‹ Les émotionsChapitre 47 sur 87 · I. Principles^ of Psychologj^ II, VIII, IX · texte numérisé non relu

I. Principles^ of Psychologj^ II, VIII, IX

a. Les problèmes de Vesthétiquc contemporaine* Paris»

Un cocher passant dans une rue s'écrie avec enthousiasme, dit GuYAu : « Quelle belle rue ! » Il voudra exprimer par cette exclamation l'art savant avec lequel cette rue a été faite et la facilité que sa voiture aura à la parcourir sans secousses. Les Halles centrales de Paris sont les plus beaux monuments de Tart moderne. La rue uniformément unie et les Halles sont telles parce que, croit Guyau, elles sont utiles et même d'une grande utilité ; nier leur caractère esthétique est, d'après lui, une grande erreur. Guyau veut combattre le principe soutenu par Spencer que le beau n'est pas l'utile et qu'il se trouve dans l'absence d'utilité. Mais Spencer lui-même a déjà répondu à Guyau. « Rechercher un but qui serve à la vie, comme le bon ou Y utile, c'est nécessairement perdre de vue son caractère esthétique. Je suis à la recherche de vivres et je vais au marché ; je découvre les Halles de Paris et les ayant reconnues je fais mes achats et mes commissions. Je me sers de mes perceptions visuelles en vue de l'alimentation, pour un but nécessaire à la vie. Lorsque je me sers ainsi de mon pouvoir visuel j'en use d'une manière que je considère comme en antithèse par rapport à une action esthétique. Pendant tout le temps qu'il est occupé exclusivement d'intérêts qui ont trait à la conservation de la vie, l'esprit ne peut être le siège d'aucun sentiment esthétique. Pendant tout le temps que ma conscience est occupée du but que je poursuis, les sentiments qui accompagnent les activités employées dans une telle recherche, ne sont qu'incidemment reconnus, ils n'occupent pas la conscience'^ mais lorsque je ne poursuis plus un but utile à la vie, alors, les sentiments qui acçom-

pagncnt Taction de la faculté consacrée à une telle recherche et les plaisirs concomitants peuvent être distinctements appréciés *. »

Cette réponse de Spenceh me parait décisive, malgré ses efforts Guyau ne réussit pas à la détruire. La belle rue et les marchés splendides sont beaux et utiles en même temps, mais leur beauté ne s'apprécie pas lorsqu'on ne recherche que leur utilité, et Ton ne se préoccupe guère de leur utilité quand on ne considère que leur beauté. Un voyageur qui voudra voir les belles choses de Paris ira aux Halles non dans le but d'acheter, mais dans celui de voir leur construction et il admirera leur magnifique, architecture même s'il les trouve vides de vendeurs et d'acheteurs. Le cuisinier qui va s'y approvisionner tous les jours ne fait aucune attention à l'architecture, mais il trouvera le marché magnifique et splendide s'il est riche en aliments de toute sorte. 11 est donc inexact de confondre l'utile et le beau, et pour retirer un plaisir esthétique de ce qui peut être utile, il faut d'abord être satisfait sur ce dernier point, c'est-à-dire ne plus s'en occuper.

11 y a une autre erreur plus grave dans la théorie de Gi.YAL, erreur masquée par des considérations qui présentent toute l'apparence de la vérité. Il croit trouver un caractère esthétique dans les besoins de la vie, dans les désirs qui en naissent et par conséquent dans les fonctions qui les satisfont. Il trouve de la beauté dans le sentiment de la vie entretenue et renouvelée par les fonctions, celles de respiration, de nutri-

i. Guyau, loc. cit,, p. 18-20.

ORIGINE DES SENTIMENTS ESTHÉTIQUES 3o I

tion, de mouvement, de reproduction ; îl en résulte

que la fiction esthétique, au lieu d'être une condition

du beau en art, en est une limitation. « La vie, la

réalité, voilà le vrai but de l'art ; et c'est par une sorte

d'avortement que l'art n'arrive pas jusque-là. Les

Michel- Ange, les Titien sont des Jéhovahs manchots.

La « Nuit » de Michel- Ange est faite, il est vrai, pour

la vie, et elle était profonde, sans qu'il en eût cons-

oience, la parole qu'y écrivit au bas un poète : « Elle

dort. » L'art est comme le songe de l'idéal humain,

fixé dans la pierre dure ou sur la toile sans pouvoir

Jamais se lever et bouger *. »

Rien n'est plus inexact que ce qui est contenu cLans ce passage brillant- et séduisant. L'art doit être "une fiction de la réalité et de la vie ; les sentiments qu'il suscite doivent être réels comme pour la réalité et la vie, et la vie de la fiction esthétique doit surgir de la réalité des sentiments esthétiques. La fausseté de cette théorie est causée par l'ignorance de la véritable nature des sentiments en général et des sentiments esthétiques en particulier; Guyau, en effet, réduit tous les sentiments esthétiques à des sensations et à des émotions réelles, suscitées les unes et les autres par des objets et des phénomènes comme cela arrive continuellement et le plus fréquemment ; mais il trouve que ces phénomènes psychologiques n'ont un caractère esthétique que lorsque l'on éprouve tous les caractères des émotions par altération des fonctions vitales. Il s'ensuit qu'il exalte ces états émotionnels dans lesquels il croit trouver l'expression de la vie et,

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