CARACTERES GENERAUX DES PHENOMENES PSYCHOLOGIQUES
Il y a fort longtemps déjà, je me suis occupé crime façon directe et très étendue, dans un volume de psychologie générale*, de la valeur et de la signification des phénomènes psychologiques : je ne veux que rappeler ici les conclusions auxquelles j'étais arrivé. Je les considère comme établies pour cette science que je vais étudier sous le point de vue le plus naturel qui est le biologique.
Il y fut démontré que les phénomènes psychologiques sont des phénomènes vitaux comme ceux de nutrition et de reproduction et que leur fonction n'est autre chose que la protection de l'individu et de la descendance.
Ce but, en réalité, ne diffère pas de cehii des phénomènes de nutrition et de reproduction, qui sont aussi destinés à la conservation. Cependant on
I. L'origine dei fenomeni psichicl e loro significazione biologica, Dumolard, Milan, i885.
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peut y troiixer une différence caractéristique : les phénomènes de nutrition et de reproduction ont une sphère plus restreinte et plus déterminée, ils se réduisent, en somme, à Tassimilation des éléments naturels nutritifs et au remplacement de ceux consumés par activité physiologique, ou bien, pour la reproduction, à la cession d'éléments matériels qui servent à perpétuer la descendance. Les phénomènes psychologiques, au contraire, ont un caractère plus général et une action plus étendue ; ils n'ont pas, en apparence du moins, à céder ou à assimiler des substances en vue de la continuation de la vie, mais ils doivent seulement se manifester en actions multiples qui sont en relation avec tous les autres phénomènes de préservation du vivant. C'est ainsi que chez les animaux où toutes les classes de phénomènes vitaux' sont spécialisées, les phénomènes de nutrition cl de reproduction se trouvent sous Tinfluence des phénomèijes psychologiques ; quand celte spécialisation n'existe pas, comme chez les organismes élémentaires, tous les phénomènes sç confondent dans la plus grande simplicité de manifestation et atteignent le même but, la conservation.
De même que la formation de tissus nombreux cl \ariés, au sein des organismes, se fait par évolution, de même, les fonctions vitales se différencient et se spécifient. Pour en être pleinement convaincu, il suffit de jeter un regard, dans la série ascendante des êtres, sur les structures animales, depuis la plus simple jusqu'à la plus complexe, depuis l'unicellulaire jusqu'au composé de myriades de cellules, à divers degrés et de diverses façons transformées.
Tandis que toute la physiologie d une amibe ou d'une vampirelle consiste en une cellule ou en un grumeau de protoplasme, sans forme déterminée, qui renferme, indistinctement mêlées, les fonctions nutritives, reproductives et psychologiques, la physiologie d'un vertébré s'achève en une variété de tissus et dans les conditions les plus compliquées, au milieu desquelles il est facile de distinguer, sous les formes les plus différentes, ce qui a trait à la nutrition, à la reproduction ou à la défense.
Chez les animaux simples et dépourvus d'organes s|>écifiques, la vie n'a donc pas de formes de manifoëtation spéciales et nombreuses, et les fonctions psychologiques sont confondues avec elle. Dans les organisations animales complexes, ces fonctions sont une des manifestations de la vie, elles sont donc par rapport à la vie générale dans la relation de la partie au tout.
Mais il est bon de mettre en é\idcncc un phénomène qui se manifeste justement lorsque les fonctions psychologiques quittant, leur condition indistincte et commune avec les autres phénomènes vitaux, passent à Tétat de fonctions distinctes cl spéciales. La préservation du vivant, soit au point de vue individuel, soil au point de >ue do la descendance, dépend de conditions extérieures multiples et variées qui sont les conditions mêmes de Texistence. Si nous les divisons en deux catégories, les physiques et les organiques, nous trouverons que l'animal est exposé à des changements de température, ou à d'autres événements du même genre, mais nous trouverons aussi que, dépendant du milieu qui le fait
vivre, il est en même temps exposé à devenir la proie d'autres animaux, plus puissants.
A mesure que les structures sont moins complexes, la reproduction devient plus facile et la protection des fonctions psychologiques est moins nécessaire ; les structures devenant plus compliquées, la résistance aux diverses conditions extérieures devient plus difficile, alors devient plus nécessaire aussi un moyen de défense : celui-ci doit être tel qu'il soit en relation avec le mode de manifestation de la vie ; les fonclions psychologiques, par conséquent, doivent être plus développées et plus complexes.
Il advient donc que les phénomènes psychok) giques ont des relations avec chaque phénomène vital quel qu'il soit, même le plus matériel en appa rence, et ceci est visible dans le fait que les tissus vivants chez les vertébrés sont aptes à susciter dos manifestations de caractère psychologique dans diverses circonstances de leur fonctionnement. [1 s'en suit, ce qui paraîtrait incroyable au premier abord, que les fonctions psychologiques enveloppent en tant que fonction préservatrice tous les phénomènes vitaux, comme une mère a soin de toute l'économie de la maison.
Lorsque l'on observe les faits de la vie, aussi bien chez rhommc que chez les autres animaux, la signification générale attribuée aux phénomènes psychologiques et leur valeur biologique se relèvent clairement, car, tandis que, d'un côté, Ton est confirmé dans cette opinion que ce sont des phénomènes de protection, de l'autre, on découvre qu'ils servent de secours plus ou moins étendu aux autres fonctions de la vie.
INTRODUCTION ' l5
Le fait complexe de ralimentation exige, pour que le but soit atteint, une série de phénomènes de caractère . psychologique ; il en est de même pour la reproduction et pour la protection de la race. Pour ces deux si importantes fonctions de la vie, dont dépend Texistence de Tanimal dans son universalité et dans sa durée, entrent en action des sensations et des mouvements, des douleurs et des plaisirs, la mémoire et la conscience, Texpérience et l'instinct, il s'y ajoute l'usage des organes des sens et du mouvement et tout ce qui se rattache à la psychologie des sensations et du mouvement suivant le degré de développement des êtres. Les phénomènes psychologiques ne sont donc pas un luxe, mais une surabondance de phénomènes au sein des phénomènes de la vie, mais des moyens plus efficaces pour la protection de la vie animale.
A la suite de telles considérations j'ai classé en cinq ordres les faits qui ont trait à la vie animale dans rindividu et dans l'espèce et dont dépendent l'existence et la conservation de l'une et de l'autre. Dans ces cinq ordres de faits, l'activité psychologique est connexe à chacun des autres phénomènes biologiques, elle les pénètre et se fond avec eux, de telle sorte qu'on ne peut plus l'en séparer et qu'elle apparaît même comme l'un de leurs instruments principaux : de même, morphologiquement, chaque organe spécial de la vie organique a des nerfs et des vaisseaux sanguins sans lesquels il ne développerait aucune activité. Or, il n'y a qu'une seule différence : quelquefois les fonctions psychologiques ont la prééminence dans l'action complète ou complexe, d'autres
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fois, au contraire, elles jouent un rôle secondaire, mais indispensable à l'activité des autres organes et des autres formes fonctionnelles. Ces cinq ordres de faits sont les suivants :