‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 31 sur 91 · FRONTIÈRES DU NORD ET DE L'EST · texte numérisé non relu

FRONTIÈRES DU NORD ET DE L'EST

resse d'.-Egra. 11 confirme par un acte et attache désormais à la couronne de Bohème le droit d'élection à l'empire. Cette visite affermit dans le royaume et même au dehors avec l'influence allemande l'autorité de Wence.slas. Celuici fait en effet décapiter un seigneur tchèque Zawisch de Falkentein qui avait épousé la veuve du roi Otlokar. La protection de Rodolphe n'est pas moins utile un peu plus tard aux agrandissements du roi de Bohème au-delà de ses frontières. C'est lui qui l'investit de la suzeraineté sur le margraviat de Misnie dont il disposait. Wenceslas encouragé décide lui-même les quatre fils du duc de la haute Silésie, après la mort de leur père, à se mettre aussi sous sa suzeraineté. Rodolphe aide davantage le roi de Bohême à acquérir, après la mort du duc du Breslau et de Cracovie, dans le royaume de Pologne, ces deux importantes annexes dans les pays slaves; Rodolphe l'investit au moins du duché de Breslau. Ce sont là des agrandissements réels du roi de Bohême, son gendre, auxquels Rodolphe semble au moins présider de haut.

C'est bien plutôt la politique de famille que la politique impériale qui inspire partout la conduite du fondateur de la maison d'Autriche. On s'en aperçoit encore plus dans sa diplomatie avec le royaume de Hongrie et avec la maison de France dont les destinées se trouvent alors, à une si grande distance, singulièrement mêlées.

Le successeur d'André II, roi de Hongrie, Ladislas, avec lequel Rodolphe avait eu déjà des démêlés de frontières, prêtait à la critique chrétienne et pouvait offrir le flanc à un voisin ambitieux de s'agrandir, par les complaisances qu'il avait pour la peuplade sauvage et païenne encore des Kumans dont il aimait les mœurs et les femmes. La cour de Rome excitait l'empereur à surveiller ce singulier succès-

seur de saint Etienne qui revêtait le costume et suivait les us et coutumes des idolâtres dontil s'entoui'ait ; elle travaillait même sous main la noblesse et le clergé hongrois peutêtre l'empereur et le roi de Sicile, Charles d'Anjou, contre lui. Rodolphe de Habsbourg se contenta de soutenir de son crédit un légat du pape pour qu'il réunisse un concile àOfen et y fasse proclamer la répression des coutumes bai'bares de cette peuplade encore nomade et la rappelle aux instructions et prescriptions chrétiennes. Les Kumans, menacés dans leurs habitudes se révoltent et, avec la connivence peut-être de Ladislas dispersent le concile. Mais le pape ayant lancé l'interdit sur le roi et sur le royaume, Ladislas est obligé par le clergé et la noblesse hongroise et peut-être par les menaces de l'empereur son voisin de faire amende bonorable, sans que celui-ci cependant, s'effaçant derrière l'Église, cherche à mettre à profil une occasion aussi favorable. Il semble que le fondateur de la maisoïi de Habsbourg soit l'homme des ambitions à long terme. H n'avait pas négligé sans doute de comprendre la Hongrie dans les convoitises futures de sa maison. Ainsi une des sœurs de Ladislas, Marie, ayant épousé le fils et le futur successeur du conquérant de Naples, Charles d'Anjou, le prince de Solerne, Charles le boiteux, dont elle avait un fils du nom de Charles Martel, l'empereur avait ouvert l'oreille à la demande (jue la cour de Rome, grande négociatrice alors en mariage, lui avait faite d'une de ses filles, Clémentine, déjà fiancée à un prince Hongrois décédé, pour le petit-fils de Charles d'Anjou et le fils de Marie, Charles Martel. Si la cour de Rome voyait là un moyen, d'une part, de faire rélléchir Ladislas sur les conséquences de ses prédilections cumanes et, d'autre part, de réconcilier peut-être l'empereur et le roi de Sicile l'ivaux en Italie, Rodolphe créait de loin à sa fa-

mille une expectative sur la Hongrie. Mais ceci nous amène à traiter plus amplement la question plus importante des rapports de la maison de Habsbourg avec la maison de France et de l'empire d'Allemagne et de la France, en ce qui touchait leurs communes frontières à cette époque.

Frontière française. — On a toujours mesuré la puissance de l'Allemagne en Europe à l'extension de ses frontières, surtout du côté de l'Ouest, de la France; et les Allemands ont cru de tout temps et croient plus que jamais aujourd'hui que la possession des provinces situées sur la rive gauche du Rhin, sur les Vosges et même sur le Jura est la condition de la domination en Europe. C'est ce qui a fait autrefois, comme de noire temps, éclater souvent la guerre entre la France et l'Allemagne.

Sans attacher une trop grande importance à la compétition impériale où se rencontrèrent les représentants de l'ancienne maison de France, le roi Philippe le Hardi avant Philippe le Bel et le fondateur de la maison d'Autriche, quand Rodolphe de Habsbourg fut élu empereur, on ne peut s'empêcher d'y voir un effet de celte rivalité. Mettre à la tête de l'empire un prince de la maison de France, comme il en fut question alors et même plus tard, sous François I«% même Henri IV et Louis XIV, c'était résoudre en faveur de la France au moins la question de la suzeraineté de toutes ces provinces limitrophes qui flottaient, du Nord au Sud, entre les deux nations ; et cela pouvait être d'autant plus sérieux à cette époque que c'était le temps où la maison de France toute-puissante par elle-même, et, par la maison collatérale d'Anjou à Naples, en Italie, et dans une partie de ce qu'on appelait le royaume d'Arles, en Provence, ainsi que par leurs communes alliances matrimo-

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