‹ Les émotionsChapitre 17 sur 87 · I. Ueber Gemtithbeivegungen. Trsid .Kcurella. Leipsig · texte numérisé non relu

I. Ueber Gemtithbeivegungen. Trsid .Kcurella. Leipsig

sctillr ces changements tels qu'ils se produisent *. » '^ me paraît que l'un et l'autre sont dans la bonne voie et James a raison de considérer comme étant trop restreinte l'interprétation ou le principe fondamental de Lange; d'ailleurs il explique seulement les phénomènes émotifs qui peuvent se réduire à la seule fonction de circulation.

Le principe de James est généralement exact ; car, tandis que l'on accepte comme base des phénomènes psychologiques le substratum physiologique, il est étrange que l'on n'en trouve aucun dans les émotions lorsqu'à mon avis il y est plus évident que dans les phénomènes intellectuels. Ceci provient de ce que l'on a exclu les phénomènes dits de nutrition du domaine psychique et que l'on a restreint ce domaine aux phénomènes de relation et, physiologiquement, au cerveau. Les observations précédentes montrent, au contraire, que les phénomènes du domaine psychique s'étendent aussi aux fonctions de la vie de nutrition et ce sont celles-ci qui entrent principalement en jeu pour les émotions ; la participation du cerveau se réduit à la forme de manifestation consciente et en tant qu'organe d'excitation émotive il joue le même rôle que les organes périphériques qui peuvent provoquer de la douleur ou du plaisir. Les changements dont parle James se produisent seulement dans les organes de nutrition et dans les fonctions correspondantes, et la description que fait Lange de certaines émotions démontre évidemment que ces changements sont justement ceux dont je parle.

1, The principles of Psychology, vol. II, p. Mq, Sergi. 6

gS LES ÉMOTIONS

Une fois ce fait assuré, on voit comment les phénomènes de douleur et de plaisir provoqués par des excitations périphériques, à caractère physique ou provoqués par un excès d'excitation, s'accordent pleinement avec les phénomènes émotionnels, ce sont essentiellement les mêmes, seule leur origine varie. Considérant que le principe de Lange est trop particulier et que son interprétation n'est pas très évidente, je crois que l'on peut, avec ce que j'ai admis jusqu'ici, avoir une interprétation complète des phénomènes émotifs.

Nous avons admis un centre de douleur et de plaisir commun aux sentiments provoqués par les organes et les tissus et à ceux qui proviennent de perceptions ou d'idées; nous avons admis que ce centre existe dans la moelle allongée, dans ce même lieu que Flourens a appelé le nœud vital ; il ne peut en être autrement car le centre vital doit se rapporter aux manifestations capitales pour la conservation de la vie ou pour sa destruction. Ce point est, au moins par contiguïté, en relation intime avec les racines du pneumo-gastrique, de l'hypoglosse, du glosso-pharyngien, de l'auditif et d'autres encore; il est donc exposé aux mêmes excitations qu'ils peuvent subir ; on sait que ces nerfs ont entre eux de nombreuses ramifications, qu'ils ont entreeux, et avec legrandsympathique, de fréquentes anastomoses ; tous ces nerfs agissent en grande partie sur les phénomènes du cœur, des poumons, des gros vaisseaux et des capillaires, superficiels et profonds. Bien qu'il y ait encore, dans le domaine de la physiologie expérimentale, bien des particularités de fonctions à établir, l'action de ces éléments

nerveux sur la vie et sur ses diverses manifestations, est cependant hors de doute. Par l'équilibre des centres et des nerfs correspondants entre les modérateurs et les accélérateurs, entre les constricteurs des vaisseaux et ceux qui ont pour action de les dilater, entre les réflexes sécrétoires et producteurs de sécrétion, entre la quantité de sang requise et les fonctions du cœur et des vaisseaux et les mouvements musculaires de différente nature; on voit qu'une certaine intensité d'excitation est nécessaire pour que la vie soit normale et qu'elle conserve cet équilibre. Une ou des excitations qui surpassent l'intensité normale devra produire sur le centre vital, et par conséquent sur le centre émotif, les mêmes effets que nous avons déjà étudiés dans la douleur et dans le plaisir. La quantité d'excitation doit s'étendre aux racines nerveuses, parties voisines de ce même centre et produire des troubles conformes à leur fonction habituelle, mais, en de nombreux cas, ces troubles sont très violents et, sans aucun doute, plus énergiques; ces troubles sont des effets physiologiques déjà connus dans la plus grande partie des émotions, arrêt ou accélération du cœur, arrêt de la respiration, sensation de suffocation, difficulté de la respiration profonde, sécrétions abondantes ou excessives dans les intestins, larmes, pâleur, rougeur, tremblement, mouvements violents ou convulsifs. L'état psychologique que l'on subit comme dépression dans l'évanouissement, l'angoisse, la timidité, la honte ou bien la fureur, la rage, l'épouvante, etc., n'est pas autre chose que la forme émotionnelle qui reflète l'état physiologique provoqué par cet excès d'excitation;

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cet état psychologique qui prend une forme consciente est manifesté par la participation des éléments cérébraux supérieurs, siège de la conscience. Dans beaucoup de cas et par suite de l'éducation, le cerveau est un modérateur de ces phénomènes, de telle sorte que ceux-ci, qui augmentent si on les laisse se développer librement ou subitement, sont au contraire supprimés, ou bien prennent une intensité limitée.

Mais ces phénomènes émotionnels sont beaucoup plus complexes qu'il ne semble, et cette explication générale n'est pas suffisante pour donner une idée claire de leur façon de se produire, car l'action concomitante de tel ou tel point, centre de nerfs, n'est pas due au hasard, pas plus que n'est arbitraire le fait que des sécrétions se produisent dans un cas et pas dans un autre ; il en est de même pour la pâleur, la rougeur du visage ou d'une partie du corps. Une fois considéré ce qui tient aux variations individuelles, toutes les émotions sont basées sur des faits, fonctions, excitations qui sont communs à tous les hommes, elles doivent donc obéir à des lois générales qui peuvent subir des exceptions dans des cas de production anormale.

De l'analyse des émotions, il résulte que le centre dt\jî\ décrit de la douleur et du plaisir, unique pour les excitations qui viennent de la périphérie et pour les excitations centrales ou cérébrales comme les perceptions et les idées, agit de façons différentes produisant des phénomènes antagonistes selon les diverses excitations cérébrales. Pour la terreur par exemple, c'est de ce centre que partent les excita-

EMOTIO?îS lOI

tions par les voies de la circulation, de la respiration

et des sécrétions, et dans la joie et dans la colère, le

même centre reçoit les impulsions qui se dirigent

vers les parties périphériques et qui produisent des

effets antagonistes à ceux de la terreur : cela implique

ce fait que les impulsions cérébrales sous forme de

perceptions ou d'idées doivent exciter diversement le

centre émotif pour que les effets soient différents.

Les excitations périphériques qui déterminent la douleur agissent, nous Pavons vu, directement et par excès d'énergie sur les centres nerveux, cet excès d'énergie peut détruire des organes et des tissus, ces excitations sont aussi localisées, c'est-à-dire qu'elles viennent d'endroits déterminés plus ou moins considérables ou étendus. Or, une idée qui agit de jla même façon qu'une excitation périphérique directe doit être, elle aussi, comme une excitation localisée et, par conséquent, elle est déterminée par ces mêmes conditions spéciales qui provoquent une émotion. Comment cela peut-il se produire ?

