FRONTIÈRES DU NORD ET DE L'EST
que ce n'était plus le temps de recommencer cet ancien jeu et le Saint-Siège n'avait d'autre but que de tenir en équilibre ces deux potentats temporels pour rester lui-même indépe!idant entre eux ou même de les réconcilier par un mariage qui pourrait peut-être par surcroît aider à la solution d'autres questions territoriales pendantes aussi sur les deux frontières orientale et occidentale de l'Allemagne.
Frontières du Nord et de VEst. — L'empire allemand du xiv siècle, comme celui d'aujourd'hui avait alors affaire, sur toute la ligne de ses doubles frontières, du nord au sud, avec ses voisins de l'Est, alors les Slaves, les Bohémiens et les Hongrois et avec ceux de l'Ouest, c'est-à-dire avec les Français. De ces deux cotés aussi, le fondateur de la maison d'Autriche semble également faire rentrer ou lecu- 1er l'empire dans les limites allemandes et laisser plus libre place chez elles aux nations limitrophes.
Rodolphe de Habsbourg, que la légende avait conduit dans sa jeunesse, avec le roi de Bohême, Ottokar, au secours de l'ordre Teutonique, dans la Prusse alors bien Slave, contre ses voisins de Poméranie ou de Pologne, se contente de prendre les domaines de cet ordre militaire et religieux sous sa protection dans tout l'empire et de confirmer expressément les droits de possession qui lui avaient été promis par l'empereur Frédéric II sur le pays de Culm et sur toute la Prusse et il ordonne à la ville slave de Riga de pi'endre le grand maître de l'ordre livonien des porte-glaives pour juge. Mais quand l'ordre teutonique entre en condit avec le duc de Poméranie, Rodolphe se garde de prendre parti contre ce prince slave plus indépendant de sa suzeraineté que les princes allemands. Les foudres du Saint-Siège interviennent seules contre le Poméranien, et l'empire allemand de ce temps paraît ne pas tenir ferme la main à la
domination de ces provinces baltiques et en partie slaves par leur population, dont la possession aujourd'hui est une cause de rivalité entre l'Allemagne et la Russie.
Le poste avancé de la race slave dans la Bohême, entamée aussi par la colonisation et l'influence allemandes, a été de tout temps, à cause de sa richesse et des intérêts commerciaux, et stratégiques qu'il commande, un objet d'ambition et d'embarras, autrefois comme aujourd'hui, pour la race allemande. En conquérant les provinces autrichiennes sur son ancien rival, le roi national de Bohême Ottokar, Rodolphe, s'était rendu un compte trop exact des résistances qu'il aurait rencontrées, après la défaite et la mort de ce dernier, dans l'opposition de l'aristocratie et de la race slave des Tchèques, pour essayer de faire entrer encore dans le patrimoine de la maison qu'il fondait, la Bohême et même la Moravie également slaves. Il s'était contenté d'admettre le jeune héritier vaincu, Wenceslas, dans sa famille, en lui faisant épouser une de ses tilles, Guta, et de confier d'abord les deux jeunes époux à la tutelle du margrave de Brandebourg, Otton le Long. Celui-ci, ayant abusé du pouvoir que l'empereur lui avait confié, pour emporter sans façon en Brandebourg les trésors de la cathédrale de Prague et tenir dans une sorte de prison le gendre et la fille de Rodolphe, l'empereur délivra cependant ses enfants devenus majeurs de la tutelle dangereuse de cet ambitieux pour leur rendre le pouvoir avec la liberté.
Triste règne d'abord que celui de ces deux jeunes gens, fils et nile de rois! Les factions allemandes et slaves s'agitent. L'empereur Rodolphe intervient en 1284, pour proclamer une paix publique et détruire quelques châteaux, comme il avait fait dans d'autres provinces d'empire. L'année suivante (l!28=>), il vient voir ses enfants dans la forte-