I. Omaha Sociology. In Ihird annual Report of tho Bureau
of Ethnolog}'. Washington, i884.
quée par les sorciers ou hommes voués à la médecine. Cette cérémonie dure neuf jours, mais, au dernier moment, elle acquiert une plus grande importance, car dans la dernière nuit on ne fait pas moins de onze danses différentes qui prennent leur nom des objets portés par le danseur ou de quelque chose de caractéristique qui accentue davantage le mouvement de la danse. Il y en a une dite des flèches pluméesy une autre des arcs tendusy une autre du soleil naissant, une autre de la yucca furieusCy de Yours, du feu, cette dernière danse s'exécute avec des torches enflammées et même avec de grosses branches d'arbre ardentes, au son de la corne de bison, avec un grand tumulte et de grands cris. La première danse de la dernière nuit est exécutée auprès d'un feu énorme, dévorant, qui brûle à distance, placé au milieu d'une enceinte de branches d'arbres dans laquelle a lieu toute la cérémonie*.
Ce ne sont pas des danses proprement dites, dans le sens aujourd'hui adopté par nous, mais plutôt des formes mythiques exécutées avec des mouvements qui, ordinairement, prennent le nom et le caractère de danse, mais pas toujours avec accompagnement de sons et de chants et, par conséquent, pas même avec des mouvements rythmiques. Telles sont les danses faites par les sorciers. Bourke parle ainsi des Apaches dansant la danse de V esprit : « A mesure que
I. The Mountain Chant: A Navajo ceremony : in V annual Report of the Bureau of Ethnology. Washington, 1887. Voir Cérémonial of Hasjclti Dailjis and mythical Sand Painting of the Navajo Indians, by I. Stevenson, 8°. Report of Ethnology. Washington, 1891.
le volume de la musique augmente et que les cris des spectateurs deviennent plus féroces, les danseurs sont encouragés dans leur enthousiasme et leur frénésie. Ils vont comme des flèches à travers le cercle, tournant comme s'ils guettaient un ennemi et, pendant tout ce temps, ils murmurent et chantent, sautent, se démènent et tournoient comme dans les danses des Derviches d'Arabie \ » Dall raconte que les Aléoutes dansent masqués, au son de tambours de différentes grosseurs, leurs danses ont une signification mythique. Ils ont des rites mystérieux, dansent masqués et nus, de nuit, les hommes et les femmes séparément; quelquefois cependant ils se mêlent sans être blâmés *. Mlrdoch ^ nous révèle d'autres aspects dans les usages de danse des Esquimaux. « Les danseurs marquent le temps avec leurs pieds, remuent le corps à droite et à gauche avec des mouvements sj)asmodiques. » Selon le manuscrit de Ray : « Chaque danseur à son tour saute en avant et s'avance avec des gestes extravagants et des mouvements comme pour tuer des requins, des narvals, des rennes, et comme pour poursuivre des baleinoptères. Dès qu'il a fini, chacun se place en ligne et, excité par la foule, il ajoute sa voix aux chants monotones des autres
I. The Medecine-men of the Apache hy I. G. Bourko q* Report, I^iiroau ol' Ethnology. Washington, 1892.
3. Voir l'élude très importante de Dall, On Masks, Labrets and certains aboriginal Costiims, wilh an Inquiry inlo the bearing of their geographical distribution. Third annual Report, etc., 1888. — Voir aussi lioss, The central Eskimo, 6"^ Report, etc.
3. Klhnological Restilts on the Point Barrow Expédition, 9*^. Report cit.
chanteurs. » Ces mêmes Esquimaux ont aussi des danses de pur plaisir qui, selon le capitaine Heren- DEEN, ressemblent beaucoup au cotillon allemand et n'ont rien de religieux ni de dramatique. Chaque danseur reçoit des objets qui lui sont offerts à titre de don. Ils ont aussi des danses d'enfants, qui sont de simples divertissements.
Sans citer ici tout ce que l'on trouve chez les autres peuples primitifs, étrangers à l'Amérique, ce qui a été dit montre évidemment que dans ces danses se développent tous les faits de la vie et beaucoup d'autres que l'on croit utiles à la vie, soit pour la conserver, soit pour la protéger, on y voit symbolisés les faits de la chasse, de la pêche, des semailles et des récoltes, la guerre, la paix, les moyens de guérir les maladies et de les chasser, le culte des puissances supérieures pour les rendre propices ou pour calmer leur colère et, enfin, le jeu et le passe-temps. C'est sous ces aspects qu'il faut donc examiner l'origine de la danse par rapport aux sentiments esthétiques.
