Idem^ chap. v et suiv
Ar«ALYSE DES SENTIMENTS ESTHÉTIQUES 35 1
wagnérienne. Je crois que, au point de vue des effets sensibles, une musique compliquée peut se comparer à un raisonnement très complexe lorsqu'on le fait à un enfant ou à un homme ignorant, habitué à raisonner simplement; cela produit une confusion, un chaos qui trouble et ennuie mais non un sentiment passionnant. S'il n'en était ainsi, tous les spectateurs, les auditeurs d'une œuvre musicale ne seraient pas aptes à en juger car la majeure partie est ignorante en musique ; le public juge selon les effets qu'il éprouve, c'est-à-dire selon qu'il a été touché ou non et selon la manière dont il a été ému. Et même quand un opéra d'une incontestable valeur comme Otello ou Aida se produit, il n'est jamais complètement compris la première fois ; c'est avec la répétition et si l'on y assiste plusieurs fois qu'il finit par donner son effet complet sur l'auditoire.
L'harmonie et l'accord, plus compliqués, produisent des effets sur le public non seulement au moyen des variations de ton relativement rapides eu égard aux conditions physiologiques mais aussi par l'intensité et la hauteur des divers tons qui s'y trouvent associés. Ce sont des tons d'une grande intensité qui peuvent être efficaces sur les organes qui ne sont pas habitués aux excitations délicates, et l'on peut en dire autant de la hauteur des tons, ils ne peuvent être efficaces s'ils se trouvent aux extrêmes limites de l'audition ; nous devons penser que seulement lorsque leur position se trouve comprise entre certaines limites médianes, ils peuvent arriver à susciter des sentiments. Les enfants se complaisent à percevoir des sons qui pourraient s'appeler des bruits, forts et