ; dans le tissu nerveux, si les élé-
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nients nerveux périphériques ou centraux ou les racines des nerfs sensitifs sont directement excités avec trop d'intensité, soit à cause d'altérations, de lésions et pour d'autres motifs encore, la douleur se produit sous ses formes les plus aiguës. La douleur, forme psychologique que souvent on appelle aussi sensation, est donc produite, dans les cas dont j'ai parlé, par une condition physiologique caractérisée et unique, c'est-à-dire par un excès d'excitation.
I /excès d'excitation produit d'une façon plus ou moins étendue une altération dans la substance qui compose les tissus, la fatigue, pour les muscles, les lésions, pour les nerfs, le montrent d'une façon évidente; mais en quelque organe, en quelque tissu que se soient produits l'excès d'excitation et ses conséquences, la voie de transmission est unique : c'est toujours le tissu nerveux, car celui-ci pénètre et se répand dans tous les autres tissus, il parcourt les muscles, les os, les glandes, les muqueuses, passe dans chaque organe et dans chacun de ses éléments ; c'est ainsi que toutes les altérations peuvent être des causes d'excitations fortes et excessives qui, transmises aux centres conscients, peuvent devenir des formes psychologiques ou bien des avertissements utiles à: la protection de l'organisme. Si les organes fonctionnent normalement, si les tissus coopèrent sans trouble aux fonctions générales de la vie, l'ani mal doit ignorer comment elles s'accomplissent; il le saura seulement lorsqu'il y aura altération, et il saura en même temps qu'il y a un dommage ou le péril d'un dommage : cela nous paraît être la fonction biologique de la douleur.
Ëtudion« maintenant un autre aspect de la douleur et revenons à l'irritabilité et à la sensibilité.
La sensibilité, c'est l'irritabilité, mais avec un caractère supérieur, la sensibilité est consciente, tandis que Tirritabilité est inconsciente. Nous avons cependant trouvé les deux formes même chez l'homme, c'est-à-dire dans un organisme supérieur, et nous les avons trouvées aussi dans le tissu nerveux qui est le lissu sensible par excellence; mais l'irritabilité a été seulement recherchée dans ce tissu nerveux que l'on trouve dans les organes de nutrition et dans les divers tissus qui les composent, c'est-à-dire lorsque les fonctions, soit trophiqucs dans les tissus eux-mêmes, soit dans l'ensemble des organes de la nutrition, sont inconscientes.
En examinant l'irritabilité primordiale dans les organismes élémentaires et dans les organismes supérieurs, nous avons vu que sa manifestation, c'est le mouvement : les fonctions de nutrition, que l'on peut expliquer par des actions réflexes ont une correspondance avec les organismes inférieurs. Dans la forme plus élevée, la sensibilité, nous avons vu, au contraire, que, outre le mouvement, cette manifestation primitive peut avoir un autre mode de transformation : la sensation. L'analyse des sensations à caractère spécifique nous a montré que, pour que l'on ait des sensations définies et claires dans leurs résultats, il y a pour la sensibiUté consciente une quantité d'excitation limitée entre deux extrêmes ; si les excitations surpassent la limite maxima, il y a un trouble plus ou moins grave selon l'excès d'excitation, ou un changement dans le caractère de la sensation, comme on
l'a VU surtout pour les sensations cutanées. Nous avons \u que cet excès d'excitation produit la douleur. J'ai expliqué ailleurs que le fait psychologique de la douleur est une irritation produite par un excès d'excitation qui ne se convertit pas en sensation spécifique dans les organes spéciaux des sens, mais qui reste à l'état d'irritation que l'on subit ensuite comme douleur. L'irritation provoquée n'est donc qu'un surplus d'activité mise en action par une excitation excessive. C'est seulement dans les organismes doués de la sensibilité consciente que cette forme d'irritabilité peut être éprouvée comme douleur et par conséquent être consciente, car les mêmes éléments nerveux donnent les phénomènes de sensibilité consciente dans les organes des sens comme dans les centres nerveux. Les excès d'excitation des organes à fonctions inconscientes produisent un fait analogue : l'excès d'excitation ne sert pas aux fonctions des sens spécifiques, il est tellement nocif que, en beaucoup de cas, le résultat en est pathologique , surtout si l'action est prolongée. De semblables exagérations d'excitation peuvent déterminer des altérations des tissus ou leur destruction absolue, et par conséquent aussi la destruction des organes.
