TOME VI
niales en Hongrie el jusqu'en Orient, faisait concurrence à la polili(iue de mariage des Habsbourg et pesait de plusieurs côtés sur les frontières de l'Allemagne. Retenons cependant de celte rivalité, à propos du Saint-Empire, que Philippe le Hardi, pour gagner le pape, alors Grégoire X, en sa faveur, s'était montré disposé à lui céder le Comtat- Venaissin, réclamé par le Saint-Siège en vertu d'un traité du dernier comte de Toulouse, Alphonse, frère de saint Louis, et de Jeanne son héritière.
Pour comprendre les conflits de territoire à cette époque entre l'empire et la monarchie française, il faut rappeler que le seul traité international qui eût jamais réglé cette frontière .flottante au gré des événements, n'était rien moins que le traité de Verdun (de 813 I) qui, dans les débats entre les successeurs de Charlemagne, avait adjugé à la France tout ce qui était à l'ouest de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône, et à la Germanie tout ce qui était à l'orient. Encore la démarcation de ces tleuves n'était-elle pas toujours restée très rigoureuse, puisque le départ entre les deux souverainetés ayant été fait selon les limites des comtés et des évèchés qui se trouvaient (}uelquefois sur les deux rives de ces cours d'eau, il arrivait souvent que la suzei'aineté de l'empire empiétait sur le domaine français, comme celui de la monarchie fi'ancaise sur le domaine impérial. Autant de causes de contlits de suzeraineté, de possession, de succession, de juridiction, qui devenaient tous les jours d'autant plus fréquents que l'empire, après Frédéric II, s'élaut considérablement afifaibli et la monarchie française depuis saint Louis ayant grandi d'autant, les droits et les territoires indécis étaient naturellement à la discrétion du plus puissant.
LA FRONTIERE FRANCO-Al-LEMANDE 195
Déjà, SOUS les prédécesseurs de Philippe le Bel, des incidents de frontières plus ou moins importants avaient eu lieu du midi au nord. Le zèle des officiers de la couronne de FiMHce, que les droits périmes de l'empiie n'arrêtaient point, en était le plus souvent cause. Ainsi, avant l'élection de Rodolphe de Habsbourg, en 1271, le sénéchal de Beaucaire était entré dans l'évéché de Viviers qui était réputé bénéfice d'empire, quoiqu'il fût situé sur la rive droite du Rhône, et il avait exigé le serment de fidélité des seigneurs. L'évêque de Viviers avait protesté, mais le roi de France avait fait saisir son temporel, et un de ses officiers en lïîS3 avait bâti un chcàteau-fort royal sur son territoire. Plus au nord sur la frontière franco-allemande, le comte de Bar, qui relevait de l'empire et dont le territoire, des deux côtés de la Meuse, se trouvait aux contins des deux provinces de l^orraine et de Champagne, était en contestalion avec les chanoines du moulier de Saint-Germain au sujet du bourg de Montfaucon en Argonne, situé à quelques lieues au nord-ouest de la cité épiscopale, et alors impéi'iale^ de Verdun, et qu'ils tenaient en fief de l'évêque de cette ville. Les chanoines, pour avoir un protecteur contre le comte de Bar, proposèrent à Philippe le Hardi une association ou compagnie de seigneurie et de justice. Le roi de France ne manqua pas d'accepter la proposition et envoya à Montfaucon, pour y rendre la justice, un prévôt placé dans le ressort du bailliage de Vermandois, ce qui ne manqua pas d'indisposer fortement le comte de Bar qui en appela à l'empire dont il relevait.
