CHAPITRE VII
C'est un des phénomènes psychiques les plus obscurs que celui des émotions ; nous n'avons jusqu'à présent que des descriptions plus ou moins exactes et souvent superficielles des manifestations émotionnelles, et, pour les classifications de leurs formes par rapport à leur base anatomique et physiologique, on considère comme admis ce fait que leur centre ou tout au moins leur siège se trouve dans Técorce cérébrale ; comme conséquence de ce qui est précédemment exposé, nous ne pouvons admettre ceci. Je tente de trouver une origine naturelle, comme je crois avoir trouvé une base naturelle dans la vie de nutrition avec ses centres bulbaires.
Les manifestations utiles et nuisibles à la vie dans leurs formes les plus simples doivent être primitives, et je l'ai déjà démontré; les perceptions, dans leur sens général, et les phénomènes intellectifs, en général, doivent être secondaires aussi dans la chronologie de la vie des organismes. Les premières formes psychiques, en tant que caractère de protection, doivent se produire sous cette forme de douleur et de plaisir que nous avons trouvé tant de fois à la base des sen-
GENESE DES EMOtlONS iGo
tunents d'origine périphérique et centrale (émotions). Dans ]a série animale, par ordre de développement morphologique et fonctionnel, on voit que les fonctions et les excitations périphériques sont les premières, communes à toutes les classes d'êtres vivants, qu ils soient pourvus ou non de centres nerveux, qu'ils aient des formes psychiques à caractère intellectuel ou qu'ils en soient absolument privés. Les manifestations d'origine périphérique sont donc chronologiquement primitives dans les séries animales. Le fait pst le même dans l'évolution individuelle et pour toutes les espèces supérieures comme l'homme; la vie des centres nerveux comme manifestation d'apparence indépendante n'existe pas encore dans le fœtus humain ni dans les premiers temps de la vie extra-utérine ; le plaisir ou la douleur sont déterminés par des excitations périphériques sur les organes spéciaux des sens ou sur des organes et des tissus de la vie de nutrition ; plus tard apparaissent les formes émotionnelles comme les instincts, sans que le cerveau ait encore physiologiquement donné des signes de raisonnements et de pensées en rapport avec les biens et les maux de la vie. Les phénomènes de perception, et par conséquent de connaissance, sont postérieurs, ils sont comme un nouvel organe de défense de la vie ; biologiquement, on peut les considérer comme une adjonction aux manifestations psychiques qui montrent l'utilité ou le danger à l'organisme; car, comme je l'ai démontré ailleurs', au moyen des perceptions et des faits intellectuels complexes les causes extérieures de nos plai-