Organismes psychiques. — Pour qu'une idée puisse avoir une valeur émotive, il ne faut pas qu'elle soit le simple résultat d'une perception, mais qu'elle soit associée à beaucoup d'autres étals psychiques présents ou passés avec lesquels elle constitue un tout organique, alors cette idée se présentant rappelle en même temps ces étals psychiques avec lesquels elle est unie. Cette association constitue comme un petit organisme psychique vivant dans la psychologie générale et complète dont les éléments ne sont pas nécessairement conscients ; il suffira que l'un d'eux atteigne à l'état de conscience tandis que les autres

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demeurent dans l'inconscience, mais leur activité accompagne celle de celui d'entre eux qui est devenu conscient. Cet organisme qui associe des perceptions, des idées ou des sensations douloureuses ou agréables, est aussi composé d'actions et de mouvements, et par conséquent d'une série d'expériences plus ou moins utiles à l'animal dans la défense de l'individu et de l'espèce; s'il est vrai que dans chaque émotion et dans chaque forme de douleur et de plaisir, il y ait des effets correspondant aux mouvements du cœur et de la respiration, aux sécrétions, à la dilatation ou à la restriction des vaisseaux, aux mouvements musculaires d'action et de réaction, les organes de la nutrition se trouvent sans aucun doute impliqués dans la série des faits ci-dessus énumérés.

Et puisque les directions d'activité sont diverses, diverses les conditions du milieu, divers par leur nature les besoins animaux et humains, il doit y avoir des états multiples et variés, et ils sont divers aussi les groupes ou organismes de perceptions et de différents états psychiques, organiquement associés à des douleurs et à des plaisirs sentis, à des périls encourus, à des dommages subis. Ces organismes, psychiques partiels sont comme autant de centres psycho-organiques, fixés désormais comme les instincts d'autre nature et d'autre penchant ; ce sont dos instincts, eux aussi, instincts dont certains éléments seulement passent par la conscience, tandis que les autres restent dans l'obscurité de la vie psychique qui, dans ce cas, ne peut être séparée de l'ensemble de la vie organique, car elle comprend la vie de nutrition et celle de reproduction. Ainsi,

coiaTne pour les autres instincts, la sensation, qui est ^ élément d'un groupe psycho-organique ou organisrrxe partiel et qui se présente comme nouvelle dans une condition particulière du sujet, excite tout 1® groupe organique des autres éléments, mais pas au point de les amener jusqu'à la conscience ; ordiiiaîrement et normalement, ainsi que cela arrive pour les autres instincts, elle abrège la route de l'activité, vient immédiatement exciter le centre émotif ou centre vital, et Ton a alors l'effet correspondant à la sensation. Le centre susdit agit comme s'il avait reçu une excitation périphérique, mais le groupe psychoorganique agit comme s'il était un centre spécial d émotion apportant au centre médullaire une excitation déjà spécialisée ou déterminée par la relation de la cause externe ou interne avec la manifestation provoquée par elle.

De ces observations, il résulte qu'il y a. un centre émotif principal et primaire, centre vers lequel convergent les excitations périphériques et centrales, duquel partent toutes les excitations provoquant les faits organiques qui se présentent sous forme de douleur ou de plaisirs physiques ou de sensation ; que les excitations cérébrales centrales qui vont vers ce centre pour produire des excitations spéciales et propres à différentes émotions, doivent se rapporter à des groupes organiques psychologiquement dérivés d'associations et de compositions sous forme d'instincts, ils constituent eux aussi par conséquent des centres psycho-organiques ou instinctifs qui peuvent être considérés comme des centres émotionnels dérivés et secondaires, mais avec une apparence primordiale

en tant qu'utiles à la protection des organismes animaux. Dans le cours de révolution animale et humaine les états psychiques différents relatifs à la vie se sont donc associés de diverses façons aux différentes fonctions vitales, à la circulation du sang aussi bien centrale que périphérique, à la respiration, aux diverses sources de sécrétion, et aux mouvements volontaires ou involontaires des muscles; tout ceci s'est produit indépendamment des influences cérébrales . De là proviennent donc les diverses manifestations émotionnelles, les formes antagonistes et les formes semblables dans des phénomènes différents et aussi, les influences sur les fonctions de certains phénomènes qui pourraient paraître inutiles dans l'activité émotionnelle.

Et pourquoi ces centres émotionnels dérivés apparaissent-ils comme primordiaux ? — Il est très facile d'en retrouver la raison dans ce fait que chaque groupe psycho-organique est aussi associé aux manifestations du centre émotif commun et primitif; c'est pour cela que ce sont des centres émotionnels, sinon ils seraient seulement des centres d'excitation émotionnelle. Pour faciliter l'étude, nous appellerons donc ces centres émotionnels déjà formés et fixés comme instincts : organismes psychiques.

Si, comme nous l'avons démontré, la vie psychologique dans ses caractères primordiaux se réfère à la protection et si les phénomènes émotionnels comme la douleur ou le plaisir doivent avoir leur origine dans cette fonction, il s'ensuit que les premières formes émotionnelles doivent agir en vue de la conservation de l'individu et que le premier parmi les orga-

nismes psychiques doit avoir ce but. On appelle communément ce centre d'émotions pour la conservation de l'individu sentiment et aussi instinct de conservation, car il agît sous ces deux formes et on le trouve chez l'homme et chez les autres animaux. Il a pourtant les caractères de l'instinct plutôt que du sentiment car il est composé de mouvements réflexes et automatiques auxquels s'associent souvent les volontaires. Son origine, comme celle de tout instinct, doit être attribuée à des expériences primitives associées à des douleurs et à des plaisirs avec des idées et des perceptions plus ou moins claires et définies et qui, se combinant toutes ensemble, modifiant profondément l'organisme dans ses fonctions complexes, sont passées comme un tout dans les descendances animales, se difierenciant seulement dans les formes et dans les manifestations particulières à chaque espèce, selon les différentes conditions extérieures au milieu desquelles cette espèce a vécu et continue à vivre. Dans les générations successives, le processus a été abrégé, il en a été ainsi pour les autres instincts; les perceptions et leurs façons de se présenter, les expériences et les mouvements sont restés comme phénomènes automatiques et inconscients tandis que, seuls, une sensation ou une idée qui reproduit les mouvements défensifs ou bien les divers effets et l'émotion que l'on ressent à la suite de l'excitation du centre émotif se manifesteront clairement. La série des éléments organisés en vue de l'instinct doit être rapidement parcourue, cela ne fait aucun doute. Le phénomène est tout à fait semblable à celui qui se produit chez un animal qui aurait l'instinct de passer une partie de ça vie dar^s l'eau, comme

les oiseaux aquatiques, par exemple : s'ils sont nés sur terre ferme et qu'on les place auprès d'un étang, ils s'y jettent immédiatement et nagent sans aucune expérience propre. Si Ton examine le phénomène, on trouvera deux faits : une sensation visuelle et un mouvement complexe d'élan vers l'eau ; mais la sensation visuelle est le premier phénomène de la série, et l'action de se jeter à l'eau est le dernier ; ces deux phénomènes paraissent seuls, les autres qui les réunissent ne sont pas visibles ni faciles à découvrir car ils sont restés des anneaux inconscients de la série par suite d'une abréviation utile, une relation plus directe et plus rapide entre les deux phénomènes extrêmes s'étant constituée.

Chez l'homme, dans sa période infantile, ou bien lorsqu'ils sont brusquement produits, les phénomènes se passent parfaitement comme s'ils appartenaient aux instincts, sans être troublées par l'interruption des actes volontaires ou du raisonnement qui en suspendraient, en tout ou en partie, les effets; il arrive à l'homme ce qui arrive aux autres animaux qui suivent immuablement, jusqu'à l'immutabilité des conditions, leur instinct de conservation. Cet instinct, examiné à son état natif, nous donne donc l'explication d'une série de phénomènes émotionnels dont il est le centre, un centre directeur d'une grande partie des mouvements destinés à la conservation de l'individu; d'où il suit que tout ce qui, médiatement ou immédiatement, excite ou altère cet état, en se présentant comme un péril, réel ou apparent, devient le motif d'une émotion douloureuse; au contraire, tout fait apte à seconder l'organisme dans ses fonctions devient agréable.