On trouve, en effet, pour les douleurs dans des parties organiques, une condition d'irritation du tissu, par conséquent une hyperhémie et une augmentation de chaleur; dans les glandes, cette irritation se manifeste par une surabondance de sécrétions ; dans d'autres tissus, par des enflures, par des néoplasmes, par la destruction de la substance organique et ainsi de suite. Ces irritations locales, périphériques qui ont
un efiTet psychologique sous forme de douleur, subissent, on peut le dire, une transformation dans les centres nerveux pour devenir conscientes en tant que sensations à formes définies; mais, considérées dans leur valeur propre, ce ne sont que des formes d'irritabilité exagérée. S'il n'y avait pas de centres cérébraux, il n'y aurait pas de douleur mais une simple manifestation d'irritabilité comme chez les animaux décapités ; il y aurait des mouvements plus ou moins exagérés, eux aussi, et à forme convulsive.
Si nous admettons, comme cela nous semble nécessaire^ le fait de la transformation des excitations, nous nous trouvons, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, devant deux manifestations, le mouvement, qui d'ailleurs est primitif, et la sensation définie dans ses caractères généraux ; et tandis que dans les organismes élémentaires on trouve seulement le mouvement comme correspondant à l'excitation, dans les organismes supérieurs, doués d'un système nerveux, il y a aussi sensation, et l'irritabilité a dans la sensibilité un caractère plus élevé. Or, les mêmes éléments nerveux qui produisent la sensibilité et les sensations comme fonctions, peuvent, si on les sépare du centre cérébral, se limitera une simple irritabilité analogue à l'irritabilité primitive; en fait, c'est une chose acquise par la physiologie expérimentale que les mouvements réflexes de la moelle deviennent exagérés si l'animal est décapité, si l'action et l'influence du cerveau ont pu être abolies.
L'on sait, par conséquent, que l'excitabilité du système nerveux, quand elle est provoquée, doit donner une manifestation qui est l'eflfet d'une transformation,
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celle-cîpeut être ou un mouvement, ou une sensation. Pour que l'un ou l'autre phénomène se produise, certaines conditions sont nécessaires, elles se résument pour la plus grande partie dans la présence de centres nerveux qui sont des centres accumulateurs d'irritabilité et de sensibilité et qui sont aussi des centres de transformation. Le cerveau appartient plus à la sensibilité qu'à l'excitabilité, la moelle épinière à l'irritabilité seulement, au moins pour les vertébrés doués de centres bien définis et bien déterminés ; les physiologistes trouvent donc la moelle comme centre des réflexes et le cerveau comme centre de sensations, ce dernier étant aussi un centre des mouvements, réflexes et volontaires. Or, pour que le cerveau devienne un centre de sensations qui soient une transformation complète de toute l'excitabilité, il doit atteindre son développement complet, même au point de vue morphologique ; avant d'atteindre à cette perfection, le cerveau, lui aussi, agit en grande partie comme la moelle allongée, c'est-à-dire comme un centre de réflexes. En examinant les sensations des nouveau-nés et des enfants, on voit que le processus de transformation des excitations est graduel et qu'il s'accomplit par l'augmentation en volume et par la perfection des éléments cérébraux et celaâ lieu autant pour les cellules que pour les fibres.