Philippe III le Hardi avait empiété sur le territoire d'empire dans une cité bien plus importante, la ville de Lyon même, dont les bourgeois avaient maille à partir tantôt
avec leur archevêque, tantôt avec les comtes de Savoie leurs voisins. En l'année 1271, de retour de la croisade, il avait pris sous sa protection la grande république du Rhône et plus tard y avait établi un garcUator ; l'archevêque Pierre de Tarentaise lui avait, sauf quelques réserves, prêté un véritable serment de fidélité. Il y avait certes dans tous ces actes occasions de conflits entre l'empire et la monarchie française; et Rodolphe de Habsbourg, l'année même de son avènement, avait témoigné de son mécontentement en venant détruire le château que les Français, disait il, avaient fait construire sur terre d'empire pour protéger Montfaucnn en Argonne. Mais il y avait alors une autorité plus haute que celle des deux souverains, et avec laquelle ils étaient tenus de compter; c'était celle du pape. Grégoire X voulait la paix de toute la chrétienté pour obtenir de ses principales puissances une croisade en Orient. La présence ainsi que la conduite de ce pape dans la ville de Lyon, en 127i, oi!i il avait convoqué un grand concile à l'effet de confirmer l'élection de Rodolphe et de déterminer l'élan d'une grande croisade, jettent justement un jour intéressant sur les rapports de l'Allemagne et de la France à propos de leurs frontières.
Le pape Grégoire X se servit en effet habilement de l'influence prépondérante que lui donnait l'approche du concile qui devait s'ouvrir en mai 1274 à Lyon, pour conjurer ces hostilités peu favorables à l'idée d'une croisade. Dès la fin de 1278, se dirigeant vers le siège du concile, il avait rencontré Philippe le Hardi qui venait le saluer-, il lui avait donné sa bénédiction, et s'était entendu avec lui « pour aucunes besognes (jui appartenaient au royaume de France ». Celui-ci appela le bailli de Màcon comme son
sénéchal à Lyon, pour rendre possible au pape le séjour de la ville toujours troublée par les querelles de Farchevèque et des bourgeois ; et, en agissant comme chez lui, ut in regno suo, sous prétexte de garantir la sécurité des Pères, il introduisit dans la cité des chevaliers et des sergents qui, sous les ordres d'Imbert de Beaujeu, servirent au concile comme de sauvegarde française. C'est dans cette ville que le pape et le roi s'entendirent à propos du Comtat-Venaissin dont la possessionétail contestée entre le Saint-Siège et la France; ils y reçurent la requête du comte d'Artois qui réclamaitla province en fief du Saint-Siège et lui permirent d'y nommer pour gouverneur en son nom Guillaume de Villaret, prieur de l'hôpital de Saint-Gilles. Le pape pouvait d'autant mieux établir l'accord de Philippe le Hardi avec Piodolphe de Habsbourg, que, en bons rapports avec le premier, c'était à Lyon même qu'il reconnaissait le second comme empereur. Il y réussit en effet.
Lorsque Rodolphe était venu détruire un château-fort français dans l'Argonne, Grégoire X lui avait écrit de s'arrêter, en lui promettant de faire réparer les torts qu'on pouvait avoir eus envers lui. En revanche, en novembre 1274, quand le roi Philippe le Hardi donna ordre de rassembler quelques troupes [militia quœdam) sur la frontière de l'empire, pour répondre à la destruction que l'empereur avait faite de son château-fort, le pape adressa une lettre semblable, comme arbitre, au roi de France et l'arrêta également. Rodolphe fit assurer le pape de ses bonnes intentions à l'égard de « l'illustre roi de France » ; l'expédition projetée n'eut pas de suite. L'année suivante même, une entrevue fut projetée entre les deux souverains pour régler les questions pendantes. Peut-être même celle-c
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eut-elle lieu sur la frontière de la Bourgogne, quoiqu'il n'en soit resté aucune trace. En tous cas, comme ils avaient tous deux autre chose à faire, l'un en Bohème et l'autre en Aragon, qu'à se quereller pour quelques bicoques, nous les trouvons ensuite en assez bonne intelligence. L'empereur écrit de Nuremberg, en lfî76, à son ami préféré {suo precUlelto amicoi, pour le prier de prendre sous sa protection l'abbaye d'Orval, dont il confirme cependant les privilèges, au diocèse de Trêves, territoire d'empire, « parce qu'il était celui qui pourrait le plus aisément la préserver de toute injure ». Un peu plus lard, en 1581, c'est de la ville de Haguenau, en Alsace, que Rodolplu\ alors maître cependant des provinces autrichiennes, écrit dans les mêmes termes à son voisin de France pour mettre sous sa protection l'évêque et la ville de Toul, dans le comté de Barrois, peu de temps après qu'un arrêt du parlement de Paris eut condamné, pour quelques délits, les bourgeois de la ville impériale de Verdun dans les mômes parages.