ÉMOTIONS ÎO7

Mais l'état psychique qui en dérive devient douloureux ou agréable au moyen de cette même excitation du centre vital et émotif dont, par les mouvements q^ concourent à produire les excitations de la vie nutritive, découlent les manifestations dites émotionnelles qui deviennent conscientes par les voies cérébrales avec lesquelles elles sont en relation. L'organisme psychique de la conservation agit donc comme la douleur et le plaisir dérivés d'excitations organiques périphériques ; dans un cas comme dans l'autre, l'émotion ou le sentiment douloureux ou agréable n'est pas autre chose que la sensation des mutations advenues dans la vie nutritive, suscitées par le centre vital et émotif commun, tantôt agréables, tantôt douloureuses selon que les excitations périphériques ou centrales, idées ou perceptions, sont de nature à exciter ce centre dans un sens ou dans l'autre. Ceci explique pourquoi les effets émotifs et les effets vitaux des émotions, de la douleur et du plaisir organiques d'origine périphérique sont du même ordre et de la même nature : il est impossible de trouver une unité vitale et psychique plus accusée que celle-ci.

Un second organisme psychique, qui a un caractère primitif, semblable à celui de la conservation de l'individu, est sans aucun doute le sexuel ou le dérivé des relations sexuelles : biologiquement, il se rapporte à la conservation de la descendance et par conséquent à la conservation de la vie. Déterminé par des excitations sexuelles, il est uni à beaucoup d'autres éléments psychiques, physiques et organiques, qui ont contribué à en faire un instinct aussi puissant qu'il est un besoin absolu dans la vie ani-

maie, et par conséquent à en faire un centre d'émotions à caractère profondément énergique capable de pénétrer intimement les phénomènes de la vie nutritive comme ceux de la conservation individuelle.

Auprès de ces deux organismes psychiques, qui sont primaires, comme ceux qui président à la conservation de la vie individuelle et de la descendance, par conséquent biologiques au sens absolu du mot, se trouvent deux autres centres d'émotions qui peuvent être considérés comme dérivés. Un de ceux-ci est le centre parental, qui dérive du sexuel ; l'autre est le social, qui doit son origine au milieu organique social, dans lequel vivent l'homme et les autres animaux.

Les émotions, paternelles ou maternelles, produites par amour de la progéniture, se rapportent directement à la défense de celle-ci, et par conséquent à la protection de la descendance, c'est pour cela qu'elles sont plus vives et plus intenses que les émotions sociales. Celles-ci dérivent aussi des conditions d'existence naturelle et de la conservation de l'existence, car la société est un milieu naturel, comme celui de Tair et de la lumière pour tout organisme vivant ; sans société, la vie humaine ne peut se perpétuer, et nous avons toujours insisté pour donner à la société les caractères biologiques, à cause de ce motif principal.

Nous devons considérer ces quatres organismes psychiques comme primaires, malgré une certaine difiérence que l'on aura notée entre les deux premiers et les seconds, car ils se rapportent tous aux phénomènes biologiques primitifs qui embrassent la con-

émotïonô io^

servalion et la continuation de la vie ; nous les trouvons, en effet, non seulement chez l'homme mais encore chez les autres animaux, en tout ou en partie, selon leur développement morphologique et selon les milieux dans lesquels ils ont coutume de vivre, et même chez des animaux qui seraient placés très bas sur l'échelle animale si on les considérait morpholo- , giquement, comme les hyménoptères, mais qui, psychologiquement, seraient de beaucoup supérieurs à certaines classes de vertébrés.

L'étude des émotions demande, après qu'on en a trouvé les centres, d'en trouver les diverses manifestations, les généalogies et leurs relations avec les divers centres spéciaux. Cela amène donc à rechercher s'il y a d'autres groupements secondaires qui se puissent considérer comme d'autres centres secondaires d'émotions, et si tous les centres, primaires ou secondaires, agissent selon * les lois que l'on peut trouver à travers leurs manifestations et établir en tant que lois de psychologie générale.

Les centres émotionnels étant admis comme organismes psychiques nous semblent naturels, car ils sont formés sous des influences et des conditions que l'on peut bien dire biologiques, par conséquent, nécessaires à la vie humaine et animale, considérée tant individuellement que comme continuation de la descendance. Sans aucun doute, ils sont très généraux, très étendus, et il semblerait qu'ils ne puissent avoir d'application pratique dans le fait d'émotions que l'on éprouve quotidiennement et qui semblent être plus restreintes, plus déterminées dans leur contenu. Cette objection, que je trouverais moi-même à retenir, a Sbrgi. 7

1 tO tE8 KMOTIONî^

pour réponse ce fait qui sera démontré que chacun de ces centres si étendus possède comme subalternes des groupes psychiques subalternes plus particuliers, et une série d'associations plus déterminées qui dépendent du centre principal dont elles sont une partie et dont les manifestations sont seulement difTérentes par intensité et par l'étendue des phénomènes organiques composantl'émotion tout entière. Il est ainsi facile de comprendre que, outre les centres principaux, il y a des centres secondaires ou subalternes qui servent pratiquement aux manifestations émotionnelles particulières et spéciales. Je m'occuperai de cela plus loin.

Conditions spéciales. — Une autre question se présente maintenant : comment ces groupes ou centres psycho- organiques, d'origine aussi complexe, sont-ils excités? Rappelons que les excitations centrales sont à retenir pour le centre vital émotif universel, de même que les excitations périphériques. Mes observations sur la production des diverses émotions dont, pour quelques-unes, nous pouvons avoir immédiatement l'expUcation, m'ont montré certaines conditions fondamentales par lesquelles se développent toutes les émotions, conditions d'un caractère psychique mêlé à un caractère organique en tant que chaque centre psychique est encore, et nécessairement, organique. On peut considérer ces conditions comme des lois des états psychiques en général, car on peut les rapporter principalement à beaucoup de manifestations émotionnelles, et l'on peut les retrouver encore dans les phénomènes de l'intelligence.

h'' inertie de l'esprit est une des conditions princi-

ÉMOTÎONâ t t I

paies que j ^invoque dans la manifestation émotionnelle. Ce n'est point la première fois que je rappelle que la loi d'inertie se retrouve non seulement dans la matière inorganique, mais aussi dans la matière organique pour produire certains phénomènes fondamentaux, et, entre autres, la conservation de l'existence*. On connaît la loi de l'inertie telle qu'elle est définie par Secchi : la matière n'est pas spontanément apte à changer d'état; elle change d'état sous l'action d'une force extrinsèque qui puisse agir sur elle ; et ce même changement ne cesse pas si ce n'est sous une influence extérieure^. Cette loi universelle peut s'exprimer sous beaucoup de corollaires particuliers qui en sont, en réalité, des applications ; dans les corps par exemple : un corps tend à rester indéfiniment à l'état de repos, si une force extérieure ne le met en mouvement ; il tend à se mouvoir indéfiniment si une force extérieure ne l'arrête. Ainsi est l'esprit ; il n'entre point spontanément en activité, comme on le peut bien montrer dans la production des sensations et des mouvements volontaires ; de lui-même, l'esprit n'entrerait pas en repos, si diverses causes ne venaient l'y obliger, au moins pour un temps. Il faut remarquer, pourtant, que le repos ou la cessation d'une fonction n'est pas un rcpo§ total, mais qu'il touche seulement cette fonction spéciale qui a été excitée. Les causes en sont la fatigue des tissus spéciaux après l'activité, le changement d'état et de composition élé-

I. Cf. L'origine dei fenomeni psichici. Milan, i885, p. 55 et suite.

a. Secchi, V Unità délie forze fisiche . Milan, 1878,1, p. i4» a*-' édition.

mentaire des tissus eux-mêmes, et, avec celles-ci, d'autres causes secondaires qui tendent à l'arrêt de Taclivité. L'inertie est sans doute moins variable dans ses manifestations pour les corps bruts que pour les fonctions psychiques auxquelles concourent de nombreux phénomènes, variables eux-aussi, d*un moment a l'autre, dans leur énergie et leur intensité : mais il n'y a pas de doute, l'inertie psychique est comme celle de la matière, une loi, un fait général, et, dans notre cas, elle constitue une loi des phénomènes émotionnels. Il ne peut en être autrement lorsque Ton pense que tous les phénomènes psychiques ont une base physique, qu'ils se produisent chez des organismes composés d'éléments matériels qui ne peuvent échapper aux lois générales de la matière inorganique. Par conséquent, dans les excitations émotives, l'inertie apparaît comme une résistance aux énergies externes; dans la contraction musculaire, elle est résistante à l'excitation motrice, visible dans la période latente ; dans les habitudes, dans la conservation des idées acquises, dans la résistance aux idées nouvelles, dans le misonéisme, on retrouve évidemment l'inertie psychique. Dans les émotions, l'inertie apparaît aussi comme une tendance k ne pas changer d'état, si elle est normale, et, aussi, sous beaucoup d'autres formes.