Tous ces faits qui sont décrits sous la dénomination de danse ne sont pas, en réalité, des danses, mais des réunions de peuple dans un but déterminé que l'on croit utile pour la conservation ; dans ces réunions, les excitations produites par le but poursuivi, la crainte, l'espérance ou le désir, se manifestent par des mouvements plus ou moins énergiques et violents, selon les émotions et selon leur emploi. Les réunions populaires doivent probablement être provoquées par un son qui appelle l'attention, produit par une corne de bison, un tambour ou un autre instrument quelconque en usage. Au moment
de la réunion d'une foule de tous les âges et des deux sexes, très excitable de nature, assemblée en vue de résultats extraordinaires et qui sortent de la vie coutumière, l'excitation doit(^tre toujours très grande ; d'où les murmures, les cris, les mouvements de toutes sortes et dans tous les sens. Si un individu qui représente le chef ou le guérisseur de maladies, le sorcier, le magicien, invoque la divinité avec des mouvements plus ou moins habituels et appropriés au but, mimique significative des désirs universels, tout le peuple le suit en l'imitant; d'où des mouvements de mimique généraux, cris, voix spéciales aux conditions du moment. Mais, dans tout ceci, à cause de l'activité de chacun et de tous, les excitations augmentent et l'émotion arrive au point le plus aigu, il en naît un nouvement frénétique dans toute l'assemblée. Aucune force contraire ne peut réfréner les émotions augmentées par l'association des excitations, ces mouvements se font alors plus énergiques, ils deviennent semblables dans chaque individu, et tout prend une forme ordonnée par des mouvements égaux et rythmiques.
Les émotions violentes ont un grand attrait, spécialement chez les peuples primitifs peu sensibles aux émotions délicates et douces : celles qu'ils éprouvent, bien qu'elles laissent des traces de grande fatigue après ces longues heures de mouvement agité, au bout d'un certain temps sont désirées de cette même foule et dans des occasions analogues à la première. Et puisque l'on croit que l'on a obtenu la bienveillance de la divinité, on les renouvelle et on les reproduit dans d'autres occasions. L'on doit invo-
ÔklGlNE t)ËS SENTIMENTS ESTHETIQUES SsS
quer la divinité, si elle est bonne, afin qu'elle soit propice; si c'est une divinité méchante, il faut la fléchir, les dons ont cet effet et, avec les dons, le concours de tout le peuple qui implore ou prie. La prière primitive se passe en plein air, le temple c'est la terre et le ciel, la plaine ou la montagne, là le peuple s'assemble et là, par gestes et à voix haute, il demande et implore. Mais il y a des divinités mauvaises qui ne deviennent pas meilleures, c'est le diable, le malin, il faut donc le chasser, le terrifier ou le vaincre par la violence. On forme donc des assemblées loin des endroits habités; la nuit, les plus forts et les plus courageux, chez les hommes, s'essayent à lutter avec le démon ou l'esprit malin. Ici, il y a un excès de frénésie dans les mouvements, des cris, des hurlements, à cause de l'aspect tumultueux que prend cette danse, par les feux énormes, les flambeaux tenus à la main et par la lutte ou l'apparence de lutte. Les esprits malins anéantis, la sécurité et la confiance réapparaissent et les femmes qui y assistaient d'abord silencieuses, atterrées, peureuses et pleurant, s'unissent dans une joie générale avec leurs maris vainqueurs et dansent, elles aussi, en trépignant et en exprimant la satisfaction de la victoire. Ici encore, ces manifestations deviennent rythmiques et cadencées, prenant une forme de danse.
Il en est de même pour la guerre. Elle comporte nécessairement la réunion des individus aptes au combat; les esprits de tous sont déjà excités pour les périls du peuple en général et pour ceux que va courir chacun des combattants.
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Dans celle réunion, chacun voudra montrer qu'il est courageux, qu'il peut et qu'il sait blesser, qu'il sait assaillir et vaincre l'ennemi ; tous font la même chose, ils hurlent ensemble, s'agitent, simulent des batailles et s'exercent. Mais il faut aussi épouvanter l'ennemi, alors ils se transforment, se maquillent, s'ornent de plumes et d'autres dépouilles animales, ils prennent des attitudes de bêtes redoutables et les imitent en hurlant et en s'agitant violemment. C'est la danse de la guerre qui précède le combat. Ceci se répète chaque fois qu'il est nécessaire de s'armer et d'assaillir l'ennemi.