Mais il y avait entre Rodolphe de Habsbourg et la maison de France, dans le royaume d'Arles qui se détachait peu à peu et pièce à pièce de l'empire germanique, un sujet bien plus considérable de conflit. Les seigneurs de ce royaume élevaient en etfet les plaintes les plus vives contre les empiétements bien plus graves {graves injurias) que commettaient les otficiers du roi dans ce royaume dépendant alors de l'empire- Il s'agissait des comtés de Provence et de Forcalquier, que Charles d'Anjou, conquérant de Naples et de Sicile, détenait de sa femme Béatrice. Cet ancien royaume d'Arles, tlottant entre la France, l'Italie et l'empire, et où se trouvaient des provinces ausj-i considérables (lue la Provence et le Dauphiné, était fait pour préoccuper
la politique européenne de ce temps. La cour de Rome avait un instant pensé à le constituer, par un mariage entre un lils de Charles d'Anjou et une lille de Hodolplie, en un royaume indépendant qui eût séparé des Étals aussi puissants et empêché entre eux des conflits toujours menaçants. L'empereur Rodolphe, de son côté, dans les mêmes vues, avait négocié un mai-iage oitre l'un de ses fils, Hartmann, et une fille du roi d'Angleterre, Edouard I", rival aussi de la maison de France qu'il voulait ainsi mettre entre deux ennemis. La mort de ce fils avait emporté dans la tombe ce dessein politique. Rodolphe, qui n'en tenait pas moins à faire valoir sur ce royaume ses droits de suzeraineté, avait opposé à Charles d'Anjou, héritier des droits de sa femme Béatrice, la sœur de celle-ci, Marguerite, veuve de saint Louis et mère de Philippe lll, et il avait reçu, dit-on, son hommage. La veuve du saint roi, décidée « à aller avant dans sa besogne et à la pourchasser >> par tous les moyens possibles, avait même convoqué, avec l'assentiment de Philippe in, une assemblée de ses partisans à Màcon en 1281, contre le (ils de Charles d'Anjou, Charles dit le Boiteux, prince de Salerne. Mais la cour de Rome parvint à terminer le conflit en demandant à Rodolphe sa fille Clémentia pour le fils de Charles le Boiteux, héritier de Béatrice de Provence et de Marie, sœur du roi de Hongrie Ladislas, Charles Martel.
L'opinion allemande répugnait à allier la fille d'un successeur des Hohenstaufen au petit-fils de Charles d'Anjou, le vainqueur et le spoliateur du malheureux Conradin. Mais cet argument de sentiment touchait peu Rodolphe fier de mettre ses enfants partout, en Sicile, en Hongrie et dans le royaume d'Arles comme en Bohême. 11 envoya sa fiile Clémentia en 1281 ;en Halie pour épouser Charles Martel, et
eonclut, par rintervention du pape et avec l'assentiment du roi Philippe IIF, avec Charles d'Anjou, un traité qui régla la question des comtés français du Midi, et pas Vropàson avantage. Par ce traité, en efïet, Rodolphe de Habsbourg, oubliant l'hommage que lui avait prêté la reine douairière Marguerite envoya, pour sauvegarder sa suzeraineté, une lettre d'investiture à Charles d'Anjou, pour les comtés de Provence et de Forcalquier qui seraient gouvernés par son fils; et celui-ci s'engagea à acquitter tous ses devoirs de vassalité envers l'empire, excepté cependant en cas de guerre contre le roi de France ou contre le pape. Le Saint- Siège resterait juge et arbitre des démêlés qui pourraient surgir entre les deux contractants. Rien ne pouvait être plus favorable alors au roi de France, .sous un pape qui, comme Martin, « aurait voulu que les Allemands fussent des grenouilles, et lui cigogne pour pouvoir les manger ». Les événements qui suivirent achevèrent de montrer que tout était à l'avantage de la maison de France ; car, quelques années après, malgré les Vêpres siciliennes qui enlevèrent la grande île de la Méditerranée à Charles d'Anjou et malgré la bataille que celui-ci perdit peu après contre le roi d'Aragon, Philippe III reçut, par testament de Charles d'Anjou mourant, en 1285, la régence et la tutelle des comtés de Provence et de Forcalquier jusqu'à la délivrance de Charles le Roiteux prisonnier des Aragonais; et, depuis ce temps, les Dauphins de Vienne, et les princes des Alpes et de Savoie, eux-mêmes, regardèrent plus que jamais du côté de la royauté française. Aux yeux des Allemands et de Rodolphe même, celle-ci paraissait tout à fait maîtresse du royaume d'Arles. Ils pensaient que par la force des choses, les rois de France restaient les heureux possesseurs de ce pays [possidebant). Rodolphe de Habsbourg se détacha lui-
même complètement d'intérêts si éloignés; lorsque le roi d'Aragon, menacé sur les Pyrénées par Philippe le Hardi qui voulait venger son oncle et délivrer son cousin Charles le Boiteux, s'adressa à lui, l'empereur ne répondit rien.