Une autre loi psychique est la réaction, elle a le même caractère que la réaction dans la matière inorganique chez laquelle elle est égale à l'action. On peut observer l'existence de cette loi mieux que dans les émotions où il est difficile de mesurer la réaction correspondant à Faction excitatrice, mais elle n'y est

pas moins évidente par les effets qu'elle produit! Il est également difficile de calculer la force excitatrice car il y a une grande variabilité dans les relations entre une semblable excitation et les conditions psycho-organiques des individus qui la subissent. En général, on peut dire que, comme dans les corps bruts qui réagissent, on trouve une élasticité différente qui est le moyen de développer la force de réaction ; de même, en psychologie, on trouve une disposition qui ressemble à l'élasticité, qui peut être considérable, souvent énorme, et dont dérive une force de réaction. Le phénomène se peut journellement observer dans différents faits de la vie par les provocations individuelles, dans les questions domestiques, dans les disputes les plus vulgaires, dans la lutte des nouveaux principes scientifiques, dans la politique, dans les luttes religieuses.

La périodicité est une troisième loi des fonctions psychiques comme des fonctions vitales ; elle constitue le rythme des fonctions. Le fait est des phis évidents dans les besoins organiques : le besoin satisfait, le stimulus, disparait pour revenir périodiquement. Ceci arrive dans l'alimentation, dans les relations sexuelles, dans les relations entre la veille et le sommeil, dans tous les besoins acquis : tabac, alcool, mouvements habituels et jusqu'aux besoins à caractère pathologique comme la morphinomanie et l'éthéromanie. Dans la vie de nutrition, le rythme des fonctions est notoirement visible dans la respiration et dans les mouvements du cœur, deux fonctions fondamentales pour la conservation de l'existence, deux conditions indispensables à toute fonction vitale.

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Une autre manière de répondre aux excitations par les émotions démontre qu'il s'y trouve une loi àH antagonisme. Elle peut se concevoir comme une réaction opposée et inverse de celle qui devrait se produire sur une énergie excitatrice donnée. Il faut rechercher la cause de ce phénomène dans les conditions psychiques individuelles, dans un état particulier qui résiste à l'énergie extérieure. Dans ce cas, au lieu d'un effet correspondant à la nature de l'excitation que provoque l'émotion, il se produit un effet opposé et contraire, Tétat psychique primitif se renforçant, c'est-à-dire qu'un antagonisme naît entre la cause excitatrice du phénomène et le phénomène qui en dérive. Cette loi, peu connue, est quelquefois cause de faits considérables en politique et en religion, non seulement chez des individus isolés, mais aussi dans les masses populaires.

Parmi les lois psychiques se trouve la composition des états psychiques qui pourrait être mieux nommée, selon moi, loi de cohésion parce que comme d'autres déjà citées, l'inertie, la réaction, elle se retrouve aussi dans les procédés par lesquels se manifeste la matière inorganique ; et que, par conséquent, la loi ne constitue pas autre chose qu'une nouvelle de ses modalités dans les manifestations psychiques.

La cohésion n'est pas autre chose que la tendance des états psychiques à s'associer, c'est donc un composé d'étals psychiques. Le fait est universel en ceux-ci parce que les perceptions s'associent ; c'est là un phénomène connu en psychologie ; les sentiments s'associent aussi à des perceptions, à des volitions de

caractère divers, et forment un tout organique dans la conscience actuelle de Tindividu. Cette union des éléments psychiques est la cause de beaucoup de sentiments, parmi lesquels les sentiments sociaux, parentaux et d'autres qui en dérivent; elle est aussi cause d'actions du même genre dans Faclivité individuelle et se rapporte aussi à la formation du caractère et à l'explication de la conduite.

INous considérons maintenant l'inertie, la réactioiiy la périodicité, Y antagonisme et la cohésion psychiques comme cinq conditions fondamentales lorsque l'esprit entpe en activité, ou bien encore comme cinq lois qui président à l'apparition des émotions dont nous avons déjà trouvé quatre groupes centraux psycho-organiques qui se reflètent sur le centre universel de la douleur et du plaisir a)ïncidant avec le centre vital.

Nous rappelons que, dans les excitations périphériques, on a vu que la cause externe de la douleur est toujours un excès d'excitation, tandis qu'une énergie modérée devient ou peut devenir agréable; nous avons dit également que cet excès d'excitations ne se transforme point en sensation définie lorsqu'il se produit aussi dans les organes sensoriels de perception, mais qu'il garde son caractère primitif de pure excitation, manifestée par un état douloureux et conscient. Il reste maintenant à voir si, dans les émotions douloureuses et agréables, les mêmes faits demeurent, c'est-à-dire si les conditions émotionnelles d'excitation sont analogues aux périphériques.

Il sera utile aussi de répéter que la douleur et le plaisir émotionnels ont une forme psychique différente

Il6 LES ÉMOTIONS

de la douleur ou du plaisir provoqués par des excitations périphériques. Mais la base physique est la même, les faits physiologiques sont identiques, le centre d'émotion coïncide avec celui de la douleur et du plaisir physique. La différence psychique dérive du caractère de Texcitation qui est localisé, restreint, exclusivement organique, relativement simple, s^il vient de la périphérie; non locaUsé, plus étendu, psycho-organique, composé de beaucoup d'éléments, s'il dérive des centres cérébraux : l'effet, par conséquent, doit être différent si l'une des conditions causales est diverse ; d'où la forme psychique différente des deux espèces de douleur et de plaisir.

Toute la théorie se résume donc en deux principes fondamentaux :

1° Le centre émotionnel n'est pas le cerveau proprement dit, base des phénomènes intellectuels et de la conscience des phénomènes psychiques de tout ordre, mais la moelle allongée. Le cerveau, comme organe de la pensée, se comporte, par rapport aux émotions, comme les organes des sens et les tissus ^ capables de donner de la douleur ou une autre forme de sentiment, c'est-à-dire qu'il est un simple organe d'excitation au moyen d'idées, de souvenirs, etc., il se conduit par conséquent comme un organe extérieur par rapport au bulbe. L'unique fonction qui fait participer le cerveau aux émotions lorsqu'elles apparaissent, c'est la conscience, c'est-à-dire la révélation psychique du phénomène et ce fait est commun aussi aux sentiments d'origine organique et périphérique.

2° Un autre principe démontre que la base phy-

sique des émotions est périphérique comme celle des sentiments organiques, car c'est par le moyen des nerfs périphériques du système cérébro-spinal associé au sympathique et hors du centre cérébral ou du cerveau que se produisent les uns et les autres. Si nous considérons le cerveau comme le centre nerveux principal et les organes de la vie de nutrition comme extérieurs et périphériques par rapport au cerveau, tout phénomène de sentiment est périphérique. La vie des sentiments se concentre entre le bulbe et les organes des fonctions vitales ; pour ce motif, je voudrais appeler cette nouvelle théorie des émotions, à cause de son siège et de sa base physique, théorie périphérique^ tandis que celle qui se rapporte aux phénomènes intellectuels, est la théorie centrale des phénomènes psychiques.

Enfin, puisque les centres de la vie végétative se trouvent dans le bulbe, celui-ci est le centre commun des sentiments de tout caractère qui peut être excité directement par chaque changement d'état, soit par les voies périphériques — sensations spéciales et générales, — soit par les voies cérébrales, — idées, images, souvenirs — : on peut établir que le centre de la vie et des phénomènes vitaux est lui-même le centre des émotions et que celles-ci correspondent à la véritable fonction primitive qui est la protection de l'être*.

