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LE COMIQUE ET LE RIRE

Une des manifestations du caractère est le comique et le risible. 11 n'est pas facile de saisir le ou les principes qui dominent dans sa production, aussi les psychologues sont-ils loin d'être d'accord dans leurs explications. Le comique provoque le rire, et jusqu'à un certain point se confond avec le risible. Spencer admet qu'au point de vue psychologique, le rire résulte d'une perception d'incongruité*, Bain croit que le « rire est connexe à l'explosion du sentiment « de pouvoir ou de supériorité, et aussi, à la libé- « ration instantanée d'un état de constriction, ces « faits se présentent ensuite l'un et l'autre dans une « multitude d'exemples de dégradations humai- « nés-. » Pour Sully le rire dérive principalement de l'exceptionnel et de la nouveauté, même du bizarre et de l'étrange, comme de la bassesse et du manque de valeur, ou de la perte de la dignité. « 11 semble « certain, dit-il, que le rire n'accompagne pas seulece ment la brutalité et la cruauté chez les races et les « enfants incultes, mais il semble aussi que dans le « cas du rire raffiné et bienveillant, il accompagne la « reconnaissance de quelque perte de dignité chez « les autres lorsque cette perte ne suscite pas d'au- « très sentiments et surtout des sentiments péni- « blés'*. » Dans un autre ouvrage, examinant les

I. The Physioiogy of Laughtcr, in Essays. London, i868. a . The Emotions and the Will, p. 269 et suiv. London, 1875. 3. The Acsthetic Aspect of Character, op. cit., p. 267.

éléments qui composent le sentiment du comique, il fait allusion à trois formes ou caractères principaux, c'est-à-dire : un rapport avec le sentiment de supériorité, l'incongru ou grotesque conçu en tant que forme intellectuelle, et l'humeur à laquelle se sont mêlés ces divers sentiments \ Dans une étude spéciale, Kraepelin attribue le comique au csintraste seulement ^

11 y a déjà quelques années "^ ayant eu occasion de m 'occuper de cette question, j'écrivais que les principes avancés par les psychologues anglais étaient admissibles mais insuffisants; j'admettais le contraste comme un élément principal. « Ce contraste corres- « pond à une antithèse dont les membres se présence tcnt successivement, mais sont instantanés. Au « moment même où une excitation parcourt les voies « normales pour produire un sentiment défini, une « excitation, opposée de nature, se substitue immé- <c diatement à la première, d'où le contraste et l'anti- « thèse. »

Le phénomène du rire est moins facile a expliquer : est-ce une expression à caractère purement extérieur, est-ce un phénomène postérieur à l'émotion, c'est-àdire un effet de l'émotion ? Voici longtemps déjà, H. Spencer étudia avec cette subtilité qui le distingue, la physiologie du rire, et il admit que le rire est la manifestation d'une excitation musculaire, il

1. The htiman Mlnd. A. Text-Book ofPsychology. London, 1893, II, p. i48 et suiv.

2. Zum Psychologie des Komischen. In Philophische Studien de Wundt. Leipsig, i885, vol. II.

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