Dans cette période, les excitations qui provoquent la sensibilité ne se transforment pas toutes en sensations mais prennent aussi la forme de mouvements réflexes ; il est alors facile de concevoir que la sensibilité manifestée est inférieure en quantité à celle qui devrait être. J'ai observé ce phénomène depuis
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quelque temps déjà pour la manifestation de la sensibilité féminine qui, ordinairement, est inférieure à la sensibilité masculine tandis que, au contraire, les manifestations de mouvement sont plus grandes et plus énergiques chez la femme, ce qui lui donne l'apparence injustifiée d'une plus grande sensibilité.
Ici, nous revenons de nouveau à la sensibilité de la douleur. S'il est vrai que ce qui se manifeste comme douleur ce sont l'excès d'irritation et cet excès d'excitation qui ne se convertit pas en sensations définies ou en actes définis de nutrition dans les organes ne iournissant pas de sensations, il est facile de concevoir que là où, par suite de conditions morphologiques inférieures, l'irritation ne devient pas dans les centres cérébraux une forme psychologique de douleur, elle prendra une forme de mouvement réflexe. Cela se voit dans la période infantile et cela se voit également chez la femme ; chez les femmes qui paraissent souffrir, plus la manifestation sous forme de mouvements est énergique, moins la forme de sensibiUté à la douleur est vive ; la forme primordiale de l'irritabilité qui ne trouve pas toujours des conditions favorables pour se transformer en sensibilité complète persiste donc plus chez la femme que chez l'homme. Nous verrons avec plus de développements ce phénomène se répéter dans les sentiments les plus élevés, dans les émotions. Ce fait se montre plus clairement dans les états maladifs, surtout dans l'hystérie où les mouvements prennent la forme convulsive, et où l'action centrale du cerveau en tant que centre modérateur est très légère ou temporairement abolie ; le cerveau agit quelquefois de la même
manière que la moelle allongée comme simple centre de réflexes. Alors, comme dans les cas de neurasthénie ou d'anémie ,^ l'irritabilité prévaut sur la sensibilité.
Outre l'excès d'irritation qui produit directement de la douleur, il semble qu'il y ait une autre cause : l'inaction ou la privation d'activité. Les douleurs dérivées de l'inaction seraient donc des douleurs négatives selon la théorie de Spencer : cela paraît être en contradiction avec le principe exprimé et soutenu plus haut et il faudrait lui en ajouter un autre. Cependant, après avoir bien et intimement étudié les modes d'excitation organique des sens ou des tissus qui composent les organes complexes, il me semble, au fond que l'inaction qui donne psychologiquement de la douleur se réduit à ce même principe d'excès d'irritation.
Beaucoup de ces douleurs ou états douloureux peuvent se rapporter à des besoins organiques, à la périodicité des actions, à des conditions générales ou partielles de l'organisme entier, et ainsi de suite. J'en donne ici quelques exemples.
Le repos musculaire après un travail restaure le tissu en le replaçant dans ses conditions normales, surtout si l'on joint au repos une bonne nutrition ; mais l'on sait que l'excès de repos ou inaction musculaire chez des individus qui sont normalement en pleine activité produit une gêne, cette gêne n'est pas autre chose que cette douleur caractéristique que connaissent par expérience ceux qui sont obligés de prolonger l'inaction. Mais un sentiment quelconque ne pouvant être déterminé que par une forme d'excitation, il serait impossible de provoquer une sensation sans l'action d'aucune excitation : il doit donc
ici y en avoir une, et Tinaction en apparence n'en montre aucune. Mais ceux qui ont étudié les propriétés du muscle savent que l'une de ces propriétés, c'est la tonicité, c'est-à-dire cette tension caractéristique qui est comme l'expectative de la contraction, et par laquelle le mouvement suit aussitôt le stimulant. Le muscle normal, au repos, n'est pas fiasque mais dans un état de tension ; si cette tension dure longtemps et qu'à cause du repos prolongé au delà du normal dans des muscles destinés à l'action, cette tension devienne excessive, il est impossible qu'il n'y ait pas un état pénible, sans aucun doute déterminé par l'excès de tension qui n'est autre chose qu'un excès d'excitation du tissu ; les nerfs sensibles des muscles sont les véhicules de cette excitation [)roduite dans la substance musculaire, ils agissent comme pour cette autre excitation qu'y avait produit la fatigue.