I. Cf. Sergi, Origine dei fenomeni psichici e loro significaziofie biologica. Milan, i885.

Ucber dcn Siiz und die physischo Grundlagc dcr adecle. Zeitschrift fur Psychologie und Physiologie der Sinncsorgane. Bd., XIV.

Aucune conception n'est considérée comme mieux fondée aujourd'hui que celle des fonctions des couches corticales du cerveau. C'est là que se placent les fonctions des sens et des mouvements avec celles, plus élevées, de l'intelligence et des émotions ; aux autres parties du cerveau est réservée une activité secondaire , tout entière dépendante de la couche corticale ; il semble donc que celle-ci exerce une hégémonie complète sur le grand nombre des différents centres encéphaliques qui se trouvent dans la masse cérébrale.

La physiologie expérimentale a montré l'existence des centres moteurs et sensoriels dans les couches corticales des deux hémisphères, centres plus ou moins définitivement localisés, soit par le moyen des excitations directes de l'électricité, soit par la destruction de la substance corticale provoquant de la paralysie et l'abolition temporaire ou permanente de la sensibilité. Mais Luciani a démontré jusqu'à l'évidence un fait qui mérite considération : c'est que les aires sensibles de la couche corticale ont une grande extension et possèdent un centre de diffusion ; elles

constituent un réseau, un treillis, par leurs extensions, de telle sorte qu'elles se confondent et s'entremêlent.

A mon avis, cela démontre Torigine secondaire des centres corticaux, leur liipite indéterminée montre qu'ils sont une irradiation de centres primitifs plus profonds et inférieurs de l'encéphale. Et si la destruction de ces centres corticaux produit des effets graves sur les fonctions du mouvement et des sens, il ne faut point s'en étonner si l'on pense que, dans les conditions où se trouve la partie constitutive de l'encéphale, il y a une corrélation fonctionnelle déjà établie et que, par conséquent, sa lésion doit produire des effets correspondants à une rupture de l'intégrité de l'organe.

Un regard rapide sur la composition entière do l'encéphale montre que les hémisphères ont, dans la série des vertébrés, un développement inégal par rapport aux autres parties, spécialement avec le pont de varoUe, la moelle allongée et le cervelet ; ils atteignent leur plus grand développement chez l'homme. Des cerveaux comme ceux de la tortue, de la grenouille, qui sont moins développés, et d'autres comme ceux des oiseaux et du lapin, du chien et du singe, démontrent que la proportion en volume et en développement de la moelle allongée avec le pont de varolle et le cervelet par rapport aux hémisphères, est différent selon le degré d'élévation de l'intelligence dans ces types animaux : elle se développe au dépens des hémisphères dans les types les plus inférieurs, tandis que ceux-ci se développent chez les types plus élevés, jusqu'à ce que, chez l'homme, cette

proportion en volume et en développement est surpassée de beaucoup par les deux grands hémisphères qui couvrent et cachent à peu près le bulbe et la moelle, si prédominants dans les types inférieurs.

Cette relation morphologique a une signification biologique très importante : la vie intellectuelle se concentre dans les hémisphères cérébraux, tandis que la vie organique, dans ses fonctions nutritives spécialisées a ses centres dans la moelle allongée et le pont de varolle, à la base du cerveau. La vie organique nutritive a, chronologiquement, la même place dans toutes les fonctions vitales, tandis que les fonctions de rintelligence avec un développement aussi élevé que celui qu'elles ont chez Thomme, sont survenues plus tard dans l'évolution zoologique. Ainsi, les centres vitaux sont confinés à la base du grand organe et s'ils ont aujourd'hui une corrélation avec la couche corticale, c'est par l'irradiation de ces centres primaires que cela se produit, par une extension des éléments fonctionnels et par la complexité correspondante. Du reste, on ne peut supposer un isolement des parties dans un organe qui, avoisinant de semblables organes connexes, doit avoir une unité fonctionnelle chez le vivant.

Il est donc facile de comprendre pourquoi les centres de la vie organique, tandis qu'ils gardent une corrélation dans leur volume et leur développement avec le volume et le développement des formes animales, ne la conservent point avec les hémisphères cérébraux qui, au contraire, ontune autre corrélation, celle du développement de l'intelligence. On peut donc admettre que les deux hémisphères sont deux

W oïlganes adjoints aux organes de caractère primaire et

P primitif de la vie, de même que la vie psychique éle-

. vée est aussi une fonctionnalité ajoutée aux fonctions

^c conservation des êtres, les premières fonctions de

conservation demeurant les nutritives.

Donc, malgré une irradiation de la fonctionnalité ^Gs centres inférieurs aux supérieurs jusqu'à la péri- P'îérie où se trouvent les couches corticales, irradia- "On qui correspondrait à un déplacement fonctionnel, ies Vrais centres, avec leur noyaux d'origine des nerfs ^Y ^^rvice des fonctions vitales, sont, à leur lieu d'ori- S'^ne^ dans le bulbe. Les localisations cérébrales telles .^^ On les connaît aujourd'hui sont trop mal définies ; Semblerait qu'on doive les déterminer complètement , ^^s certaines parties del'écorce, mais non pas encore ,^ état de parfaites localisations. Quels que soient les ^^Itats futurs de l'expérimentation à ce sujet, il est ^^tain qu'il existe une correspondance entre les élé- ^Hts supérieurs des hémisphères et les centres pri- ^^ires qui servent aux fonctions de la vie ; de même ^^^îl est certain que les éléments morphologiques ser- ^ ^txt aux fonctions de l'intelligence recueillent les ^^pressions de la périphérie, qu'elles viennent d'or- ^^nes sensoriels définis, ou d'organes et de tissus ^ns fonctions sensorielles spéciales, afin que les unes ^t les autres puissent être transformées et rendues conscientes dans un but de défense et de conservation. Or, dans les recherches des fonctions psychiques, a prévalu l'habitude, dérivée de la conviction que tout fait psychique est fonction du cerveau supérieur, hémisphères et couches corticales, de rechercher exclusivement les éléments constitutifs et la fonctionnalité

de ces derniers, et de négliger absolument les autres données qui se rapportent à la vie organique de nutrition comme si elles étaient dénuées de tout caractère psychique. Mais de ce que j'ai dit sur le phénomène de douleur d'origine périphérique et sur les émotions, il suit que ces phénomènes psychiques ont justement leur base dans ces formes fonctionnelles de la vie de nutrition et non dans le cerveau supérieur, siège de conscience et d'intelligence. Il faut seulement admettre que ces organes supérieurs servent à deux fins : ils sont un moyen de conscience des phénomènes dont le siège se trouve dans des organes de pur caractère vital comme le cœur et les poumons, les glandes et les vaisseaux, etc ; il sont un moyen de provocation des émotions par la voie des perceptions, des idées, des souvenirs et autres phénomènes intellectuels.

Pour les lecteurs non physiologistes, je sens donc la nécessité de décrire les données anatomiques de ces bases émotives et les fonctions spéciales qu'elles possèdent, indépendamment de la psychicité dont elles sont revêtues sous certaines causes de perturbation soit par les voies périphériques, soit les voies centrales ou les cérébrales.

Mon attention a été attirée par la présence de certains nerfs crâniens qui ont une grande diramation dans les diverses organes de la vie de nutrition et par la connexion de ces nerfs dans leur parcours ou dans leur lieu d'origine ; elle a été attirée ensuite par Faccumulation de nombreux nerfs, presque de la plus grande partie, ayanl leurs origines confuses inséparables ou contiguës dans cette partie basale de l'encéphale que l'on peut considérer conmie une continuation de

BASE PHTSIQIE DES ÉMOTIOIVS 123

la moelle épinière, c'est-à-dire dans le bulbe, la moelle allongée et le pont de VaroUe.

