‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 17 sur 91 · LA SAINTE VEHME · texte numérisé non relu

LA SAINTE VEHME

francs juges de Weslplialie étendirent bientôt leur ressort à tout l'empire. L'Allemagne, au xiir et au xiv siècle, se trouva tout à coup prise dans les tllets de la justice mystérieuse et redoutable de la Sainte Vehme, ayant son centre en Westphalie, son premier seigneur justicier dans l'archevêque de Cologne et, plus tard, après le grand interrègne, dans l'empereur lui-même, parfois heureux de suppléer ainsi à l'autorité qui lui manquait.

Dortmund resta le chef-lieu des cours vebmiques. Ce fut là que les francs comtes, seuls admis à présider les cours de la Vehme, se réunirent en chapitre général dans le miroir ou la Chambre du roi des Romains, pour constituer la jurisprudence el confirmer les jugements. L'initiation ne pouvait avoir lieu que sur la terre rouge de Westphalie. Elle était de différents degrés. Les francs comtes et les francs juges seuls siégeaient, faisaient les citations, instrumentaient, exécutaient; au-dessous d'eux se trouvaient affiliés les sachants ou voyants chargés de défendi-e, d'éclairer les cours vebmiques, de dénoncer les coupables el de prêter main forte aux jugements. Le secret et l'obéissance étaient pour tous les deux premières conditions. En mettant à genoux ses deux doigts les plus près du pouce sur le sabre d'un franc comte, le récipiendaire jurait de ne « dévoiler ni à son confesseur, ni à son père, ni à sa mère, ni à sa femme, ni à son frère, les secrets de la sainte Vehme, quand même un jugement frapperait l'un d'eux, de dénoncer au contraire tout ce qui relevait de sa juridiction et d'exécuter ses sentences en tous lieux et en tous temps, envers et contre tous, en dépit de tous les êtres vivants, el de ce que Dieu a créé entre le ciel et la terre ». Des peines terribles attendaient les parjures ou ceux qui parvenaient à pénétrer les secrets du tribunal. Le malheureux était pris,

avait les yeux bandés el les mains liées derrière le dos; puis on lui passait une corde au cou, on le jetait sur le ventre, on lui arrachait la langue par la nuque et on le pendait sept fois plus haut qu'un voleur convaincu.

Pour se faire recevoir dans cette nombreuse et redoutable association, il fallait être né d'un mariage légitime et jouir d'une réputation sans tache. Dans le xiV^ siècle, on vit les ducs de Bavière, de Brunswick, le margrave de Brandebourg, parmi les francs comtes, des villes permirent à leurs conseillers et à leurs magistrats d'entrer dans la Vehme pour jouir de sa terrible protection. Les empereurs se soumettaient à la cérémonie de l'initiation, s'ils voulaient être les seigneurs justiciers de la haute cour.

Les francs comtes tenaient registres des francs juges, les francs juges de tous les voyants.

Les initiés se reconnaissaient à certains signes et en prononçant les initiales S. S. G. G. de quatre mots allemands qui signifient coup, pierre, gazon, pleurs. Us jouissaient du privilège de n'être soumis à aucun autre tribunal ; le serment prêté .«ur le tranchant du glaive d"un franc juge par l'accusé suffisait pour le disculper. Le sei'ment prêté, l'accusé prenait un denier à la croix, le jetait devant le franc comte, reprenait son chemin, et quiconque le touchait rompait la paix du roi; un voyant avait besoin de plusieurs cojurateurs. On comprend combien ces privilèges tendaient à accroître l'association. On prétend qu'à Dortmund, mille francsjuges assistèrent parfois au chapitre général et qu'au xiv« siècle l'association compta plus de cent mille initiés.

Le jugement avait lieu aussi, sauf de rares exceptions qui ne se généralisèrent point sur la terre de Westphalie. Le franc-comte ouvrait le tribunal par ces paroles consacrées : « A" om de notre très gracieux maître,

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