Si l'on est vainqueur, l'émotion est immense, on retourne au village avec les dépouilles de l'ennemi; celui qui en a tué un est un héros, un homme qui mérite récompense et qui est digne de s'orner des dépouilles du mort. Le vainqueur remporte avec lui la tête du vaincu, ou seulement le scalp, ou bien il emmène le prisonnier, selon les usages et les formes plus ou moins réduites chez les différents peuples. L'armée triomphante doit jouir de sa victoire et sent le besoin d'en jouir; l'homme qui rapporte un scalp est dans un état intense d'émotion et cela se manifeste spécialement par des mouvements de tout genre, dans le peuple rassemblé pour le louer. D'où la danse et la danse du scalp car c'est sous cet emblème qu'elle a lieu.
C'est un phénomène communément observé qu'un incident quelconque provoque un tumulte dans une agglomération de primitifs, de même qu'un fait qui sort de l'ordinaire met, chez nous, la maison sens dessus dessous. Alors, tous se rassemblent sur la
place publique, hommes, femmes, enfants, et chacun veut savoir ou agir. Pour que, dans les cas graves, la réunion se fasse rapidement, il y a un moyen d'appeler le peuple, un son quelconque. Mais peu à peu, ce son se fera différent selon les motifs qui provoquent les réunions publiques ; si c'est la guerre, le son sera un son guerrier, et il est immédiatement compris du peuple, si c'est la paix ou la victoire, on le comprend aussi parce qu'il devient différent ; si c'est pour le culte religieux, le son qui invoque doit être différent et nouveau.
Des formes diverses et spécifiques naissent peu à peu de ces formes peu différenciées au début. On fait des fêtes religieuses annuelles ou bien toutes les saisons, selon qu'elles ont pour but de préparer la terre à l'agriculture ou de récoller les fruits, ou bien selon qu'elles précèdent la pêche ou la chasse, afin de rendre celles-ci abondantes ; ou encore parce que les esprits malins, dominant à certaines époques, il faut leur faire peur et les chasser. De là des habitudes différentes de s'orner et de se vêtir en des formes caractériques suivant l'occasion, ou de se couvrir le visage avec des masques horribles tandis que le corps est nu, travesti de façon à n'être point reconnaissable. De là les fêles nocturnes à forme de tumulte des bacchantes, et qui prennent aussi des formes obscènes.
Mais d'autres motifs provoquent des réunions et donnent aussi des excitations violentes, par exemple, la mort d'un chef de tribu. Les expressions de douleur sont exagérées et violentes chez les sauvages, et en même temps que des hurlements, des pleurs
bruyants, il y a des blessures, des mutilations, des sacrifices de tons genres, et aussi des mouvements d'ensemble de la foule, avec des gestes, des hurlements et des pleurs; on trouve ainsi la danse des morts et aussi le repas des morts. La puberté, le mariage, la visite d'amis étrangers, tout excite de la môme façon le peuple primitif, il se réunit aussitôt et manifeste ses émotions par un excès de mouvement qui devient ensuite volontaire et habituel dans les mêmes occasions.
Ces faits montrent que les origines de la danse ne viennent pas d'émotions estliéti(/ues, mais paraissent être dans une expression naturelle primitive d'émotions diverses et violentes (/uise rapportent, à l'origine, à la conservation et à la protection commune du groupe. L'ordre, l'organisation en formes déterminées et à des époques spéciales, en de certaines occasions favorables, ne sont venus que postérieurement et avec une meilleure forme sociale, avec des règlements sociaux plus réguliers; ils sont venus avec la réflexion sur les phénomènes mêmes, et |)ar une conscience plus claire du but vers lequel on tendait.
Mais l'origine esthétique de la danse se trouve dans les danses mêmes (jui ont eu des buts utiles, réels ou fictifs, parce (jue ces mouvements sans rythme apparent sont automatupiement devenus rythmiques et parce qu'ils ont produit par leur excitation des plaisirs étrangers au but pour lequel ils étaient d'abord exécutés.
Eli fait, si nous trouvons l'origine du rythme et de la symétrie dans les structures morphologiques et dans les fonctions physiologiques, il s'ensuit que
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les fonctions volontaires, bien qu'elles puissent au début être arythmiques, retournent peu à peu à la forme naturelle, involontairement, c'est-à-dire automatiquement : il doit en être ainsi des danses primitives; certaines parmi les plus violentes, comme celles que j'ai citées plus haut, la danse du diable avec les flambeaux ou d'autres semblables, sont restées arythmiques comme à l'origine.