Dans la figure schématique (fig. i) que je représente ici, l'on a la surface postérieure de la moelle allongée ou plancher du quatrième ventricule dans lequel on voit les racines de huit paires de nerfs crâniens, racines qui ne sont pas unique pour chaque nerf, mais quelquefois triples ou quadruples; bien plus, on y trouve des racines différentes pour certains nerfs selon leur fonctionnante différente, surtout si elles sont sensitives ou motrices. Ces nerfs, visibles ici vont de la V°à la XIP paire avec des racines disposées comme suit :

La V® paire a une racine motrice et deux sensitives ; là VHP paire a quatre racines ; les autres n'en ont qu'une pour chacune. Mais le lecteur verra, dans la limite de ces racines, un autre fait : c'est, que certaines d'entre elles possèdent à leur point extrême une aire commune comme c'est le cas pour les V®, VIP, VHP, IX®, X® et XIP paires. Les Hmites de certaines racines ne sont pas bien circonscrites ni séparées mais elles ont plus qu'un simple contact entre elles, elles présentent une fusion de leurs éléments. Dans la figure schématique qui se trouve au début du livre, cette fonction relative des racines, leur division et leur multiplication sont très évidentes. Ces racines donnent, comme le lecteur doit le savoir, les nerfs spéciaux dits crâniens à cause de leur origine dans la cavité crânienne, à la base de l'encéphale.

Pour donner une idée de rextension de certains de ces nerfs par rapport à leurs fonctions souvent multiples, j'en donnerai Taire de distribution :

lui lES ÉMOTIO^S

La V' paire ou nerf trijumeau se divise en trois branches prinripales : i° Vopklalmique, a" le maxillaire supérieur, 3' le maxillaire inférieur. La branche ophtalmique est sensitive et se distribue h la peau du front, au sourcil, aux paupières supérieures, aux racines et au

(Erb),

lobule du nez : à la conjonctive, & la muqueuse des voies lacrymales, à ta muqueuse nasale; à la corn6e. à l'iris, à la sclérotique : au périoste des os frontaui, nasaux, orbitaux, et à la Mtnsibiliti^ musculaire des muscles intraorbitaires. Elle influe aussi sur la sécrétion lacrymale. Le rameau maxillaire supérieur fournît des filament sensi-

tifs k la peau des paupières inférieures aux ailes du nei h la lèvre supérieure à —

la peau qui recouvre les os malairea h la muqueuse du nei du pharynx et du palais de la lèvre upérieure et de la trompe d Eus tache-, aux dents aux gencives h. la mâchoi e supérieure La branche du maxdlairc inférieur donne des Claments sensitifs a la peau des joues, des tempes a la lèvre inférieure, au ca nal auditif enterne; aux lèvres, aux gencives, aux dents de la mâchoire inférieure, au périostede celle-ci et des ostemporaux.Les branches maxillaires ont une influence sur les vaisseaux parce qu'elles contiennent des fibres vaso-motrices. Des libres de la V' paii'e innervent des muscles comme le temporal, le masséter, les deux ptérigoldiens, la partie antérieure du digastrique et le milo-tvroïdien.

U VU' 'paire ou nei

Fia. 9. (Edinger)

f facial est motrice ; elle a

126 ' LES ÉMOTIOKS

origine dans la partie profonde du pont de Varolle au niveau de la racine de la VI® paire, tandis que la partie supérieure de sa racine croise celle de la V* paire. Ce nerf influence les muscles de la face et est spécialement engagé dans Texpression des émotions.

J^a VHP paire ou nerf auditif est un nerf spécial à la fonction auditive.

La IX*' paire ou glosso-pharyngien a des libres sensitîves et motrices ; elle sert à la partie postérieure de la muqueuse de la langue comme nerf du goût ; elle intéresse les fosses, l'épiglotte et les amygdales ; la muqueuse du tympan par la fenêtre ronde et la fenêtre ovale, et la trompe d*Eustache en même temps que la V® paire. 11 semble qu'elle distribue des libres motrices aux muscles du pharynx et qu'elle contient dans le tiers postérieur de la langue des fibres vaso-dilatatrices et des libres agissant sur la déglutition ; elle a également une influence sur la respiration comme fonction inhibitrice.

La X® paire ou pneumogastrique a une grande extension ; elle va au cœur, aux poumons, aux viscères abdominaux, elle est unie au glosso-pharyngien et au nerf spinal accessoire ou XI" paire comme si c'était un nerf unique, selon Willis. On peut résumer ainsi ^on action complexe et variée ; ce nerf est sensitif dans la muqueuse de toutes les voies respiratoires, spécialement dans le larynx, dans le cœur, dans une partie du canal digestif, surtout à la base de la langue, au voile du palais, au pharynx, à l'œsophage, à l'estomac, et aussi sans doute au duodénum, à la muqueuse des canaux biliaires, à la partie postérieure du canal auditif. Le pneumogastrique est, ensuite, moteur dans beaucoup de muscles du palais, dans le muscle constricteur du pharynx, dans l'œsophage, dans le larynx. 11 contient des fibres d'arrêt pour le cœur, fonction inhibitrice ; le dépresseur lui est uni et agit en même temps dans la fonction. Enfin, il

exerce Une action sur les sécrétions gastriques et probablement rénales, comme sur la production glycogénique du foie.

La XI® paire ou nerf spinal accessoire de Willis est motrice et donne des fibres motrices au pneumogastrique pour le larynx; ce nerf exerce une action sur les émissions de son par les cordes vocales et possède avec le pneumogastrique une influence inhibitrice sur le cœur.

Le nerf hypoglosse ou Xll" paire est principalement moteur ; il agit sur les mouvements de la langue, sur les articulations du langage et sur la déglutition.

Mais ces nerfs appartenant au système cérébro-spinal ne sont pas seuls à exercer leur influence motrice et scnsitive sur tous les organes de la vie nutritive ; ils sont toujours en connexion avec divers ganglions du sympathique qui se distribue largement du cou à la cavité abdominale. Le sympathique exerce une grande influence sur les vaisseaux; ainsi, les vasomoteurs de la tête empruntent des fibres au sympathique cervical, de même que les vaso-moteurs du thorax et des artères supéi'ieurés ; ceux des artères inférieures du corps sont, au contraire, dominées par la moelle spinale au moyen du sciatique et du nerf crural, mais ceux des membres pelviens dérivent des ganglions abdominaux du sympathique ; les ganglions du système splanchnique donnent des fibres vasomotrices aux viscères abdominaux. Je néglige de parler ici d'autres communications que ces nerfs du sympathique ont avec la V®, la IX*", la X*' et d'autres paires que le lecteur fera bien pourtant d'examiner s'il veut en avoir une connaissance exacte et complète.

Puisque, dans les sentiments à caractère physique ou d'origine périphérique, centrale ou cérébrale, les organes qui voient avant tous les autres leurs fonctions

troublées sont ceux du cœur et de la respiration, c'est par eux que je commencerai.

Cœur, — Le pneumogastrique, X* paire des nerfs crâniens agit sur le cœur, non seulement pour la fréquence des battements, mais aussi pour l'ampleur des pulsations; lorsqu'il est excité, les pulsations deviennent plus rares et plus faibles, de sorte que le travail du cœur se trouve diminué ; mais si l'excitation du • pneumogastrique est forte, il s'ensuit un arrêt. L'excitabilité du pneumogastrique peut être augmentée par la section des libres du sympathique cervical qui lui sont unies et par celle de la moelle spinale ; une très faible excitation peut produire l'arrêt du cœur, ceci s'appelle Vaction inhibitrice du pneumogastrique.

Une influence antagoniste est celle du sympathique qui accélère les mouvements cardiaques.

Ainsi qu'on l'a dit, le pneumogastrique a ses origines dans la moelle allongée, il y a donc dans celleci un centre d'inhibition pour le cœur. Mais il s'y trouve un autre centre ou centre d'accélération uni avec ces fibres nerveuses qui passant à travers le sympathique. Or, les deux phénomènes cardiaques, arrêt ou ralentissement et accélération des mouvements peuvent se produire pour divers motifs, par les conditions même du sang comme dans le cas où il contient de l'acide carbonique stimulant le centre d'inhibition et les pneumogastriques ou bien par influence nerveuse. Celle-ci est diverse à cause des nerfs sensitifs périphériques, des nerfs splanchiques, du sympathique, de la cavité abdominale, du cerveau avec ses centres les plus élevés. .