Les douleurs de la faim et de la soif sembleraient être produites par l'inaction, mais si l'on considère ce qui doit arriver dans des tissus épuisés et qui ont perdu une certaine quantité de liquide nécessaire à la vie des éléments organiques, l'irritation qui se produit dans les muqueuses, dans les glandes et par conséquent dans le tissu nerveux qui y touche, irritation duc à la diminution des éléments qui altère lentement ou rapidement la composition du tissu et en même temps la circulation du sang à qui une plus grande quantité de liquide est empruntée, on comprendra facilement que les douleurs de la faim et de la soif soient aussi produites par un excès d'excitation.
Ce phénomène se produit encore pour chaque besoin originaire ou acquis de l'organisme, spécialenient lorsque la satisfaction en est périodique ; pour les tissus organiques habitués à certains actes ou à certaines absorptions nutritives, dans un but d'alimentation ou de boisson, ou bien habitués à l'introduction de substances par d'autres voies, lorsque la dernière parcelle a été épuisée par alimentation, il naît une irritation qui est un stimulant plus ou moins énergique, plus ou moins violent ou excessif; cette irritation se manifeste de façons caractéristiques et différentes, par des douleurs diverses d'intensité et de caractère, mais présentant toutes des signes apparents d'irritation plus ou moins générale et étendue, cause déterminante du sentiment pénible. Les besoins sexuels, le sommeil, et d'autres besoins semblables qui sont originaires, les besoins acquis du tabac à fumer ou à priser, le besoin des injections de morphine, des boissons alcooliques sont des exemples connus et évidents de la gêne qu'ils produisent s'ils ne sont pas satisfaits.
Toutes les douleurs organiques, autant pour les organes des sens que pour ceux de la nutrition, dérivent donc pour nous d'une cause déterminante unique, d'un excès d'excitation et d'un excès d'irritabilité qui se convertit sous forme de mouvement et sous forme psychologique de douleur ; toutes les douleurs sont donc positives si on les classifie au point de vue de leur cause, et sous cet unique aspect elles sont les moyens primordiaux de la fonction de protection des organismes supérieurs car ce sont des manifestations évidentes des périls qu'ils courent pour leur conser-
vation ; les organismes élémentaires ont seulement le mouvement, celui-ci est une conversion ou une transformation de l'irritabilité.
Quelle que soit la forme de la douleur et ses causes, elle est suf&samment définie et dépend toujours de conditions organiques nocives, délétères, ou qui se rapportent à des besoins essentiels pour la conservation et la continuation de l'existence : c'est un caractère fonctionnel éminemment biologique, et sa forme psychologique n'est qu'un moyen plus élevé pour la conservation de la vie.
Mais le plaisir n'est pas aussi bien déterminé et ne se présente pas isolément dans sa manifestation au point de vue psychologique et biologique ; d'où une certaine difficulté à l'expliquer et à le définir, de là aussi les difierents aspects sous lesquels il a été considéré et qui semblent contradictoires ou incomplets. En fait, le plaisir se présente comme l'opposé de la douleur en ce sens qu'il est lié à la cessation de celle-ci. Les mêmes excitations qui produisent de la douleur produisent souvent du plaisir si elles sont modérées. Il y a en ceci une grande relativité autant par rapport aux conditions intérieures du moment que par rapport à la nature des excitations. Si, par exemple, la peau est refroidie par un milieu froid, mais sans que le froid arrive à être douloureux, une augmentation de température est agréable; si l'on appuie la main chaude sur une partie refroidie, la sensation, quoique très légère, est agréable. Il est agréable au moins pour un moment de passer d'une température très haute à une basse température, de même, il est agréable de se trouver dans un milieu
8o LES ÉMOTIOIHS
de température modérée, du même degré que celle de la peau.
