‹ Les émotionsChapitre 15 sur 87 · I. Travaux du laboratoire do M. Marcy, Paris, 187G · texte numérisé non relu

I. Travaux du laboratoire do M. Marcy, Paris, 187G

que comme manifestations conscientes; ceci a une grande valeur.

J'avais dit, il y a déjà quelques années : « Les centres psychiques ont un caractère prédominant : la direction et la coordination de la vie de nutrition et de relation. Ce fait s'affirme même anatomiquement, car les centres de relation, qui sont les centres psychiques, constitués par le cerveau et par l'axe spinal, envoient leurs filets nerveux se ramifier partout, autant à la périphérie du corps que dans les organes de nutrition, foie, cœur, estomac ; ces nerfs servent comme moyens de nature variée dans la fonction de ces organes, et comme instrument de sensibiUté qui puisse prévenir les troubles des fonctions. Cela a trait à la protection de rindividu, à un principe de conservation que j'ai déjà appelé Esthophylactique^ . » Tout ceci s'accorde avec ce que j'exposais plus haut sur le caractère de la douleur et du plaisir et sur leur centre de production dans le bulbe. Je reviendrai sur ce fait en parlant des émotions.

Tous les psychologues se sont occupés du plaisir et de la douleur, et leurs théories n'ont jamais été satisfaisantes. Le défaut principal réside dans ce fait que leurs explications sont partielles et incomplètes, faites à un seul point de vue : le caractère en même temps psychologique et physiologique de ces deux manifestations est complexe, multiple, varié dans ses formes et dans ses aspects. Mais une autre cause d'imperfection dans l'explication de ces deux phénomènes réside

I. Elementl di Psichologia^ Messine 187g, p. 11, chap. 11. et la traduction française : Psychologie physiologique, Alcan, Paris,

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en ce que Ton n'a pas trouvé leur véritable origine dans le sens que je crois avoir établi, c'est-à-dire comme une sorte de manifestation de la vie de nutrition. A la vérité il semble que la démonstration soit implicite dans la conception de Spencer lorsqu'il pense que la douleur est un trouble dans l'harmonie des fonctions organiques et que le plaisir est un moyen de seconder cette harmonie; mais ces explications sont vagues, et les expressions équivalentes deviennent plus vagues encore comme lorsqu'il dit qu'on pourrait substituer au mot douleur : un sentiment que nous tentons d'éloigner de la conscience, au mot plaisir ces autres paroles : un sentiment que nous cherchons à introduire dans la conscience et à conserver. Il est vrai qu'il y a un plaisir négatif en tant que cessation de douleur mais le plaisir éprouvé n'est pas toujours négatif. La relation que Wundt croit établir entre les deux sentiments opposés, la douleur et le plaisir, c'est-à-dire le point d'indifiTérence, est purement artificielle et schématique. Une histoire critique des théories du plaisir et de la douleur montrerait non seulement combien elles sont incomplètes, mais montrerait encore le manque d'interprétation de leur vraie signification physiologique et en dernier lieu, de leur valeur biologique.

Je n'examinerai pas les variations de la douleur et du plaisir ; il me semble seulement utile de noter ici la relativité et la variabilité individuelles. Il y a des individus qui montrent une délicate sensibilité à la douleur, d'autres qui y paraissent insensibles : cela se voit aussi dans les différences d'âge et de sexe. Sentir la douleur d'une façon consciente, cela veut dire que

le sentiment a atteint sa forme intellectuelle ; cela veut dire que les excitations douloureuses prennent cette forme de sentiment conscient. Mais comme les conditions cérébrales, de même que les conditions générales du système neçveux, ne sont pas égales pour tous, il s'ensuit que la quantité d'excitations ne se convertit pas tout entière en forme sensitive définie et consciente ; elle est plus ou moins grande selon les individus. De telle sorte que certains sont plus que d'autres sensibles à la douleur. Les enfants y sont moins sensibles que les autres, les femmes moins que les hommes, les sauvages ou hommes primitifs moins que les civilisés ou peuples historiques : cela cependant n'a pas une exactitude absolue.

A côté de l'intensité normale et variée du sentiment de douleur, on trouve l'anomalie, l'hyperestésie et l'insensibilité mais toujours relative à une intensité appréciable. Il y a la résistance à la douleur qui n'est pas toujours l'indice de la force d'âme : c'est un cas plutôt rare ; en général c'est une insensibilité relative. Tout cela sera prouvé mieux encore par l'étude qui va suivre.

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