Le son qui accompagne la danse a dû avoir là-dessus une grande influence, soit qu'il ait été simplement émis avec la bouche, sans le secours d'aucun instrument, ou bien produit par des instruments, constituant, par conséquent, le chant et la musique. Dans les danses décrites plus haut, tantôt l'on chante, tantôt l'on joue, c'est-à-dire que l'on produit des sons cadencés, rythmés, même très monotones.
Pour ce qui est de l'origine de ces sons rythmés qui accompagnent la danse, il en est de même que pour ce que j'ai déjà dit des mouvements. iNous trouvons chez les peuples primitifs des danses accompagnées de cris et de hurlements sans aucun rythme, et des danses avec des sons rythmés : on trouve ici le même passage de l'arythmique au rythmique par automatisme fonctionnel. Sans aucun doute, les mquvements des danses, bien qu'ils fussent désordonnés, ne s'exécutaient pas en silence, mais étaient accompagnés de cris désordonnés pour représenter soit l'horreur, soit la terreur, la prière ou l'ovation, toutes expressions de sentiments. En prolongeant les mouvements et les sons, le rythme s'établissait naturellement chez les uns et chez les autres : l'évolution se fit d'elle-même lorsque les mouvements et les
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sons s'exécutèrent volontairement avec un rythme.
Tandis que l'eurythmie apporte un plaisir qui n'a pas de but utile pour la vie, une autre source de plaisir est le mouvement qui, par lui-même, excite dans la danse. La danse, n'étant pas un mouvement limité à une partie du corps, mais bien un mouvement général, accélère les mouvements du cœur et de la respiration, augmente la pression du sang, innerve énergiquement les muscles, dilate les vaisseaux superficiels et ceux des muscles, augmente la température externe; nous trouvons ces phénomènes dans les émotions de plaisir en général. Il est alors facile de concevoir comment partant des danses et des mouvements qui se rapportent aux besoins de la vie et à des émotions produites en vue de la conservation, on est arrivé à la danse en vue du seul plaisir esthétique. C'est ici qu'il y a lieu d'affirmer que l'on trouve l'Esthétique dans l'Utile et que l'une ou l'autre chose surgit selon les conditions dans lesquelles se trouve l'acteur ou le spectateur, ou selon le but auquel on tend dans un moment donné : tout ceci est une déduction naturelle de l'observation des faits.
Aujourd'hui, la danse est restée pour nous un plaisir esthétique, la musique cadencée est demeurée comme musique de marche pour l'armée, ou comme excitation dans la bataille. Les grandes danses religieuses des peuples primitifs ont été remplacées par les processions que les (irecs et les Romains possédaient aussi, accompagnées quelquefois de danseurs ; de même les danses funèbres se sont changées en cortège toujours liées cependant à la musique selon
l'occasion funèbre ou gaie. Mais la danse religieuse et guerrière persista longtemps chez les Grecs. Ottfried Muller considère la marche accompagnée de musique des Spartiates et des Cretois comme un pas de danse \ L'orchestre, non seulement accompagné de la mélodie, mais aussi par lui-même, exprime la souplesse et l'eurythmie du corps et tend à exprimer des sentiments et des idées déterminées. Sparte avait une école de musique et une palestre réunies, toutes deux servaient à des exercices guerriers. Les Spartiates marchaient à la bataille au son de la flûte, les Cretois avec la lyre, les Argiens au son de la trompette tyrrhénîcnne. Les Grecs avaient aussi pour la marche de l'armée un embatérion ou épibatérion et un caUoréion qui étaient joués avec la flûte, cette musique était provocante et encourageante, excitait l'armée contre l'ennemi. Lorsque Timothée le Thébain jouiit le castoréion, Alexandre de Macédoine se sentait enflammé de courage. Les Grecs avaient en outre une danse guerrière, la pyrrhique, danse armée ^ qii devint une danse imitative et par conséquent de caractère esthétique "*.
Passons à l'origine de la musique. Spencer avait admis que les sons musicaux avaient leur origine dans l'expression des sentiments par la voie humaine dans la ciflusion des excitations *. Darwin, au con-
1 . Die )Lunst der Dorier. In Kunstarchaeologische Werke. Calvary's dHiI. Bibl. Berlin, I, Band.