Vaisseaux, — Les vaisseaux se dilatent ou se rétrécissent ce qui produit un plus grand afQux ou une diminution notable dans l'arrivée du sang. Après les altérations des battements du cœur, ce fait est important et mérite d'être éclairci.

L'action du sympathique cervical est connu pour certaines fibres qui sont dites vasomolrices et qui dépendent d'un centre situé dans la moelle allongée, dans le quatrième ventricule. C'est de lui que dépend la plus ou moins grande dilatation des petits vaisseaux et des capillaires; tandis que sa destruction produit une énorme dilatation. En outre, il s'en suit une diminution de pression artérielle dans les gros vaisseaux. Les nerfs vaso-moteurs sont ou dilatateurs ou constricteurs; et bien que leur façon d'agir ne soit pas bien claire, il est certain qu'ils dépendent du centre principal. 11 semble que le dépresseur de Gton qui est connexe au pneumogastrique ait une grande influence à cet égard. Il semble en effet qu'il influence les vaso-moteurs de l'abdomen et des extrémités inférieures et qu'il sert de moyen d'équilibre entre la circulation centrale et la périphérique.

L'influence vaso-motrice avec la pression sanguine différente dans les vaisseaux est si grande que pour démontrer combien est grande l'altération fonctionnelle qui se manifeste sous la forme psychique émotionnelle, je ne puis négliger de rapporter pour quels motifs elle peut être altérée.

« La circulation est affectée par le système nerveux : 1° par l'action inhibitrice du pneumogastrique qui diminue l'activité du cœur ; 2** par l'action accélératrice des fibres du sympathique qui stimule l'activité

l3o LES ÉMOTIONS

cardiaque ; 3** par Taction des ganglions cardiaques internes qui affectent directement le cœur; 4® par les actions du centre vaso-moteur (nerfs vaso-constricteurs), de la moelle qui tendent à maintenir les vaisseaux dans un état plus ou moins grand de constriction ; 5** par l'action des vaso-dilatateurs, inhibiteurs des vaisseaux, permettant qu'ils s'élargissent; 6** par rinfluence sur le centre vaso-moteur d'impulsions d'origine périphérique, fibres stimulantes, fibres inhibitrices; 7" par la diffusion d'impulsions dans la moelle des centres respiratoires ; 8** par l'action combinée des centres vaso-moteurs, respiratoire et inhibitoirc du cœur ; g^ par des changements rythmiques dans ce même centre moteur*. »

Respiration, — Il a été établi par Legallois et Floureins que le centre de la respiration se trouve dans la moelle allongée au point terminal inférieur du cala m us svriptoritts. Malgré des objections qui ont été élevées par Cl. Bernard et d'autres, on admet encore aujourd'hui que le fait n'est pas douteux. Ce point fut appelé par Flourens nœud ntal, parce que sa lésion amène la mort; ce n'est peutêtre pas, h proprement parler, cette partie du calamus, mais il semble en toul cas qu'elle coïncide bien réellement avec les limites ou avec l'origine même du pneumo-gastrique, dans sa partie la plus profonde.

Les nerfs qui agissent sur la respiration et qui ont une relation avec le centre respiratoire sont principalement les pneumogastriques, X° paire, principaux

I. Me. Kendrick, a Text-Book of Physiolog^\ vol. II, p. 296. Glascow, 1889.

toASÊ t>h1fSTQUE t>ES EMOTIONS l3l

régulateurs de la respiration ; la V® paire, le nerf laryngien supérieur qui est uni au pneumogastrique et le gloso-pharyngien agissent aussi comme inhibiteurs de la respiration. Celle-ci peut, en outre, au moyen du centre médullaire, recevoir des influences par action réflexe des nerfs sensitifs de la peau ou des centres supérieurs du cerveau, coïncidence qu'il est bon de' noter en tant qu'elle rappelle ce que nous avons établi pour les émotions par rapport au centre émotif commun.

Une autre influence sur le centre respiratoire vient des gaz contenus dans le sang, toujours par relations avec les pneumogastriques.

Sécrétions. — Il est important de rappeler ici ce qui peut influencer les diverses sécrétions qui se produisent dans les émotions comme la sueur, les larmes, la salivation abondante, ou bien l'arrêt de ces sécrétions et d'autres encore.

a) Sueur. Sans aucun doute, la sueur dépend de Fafflux sanguin à la peau, dans les glandes sudoripares ; les vaso-dilatateurs et les nerfs sécrétoires y ont une action; mais il y a des cas, comme dans la peur et dans l'agonie, où la sueur n'est pas déterminée par la présence du sang car, dans ces cas, il y a au contraire, anémie de la peau et la sueur est froide. Les nerfs constricteurs et les sécrétoires peuvent seuls être actifs dans ces deux phénomènes. Il résulte des expériences de Cl. Bernard, Dlpuy et autres, qu'il y a dans le sympathique cervical, le trijumeau et le nerf facial, des fibres qui influent sur la production de la sueur; Cl. Bernard obtenait en eflet de la sueur à la tête et au cou par section du sympathique cervi-

l32 LES ÉMOTtONd

cal. Il est donc très probable qu'il y a un effet paralytique de ces fibres nerveuses dans des émotions comme la peur. Ces fibres se rapportent sans doute à un centre de la moelle allongée où, du reste, se trouvent les racines de la V® et VIP paires.

b) Urine. Le centre d'origine des nerfs rénaux est le plancher du quatrième ventricule, proche des racines du pneumogastrique; une branche du nerf splanchnique y joue un rôle. L'augmentation de l'activité du cœur augmente la sécrétion.

c) Salive. Le centre est dans la moelle allongée. 11 y a activité salivaire indépendamment de l'afflux sanguin dans les vaisseaux spéciaux. L'influence nerveuse sur la sécrétion salivaire est bien certaine, la corde du tympan et le sympathique y agissent, le glosso-pharyngien et le nerf lingual de la V® paire y entrent en jeu comme nerfs sensitifs.

d) Larmes. La sécrétion des larmes est produite par l'excitation du nerf lacrymal, de l'orbitraire et du sympathique cervical.

Mouvements intestinaux. — Ils sont influencés par l'action du pneumogastrique et de la partie splanchnique du sympathique ; le premier augmente les mouvements, le second les arrête ; il peut y avoir influence d'impressions dérivées des centres cérébraux supérieurs passant par le centre vaso-moteur dans la moelle allongée.

En résumé, les nombreux centres de la moelle allongée qui ont une grande importance pour nous sont les suivants :

I® Deux centres respiratoires, d'expiration et d'inspiration unis au pneumogastrique ;

BASE t>HtSÎQUÊ DES EMOTIONS l33

2** Un centre vaso-moteur ;

3** Des centres cardiaques, l'un accélérateur par '^ Onoyen du sympathique, l'autre inhibitoire par ^^ I>neumo-gastrique ;

^** Des centres de déglutition ; S** Un centre de la voix ; ^® Un centre glycogénique ; ■7** Un centre de salivation ; S** Un centre de la sueur ; ^** Un centre des réflexes spinaux, domme on le voit, toute la vie de nutrition dépend ^^ ce grand centre qui est le bulbe ; tous les nerfs î^^î règlent l'économie du sang, de la respiration, des ^^*^ouvements intestinaux, des sécrétions, viennent du •S^and centre médullaire et se font ou ont ensuite des ^^lations en dehors de ce centre par des anastomoses spéciales entre eux et les divers ganglions du sympathique qui concourent à régler les diverses fonctions, quelquefois comme énergie antagoniste, dans le bilan de la vie.