II en est de même pour la satisfaction des besoins urgents, lorsqu'ils ne sont pas satisfaits aussitôt quMls apparaissent ; lorsqu'ils se prolongent, ils provoquent des douleurs souvent aiguës, tandis que se rapportant à des excitations attendues, ils peuvent être agréables au premier moment ; comme par exemple, l'appétit par rapport à la faim. Les besoins satisfaits s'apaisent, et le moment de cette satisfaction est agréable, mais le plaisir, lui aussi, a une fin. Le plaisir dans ce cas se manifeste donc comme une libération de douleur et, par conséquent, comme opposé à la douleur; il en est ainsi pour certaines douleurs spéciales du corps, pour les névralgies, par exemple : au moment où la douleur cesse, on éprouve ce plaisir, ce soulagement qui ranime tant ceux qui souffrent et qui est une libération de la douleur continuelle. Mais si l'état de cessation dans la douleur persiste, le plaisir, lui aussi, disparaît; cela ordinainairement se produit pour la satisfaction des besoins, et pour la libération pure et simple des douleurs corporelles, accidentelles ou causées parla maladie; on retourne, par rapport à ces deux faits antagonistes, à un état que l'on appelle indifférence, en ce sens que l'on n'a plus par ces excitations ni douleur, ni plaisir, et l'on peut dire que ces excitations elles-mêmes cessent. Il faut seulement noter que dans la satisfaction des besoins, il y a un plaisir positif, car il est précédé, par une série d'excitations différentes dans leur nature de celles qui produisent de la douleur ; tandis que dans la cessation pure et simple de douleur ces excitations
LA DOULEUR ET LE PLAISIR 8l
positives n'existent pas Quoique ces plaisirs soient objectivement différents, et bien qu'ils soient produits par des causes différentes, ils consistent subjectivement en des libérations de la douleur, puis, en un passage à l'indifférence. J'ai comparé autrefois ce changement d'état au phénomène qui se produit au moment où l'on ferme un circuit électrique : l'aiguille du galvanomètre dévie beaucoup et rapidement, à cette déviation excessive succède une oscillation qui se termine peu à peu jusqu'à ce que l'aiguille s'arrête à un point constant de déviation minima par rapport à rintensité du courant. Le plaisir dû à la libération de la douleur correspond à la grande déviation de Taiguille ; la douleur ne réapparaissant plus et aucun plaisir positif ne s'y ajoutant, l'état psychologique passe à l'indifférence, déviation constante de l'aiguille mais déviation plus petite que celle du début.
Au point de vue biologique, dans ses deux aspects que nous venons de décrire, il semble que le plaisir soit un effet du retour des conditions organiques à l'état normal ; ce retour constitue par antagonisme le moment maximum du plaisir, celui-ci doit naturellement s'amoindrir et se fondre dans l'état de sentiment normal du bien-être habituel qui est indifférent. Dans les conditions organiques normales, ce sentiment indéterminé de bien-être est vague et parce qu'il est oscillant, il peut, d'un moment à l'autre, passer à un état défini ; il est tellement relatif aux états douloureux précédents qu'il peut dériver souvent de conditions bonnes ou meilleures seulement, non pas en réalité, mais par rapport à celles précédemment ressenties. On le voit dans les maladies,
dans la convalescence et dans l'oscillation même des conditions morbides à travers les diverses périodes que traverse la maladie.
Mais, outre ce sentiment de plaisir, opposé à la douleur, libération de la douleur et qui disparait vite dans rindifiérence, il y en a un autre plus positif, stimulé par de nouvelles excitations qui ne se rapportent pas directement aux conditions organiques, qui ont une plus grande énergie et qui sont absolument nouvelles ou qui, étant du même ordre, sont artificiellement augmentées. Tels sont ces sentiments que l'on éprouve dans un banquet où le plaisir de l'apaisement de la faim a un tout autre caractère que celui que l'on éprouve en mangeant seul et par pur besoin physiologique ; outre la multiplicité de la nourriture, et par conséquent des plaisirs du goût, outre le plaisir d une satisfaction plus copieuse et plus complète, il y a une grande quantité d'actions concomitanties, qui accroissent extraordinairement le plaisir positif par de nouveaux et multiples plaisirs. Dans d'autres cas, il s'y joint aussi des plaisirs intellectuels ; ils augmentent et varient la quantité et l'intensité du plaisir total.
