FRONTIÈRES DU MIDI
nemeni du monde [dédit Germanis regimen mundi). L'ambition allemande a toujours aimé à s'autoriser d'un dessein providenliol. Mais Rodolphe était un esprit positif et pratique. Il n'abandonne pas la proie pour l'ombre. Inutile de dire qu'il renonça au rôle de chef de la chrétienté latine et ne songeaguère, malgré les promesses faites au Saint-Siège, soit au royaume de Jérusalem, soit à l'empire schismatiqae de Constantinople. Mais, de même que, en dedans des limites de l'Allemagne, il souffrait que les princes et même les villes affermissent leur indépendance et usurpassent les droits impériaux, aurisque de dissoudre même l'empire, en dehors des frontières allemandes, même les plus voisines, au-delà des Alpes, de l'Elbe ou du Rhin, il se résigne à laisser souvent les anciens pays d'empire accomplir leurs évolutions nationales qui les en détachent. Les historiens allemands d'aujourd'hui, bien moins raisonnables que ceux d'autrefois, ne le lui pardonnent pas. Ils le blâment d'avoir été plus Autrichien qu'Allemand ; ils méprisent sa politique plus patrimoriale qu'impériale, comme s'il n'avait pas bien mieux fait d'élever la fortune de sa maison et de laisser les pays voisins faire la leur que de recommencer les anciennes expériences impériales qui avaient, en troublant les autres nations chrétiennes, lassé l'Allemagne elle-même.
Pendant près de trois siècles l'empire d'Allemagne en poursuivant laconquêted'une partie de l'Europe, avait cédé à cette ambition « anti-chrétienne » dont elle ne craint pas d'accuser aujourd'hui ses voisins. Rodolphe de Habsbourg n'en estplus là.
Frontières du midi. — Dans les traités passés en Italie par Rodolphe avec le pape Grégoire X et la cour de Rome pour obtenir l'empire, il paraissait avoir abandonné le but de la domination effective de l'Italie pour se réserver
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seiilcmcr^ l'honneur d'être couronné empereur h Rome. Non seulement il avait pi-omis de confirmer à l'Église de Rome toutes les possessions du centre de la Péninsule qui avaient été Tobjet des éternels litiges entre la papauté et l'empire, mais il s'était engagé à ne point attaquer en Italie, le conquérant de Naples et de la Sicile, Charles d'Anjou, fils de saint Louis, frère de Philippe III le Hai'di, qui prenait encore les titres de sénateur de Rome, de paciticateur de la Toscane et même parfois celui de vicaire de l'Empire ; et la coui- de Rome avec son nouveau pape Nicolas III, depuis 1-277, semblait tenir fermement à ce que Rodolphe fût tidMe à cette promesse. Lorsque, maître de l'Autriche et respecté au moins en Allemagne, celui-ci écrit à plusieurs reprises à Rome pour annoncer sa venue et son désir de mettre tin ainsi qu'il le disait « avec ses soldats allemands » aux troubles de l'Italie, le pape a soin de le faire avertir par un do ses légats de ne pas passer les Alpes avant d'avoir, selon ses promesses, réglé et fait garantir par les électeurs allemands les titres de possession territoriale de l'Église en llalie et d'avoir conclu une paix solide avec le nouveau roi de Naples et Sicile ; et Rodolphe en effet délie les sujets du pape du serment de fidélité qu'ils prêtaient autrefois à l'empire; et les sept électeurs, dont le pape reconnaît les droits, garantissent l'abandon territorial des États de l'Église fait par l'empereur.
Pour faire valoir, après cela, les autres prétentions des anciens empereurs sur le reste de l'Italie, Rodolphe savait qu'il ne pouvait compter sur les princes allemands qui étaient tout à leur politique personnelle. Il eut fallu compter seulement sur les États italiens, se faire comme autrefois tout gibelin avec le comte de Mentferrat, les Visconti de la ville de Milan et avec d'autres villes. Mais Rodolphe comprenait