Les points d'origine sont épars du pont de Varolle au plancher du quatrième ventricule ou peu en dehors d'eux ; certaines racines ont une aire commune ou mixte, d'autres sont ou semblent séparées ; il y a aussi plusieurs racines pour un seul nerf suivant sa fonction. Si l'on détruit ce grand noyau si complexe, on détruit la vie ; si l'on en détruit quelque partie moins vitale, quelque racine ou quelque nerf qui en émerge, et qui est apparemment plus accessoire, une , grave lésion fonctionnelle se produit, une altération profonde qui donne momentanément lieu à des phénomènes qui apparaissent dans les altérations pro- Sbrgi. 8

ij

l34 LES ÉMOTÎONâ

fondes dues à des troubles émotifs, et qui finit par la mort. Le cerveau supérieur ne prend pas de part active à tout ceci ; la décervellation ne supprime ni ne modifie la respiration, elle n'interrompt pas les mouvements du cœur, elle ne produit pas de sécrétions et ne les arrête pas ; le cerveau, au contraire, participe accessoirement à cette vie du vivant, tandis qu'il assume des fonctions caractéristiques de mouvement cl de sensation ayant une valeur intellectuelle, consciente et volitive.

Mais il y prend part à un autre point de vue, comme centre des excitations qu'il porte au centre émotif. Les idées, les perceptions, les images sensorielles, les sensations conscientes présentes et nouvelles, ou renouvelées comme tout fait de mémoire, les pensées simples ou plus complexes, sont autant d'excitations qui, du cerveau supérieur se portent au centre émotif, excitent ce centre qui doit coïncider, comme je l'ai dit, avec le centre ou nœud vital et qui est centre, par conséquent, de douleur et de plaisir. Autour du centre émotif, se trouvent contiguës ou coexistantes ou éparses à faible distance les racines des nerfs des fonctions vitales caractéristiques, les centres réflexes de beaucoup de fonctions. Il arrive donc, selon l'intensité de l'excitation qu'elle se circonscrit ou s'étend en se diflusant plus ou moins largement et en excitant cliacun des nerfs avec une égale intensité : certain de ces nerfs, selon la violence excitatrice, souffrent une influence paralytique ou bien il arrive ce qui se produit par la section ; d'autres augmentent l'action des organes auxquels ils se rapportent ; et ainsi, d'aire en aire, une excitation peut

BASE PHYSIQUE DES ÉMOTIONS l35

envahir toutes les racines éparses dans le quatrième ventricule et dans le pont de Varolle, et aller jusqu'aux nerfs qui s'anastomosent dans leur parcours avec d'autres, surtout avec les branches du sympathique. Selon des voies déjà habituelles dans la fonctionnalité on a des phénomènes réflexes localisés, mais qui trouvent leur point de départ dans Texcitation centrale.

Cette série de phénomènes perturbe toutes les fonctions de la vie qui ont un rythme de fonctionnaUté caractéristique et cette perturbation commence par le centre principal de la circulation qui est très sensible à cause de l'action du pneumogastrique et du sympathique cervical ; selon le caractère de l'excitation, tantôt ce rythme fonctionnel est élevé d'une manière exagérée, dans une forme de tempête et de décomposition comme dans la colère et la fureur ; tantôt ce rythme est déprimé légèrement comme dans la timidité, violemment comme dans la peur, ou bien arrive à tuer par arrêt subit du cœur.

La perturbation différente du rythme fonctionnel dérive de l'excitation du mouvement de circulation du sang et de son déséquilibre par dilatation et restriction des vaisseaux dans certaines de leurs parties, internes ou périphériques ; elle dérive de la pression artérielle modifiée, de l'arrêt ou de l'accélération locale, de l'anémie partielle ou de l'hyperhémie, de l'excès ou de l'arrêt des sécrétions, des mouvements plus rapides et incoordonnés ou rapides et coordonnés ou de la paralysie absolue. Il est alors facile de concevoir combien doit être grand l'ensemble des sentiments de semblables perturbations et comment,

l36 LES ÉMOTIONS

devenue consciente, elle doit constituer ces phénomènes dits émotionnels.

Ces faits ne se produisent pas seulement pour d'uniques excitations qui vont du cerveau au centre émotif, mais aussi pour des excitations de pur caractère périphérique, qu'elles dérivent de sens spéciaux ou d'autres organes comme les sexuels, ou simplement de tissus lésés ou troublés dans leur fonction. De sorte que, il y a, comme je l'ai dit, un centre émotif commun qui reçoit les impressions de deux parties, de la périphérie et du cerveau supérieur.

De sorte qu'il me semble évident, comme je l'ai déjà dit, qu'il a deux champs bien délimités des fonctions psychiques : intelligence et émotions mêlées à des sentiments de caractère périphérique ; l'un est propre au cerveau, l'autre à la vie de nutrition.

Je crains de ne pas insister suffisamment sur la valeur des organes de nutrition pour les phénomènes émotionnels. Le cœur est l'organe primaire et nous pouvons aussi dire unique, qui apparaît dès les premiers instants de l'origine d'un organisme animal; son activité commence très promptement, dès qu'il est ébauché, dès qu'il est défini comme un tube indéterminé et imparfait. Tandis que, chez l'embryon de poule, il commence à battre vers la trente-sixième ou quarantième heure, son activité se manifeste chez l'homme entre la deuxième et la troisième semaine, cette différence étant due à la plus grande longueur de la période embryonnaire. « Ces premières contractions du cœur de l'embryon, écrit Preyer, ont un intérêt physiologique très important, car ils s'établissent et sont très énergiques justement à une époque oà

// est impossible de trouver la plus petite trace de f.bres musculaires ou d'éléments nerveux^, » De sorte que c'est le cœur qui se trouve au début de la vie de même qu'il est le dernier à agir au moment de la mort ; de même il est extrêmement sensible à toutes et aux plus petites perturbations de la vie, et il le démontre par l'altération de ses mouvements rythmiques.

L'altération du mouvement du cœur amène une altération dans la circulation du sang, par la pression et la rapidité également altérées ; ces perturbations ont une correspondance respiratoire qui se trouve en corrélation avec les changements que subit le sang, l'irrigation des tissus et l'élimination des résidus; l'une et l'autre fonction s'équilibrent et se troublent en même temps, et cela entraîne l'altération de l'équilibre sanguin des tissus. Les altérations peuvent devenir plus grandes, augmenter de volume et s'étendre dans d'autres organes et tissus par influence vasomotrice, restrictive ou dilatatrice pour une partie de l'organisme et par conséquent aussi par excès ou suppression momentanée des fonctions sécrétoires. Les perturbations, enfin, sont ressenties plus profondément dans des anémies temporaires ou des hypérhcmies cérébrales parce que le cerveau étant le siège de fonctions très élevées et de conscience et ayant un large réseau vasculaire supérieur aux autres tissus ou viscères, l'influence perturbatrice devient plus grande là que partout ailleurs : d'où des eflets nouveaux qui

I. Physiologie spéciale de l'embryon. Traduction française. Paris, 1887, p. a5.

l38 LES ÉMOT10>S

s'ajoutent aux premiers d'origine cardiaque et respiratoire. Les émotions qui ont une relation directe avec la vie dans ses manifestations primordiales ne peuvent venir des organes mêmes qui possèdent ces fonctions ; elles ont donc leur base physique dans les organes de nutrition.

Afin de démontrer plus évidemment ma thèse sur la base physique des émotions, il est opportun . de rapporter, parmi beaucoup d'autres, les observations expérimentales de François Franck sur les effets des excitations des nerfs sensitifs sur le cœur, la respiration et la circulation artérielle*. Il écrit :

« Le résultat constant d'un grand nombre d'expériences peut être résumé par rapport aux fonctions cardiaques et respiratoires dans les propositions suivantes :

1° L'impression vive, quelle qu'en soit la brièveté, produite sur un nerf sensible (filets terminaux, tronc, racines) détermine toujours comme effet initial un ralentissement ou un arrêt dyastolique du cœur.

La condition nécessaire de cette perturbation est la conservation de l'appareil modérateur du cœur ; centres bulbaires, troncs et ganglions cardiaques terminaux du pneu mogastr ique .

Quand on supprime quelqu'une de ces parties, le phénomène cardiaque cesse de se produire.

2° Au moment même de l'arrêt ou du ralentissement du cœur, et de façon indépendante on voit se produire la suspension de la respiration. »

Excitations du trijumeau. — Ces excitations sont provoquées dans les narines d'un lapin avec un liquide irritant : acide acétique, ammoniaque, chloroforme ; à ces

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