Les causes de la douleur et du plaisir que nous avons examinées jusqu'ici, sont, comme leurs efiets, des causes extérieures du phénomène ; je parle des causes excitatrices que, pour la douleur, j'ai ramenées à une seule quoiqu'elle se présente sous divers aspects, tandis que, pour le plaisir, certaines sont négatives et d'autres positives. Mais la cause extérieure d'un phénomène est une des conditions de sa production: nous ne devons pas perdre ce principe de vue
dans les phénomènes que nous étudions et qui sont d'une très grande valeur. Il me semble que jusqu'à présent Ton n'a pas étudié la cause ou les causes intérieures qui concourent à produire les phénomènes de la douleur et du plaisir et l'on n'a, par conséquent, pas vu leur nature et leur caractère fondamental. Nous avons dit que, en même temps qu'ils sont des sentiments, la douleur et le plaisir sont aussi des manifestations intellectuelles ; cela semble prouvé par ce simple fait qu'ils sont perçus (surtout la douleur plus ou moins clairement localisée) et qu'ils deviennent des faits conscients comme les autres faits de la sensation. Mais ceci ne suffit pas.
De nombreux problèmes se présentent : dans les excitations douloureuses ou agréables, le cerveau serait-il un centre d'accumulation et de transformation de ces excitations ? ou bien contient-il des éléments qui puissent être spécialement stimulés et qui sont adaptés à des transformations spéciales devant être considérés comme des causes intérieures, centrales, de la douleur et du plaisir ? En un mot, y a-t-il des centres de la douleur et du plaisir comme il y a des centres des sens et des mouvements ? Et si ces centres existent, sont-ils les centres communs des sentiments ?
Pour les excitations douloureuses, pour les douleurs plus ou moins prolongées chez l'homme et chez les animaux, la physiologie expérimentale et l'observation directe ont donné les résultats suivants : arrêt ou ralentissement du cœur,, arrêt ou ralentissement de la respiration, altérations plus ou moins profondes de l'une et de l'autre, abaissement de température,
8/i LES ÉMOTIONS
trouble des fonctions digestives, altérations dans les sécrétions glandulaires, dénutrition, mort subite, ou graduelle et lente. François-Franck a montré encore que la suppression de la douleur psychique au moyen des anesthésiques, chloral, chloroforme, morphine, supprime aussi le phénomène d'arrêt ou de ralentissement du cœur : ceci veut dire que les deux phénomènes, l'un de caractère physiologique, l'autre de caractère psychologique, sont indissolublement liés ; on est donc autorisé à admettre que la cause de l'un et de l'autre est commune ou identique.
On sait que chaque excitation qui provoque une sensation altère plus ou moins superficiellement les mouvements du cœur et de la respiration, et que, par conséquent, une excitation énergique doit produire des effets plus intenses ; une excitation excessive, qui dépasse la normale ou la limite maxima jusqu'à laquelle l'excitation rend un effet utile, doit produire une altération plus profonde encore. L'explication naturelle de ce phénomène, c'est que chaque excitation a une relation avec les fonctions fondamentales de la vie, ces fonctions sont la circulation et la respiration ; cela démontre encore que, quelque soitle contenu de la sensation qui en dérive, non seulement il a une valeur intellectuelle, mais aussi une valeur vitale que l'on dédaigne généralement ou que l'on croit accessoire. Nous trouvons que le sentiment de douleur ou de plaisir assume principalement cette valeur de fonction vitale, l'élément intellectuel n'y intervient pas ou semble être secondaire \