I. Voyez chap. iv
le caractère émotionnel -bien que masque ou pouvant être masqué en tant que phénomène secondaire.
KiEOSow* était arrivé à une conclusion analogue, mais il a été critiqué par Binet et Courtier qui affirment :
« On connaît aujourd'hui le type respiratoire de Témotion et celui du travail intellectuel ; ils sont sensiblement différents ; et cette différence nous permet d'attester que, dans tel cas où un sujet a fait du calcul mental, il n'était nullement ému* ».
Une réfutation aussi sommaire ne me parait pas acceptable, et je ne sais comment les deux vaillants expérimentateurs ont pu déterminer qu'il n'y avait aucune émotion chez le sujet au moment du calcul mental alors qu'ils n'y faisaient même pas attention et qu'ils ne la soupçonnaient même pas. Celte différence sensible entre le type respiratoire de l'émotion, considéré en général, sans indiquer l'émotion dont il s'agit, et le type respiratoire du travail intellectuel, nous ne la voyons pas; si elle existait, nous aurions déjà des caractères plus concrets et positifs et moins de doutes que nous n'en avons. Mais même si elle était aussi nette que ces auteurs l'affirment, ils ne parlent point de même de la circulation ni des mouvements du cœur ni de la pression du sang ; il ne faut pas considérer ces phénomènes séparément, mais dans leur ensemble, car les troubles rappelés plus haut ne se produisent pas isolément mais s'ac-
I . Versuschc mit Mosso's Sph}'gmon[iano[nctor tiber durch psychische Errcgungen hcrvorgerufenen Verânderungcn des Biutd* rucks beime Menschen. Phil. Studien, XI, p. '|i et suiv.
a. Ann. psychol.y 1897, p. '17.
compagnent les uns les autres. Il semble que^ Ton veuille encore considérer les faits psychiques séparément et les distinguer entre eux comme on le fait dans une analyse ou une abstraction ; ce qui est une erreur.
Le D"" Dumas, contrairement à ce qu'ont fait les deux expérimentateurs français Bvset et Courtier, a expérimenté sur des malades, lypémaniaques et autres, afin de vérifier la théorie de Langea Je ne suivrai pas l'auteur dans son long travail, mais j'indiquerai seulement cpi'il me paraît être arrivé à son but ; les critiques sommaires de Binet et Courtier ne peuvent facilement détruire les conclusions auxquelles est parvenu Dumas'. On pourrait ajouter au travail de Dumas qu'il croit confirmer la théorie de Lajsge telle qu'elle a été conçue par son auteur, purement et simplement, comme si les émotions dépendaient exclusivement des phénomènes vaso-moteurs; cette théorie, nous l'avons trouvée étroite et insufiisante et nous avons admis que, outre les phénomènes vasomoteurs, 11 y a ceux de la respiration, des sécrétions et des mouvements de même que nous avons trouvé un centre d'où partent les excitations pour la genèse des émotions et qui est la moelle allongée. Dumas s'aperçoit, à la fin de son travail, qu'il a négligé les mouvements déjà notés par James parmi les
1 . Recherches expérimentales sur la joie et la tristesse. Revue philosophique, juin-juillet-août 1896. — Voir aussi : La tristesse et la joie, Paris. 1900.
2. Voyez aussi la Mélancolie, J. Roubînovitch et E. Toulouse. Paris, 1897, p. 45 et suiv., où les critiques fdtes k
^PuMAP ont fait douter de ses conclusions.
448 LES ÉMOTIOXS
faits qui entrent dans Tapparition des émotions, il s'en excuse en ajoutant qu'il n'a pu examiner le contenu des émotions*.
A cette preuve de la théorie périphérique des émotions, j'ai le plaisir d'en ajouter ime d'un caractère spécial qui fait distinguer deux catégories dans la détermination des phénomènes psychiques en intellectuels et en émotionnels. Cette preuve générale provient des admirables expériences de Mosso sur la température du cerveau.
ÏAiszi, dans un travail expérimental de beaucoup antérieur à celui de Mosso, avait observé que dans les faits psychiques intellectuels, il n'y avait pas augmentation de température dans le cerveau; et il supposa que dans les cas où il y avait élévation de température, cela dépendait plutôt de l'état émotif. ^oici l'un des faits : à une chienne en expérience, on montra ses petits, et alors la réaction thermique fut grande. Tanzi dit que la valeur représentative de ces excitations était commune et insignifiante, mais que leur valeur émotive était très grande : voici expliquée la raison de la réaction therinique insolite -.
Mosso, par une méthode différente, a pu observer et expérimenter non seulement sur les animaux, mais
I. Dumas, î.es états intellectuels dans la mélancolie. Paris, 189^5.
3. Recherches therrao-électriques sur l'écorce cérébrale en relation avec les états émotionnels. Rivista sperimentale di freniatria. Kegio-Ëmilia, 1889.
aussi sur rhomme. Il a trouvé que le cerveau ne s'échauffe pas dans les manifestations psychiques intellectuelles, ni au moment du réveil de la conscience d'actes semblables tandis qu'il reçoit en général im plus grand afflux sanguin et que la circulation se modifie. Mais, dans les émotions, la température du cerveau augmente*. Je ne rapporterai pas les nombreux exemples que l'auteur cite pour confirmer ces propositions générales et qui viennent à l'appui des expériences de Tanzi ; il vaut mieux s'en rapporter directement au livre de Mosso pour se faire une conviction.
Au premier abord, cette différence de manifestations thermiques dans les faits intellectuels et dans les émotifs, semblera étrange et inexplicable. Je crois pourtant que l'on peut donner une interprétation naturelle au phénomène au moyen des lois connues sur la transformation des forces et de l'équivalence. Les processus chimiques du cerveau se convertissent en chaleur lorsqu'ils ne se convertissent pas en une autre forme d'énergie, et cela se produit dans l'excitation mécanique qui réclame l'activité des processus chimiques, dans l'accès épileptique, ainsi que Mosso l'a montré expérimentalement. Mais lorsque, dans un autre produit de l'activité cérébrale, comme par exemple le fait psychique conscient, il ne peut y avoir production de chaleur si ce n'est dans les cas où les processus mêmes seraient en excès sur la production du phénomène psychique, ceci montre évidemment, à mon avis, ce que l'on suppose déjà depuis quelques