Ce n'est pas que Rodolphe de Habsbourg, après la conclusion du mariage angevin qui lui paraissait satisfaire ou réserver ses droits sur la Provence, renonce à faire valoir son autorité sur des contrées moins éloignées et penchant même davantage, grâce à la langue, du côté de la France. Mais il semble qu'il le fasse moins comme chef de l'empire que comte suisse de Habsbourg. A ce litre, en effet, on le voit, en 1283, par exemple, prêter main-forte à l'évêque de Bùle, son ancien rival, contre le comte Reynaud de Montbéliard, pour des domaines situés dans le comté, se heurter contre la forteresse de Porrenlruy, et, de compte à demi avec le comte de Genève et l'évêque de Lausanne, disputer la ville forte de Peterlingen et d'autres petits bourgs du canton de Vaud, au comte Philippe de Savoie ; petits combats féodaux par monts et par vaux dans ce pays de montagnes et de lacs où le chef de l'empire ne figure pas beaucoup mieux d'ailleurs qu'autrefois le comte de Habsbourg.
En 1284, il est vrai, ce fondateur d'une grande maison souveraine croit faire une meilleure affaire en se remariant lui-même, après avoir marié tous ses enfants. Quoique âgé de soixante-six ans, ce n'était pas encore un homme débile. La légende nous le montre, dans sa dernière petite guerre, se jetant tout armé dans le lac de Moral pour arriver el combattre à l'autre bord. S'il demande en mariage la sœur du duc français de Bourgogne, Robert, la princesse Isabelle âgée de quatorze ans, c'est moins cependant pour sa jeunesse que parce qu'elle était apparentée par son frère, époux d'Agnès, sœur de Pliilippe III, avec la maison de
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France et, par un autre de ses frères mort, à la maison dAnjou. Ce Rodolphe voulait avoir tout le monde pour allié ou parent. En février de l'année 1281, parti de Fribourg en Brisgaii, Rodolphe rencontre en effet le duc de Bourgogne qui lui amène sa jeune sœur à Remiremont; il l'y prend pour femme; mais ces épousailles, outre l'honneur, ne paraissent pas apporter un grand appoint à sa politique. S'il faut en croire la légende qui courut alors, c'étaient les princes électeurs eux-mêmes qui, voyant le vieil empereur mélancolique, lui avaient conseillé de se remarier ; un évêque allemand même, apercevant à son arrivée la jeune fiancée trébucher en descendant de voiture, n'avait pu s'empêcher, en la retenant, .de l'embrasser, tant elle était belle, ce qui lui avait valu une sentence de bannissement. Le baiser ravi par cet évêque fut cependant à peu près tout ce que ce mariage rapporta à l'Allemagne. En effets Rodolphe et Robert de Bourgogne espéraient réunir leurs droits sur la province de Dauphiné; mais la veuve du dernier dauphin, Béatrice, donna l'investiture à son neveu Jean, et, après la mort de celui-ci, à sa petite-nièce Anna, femme d'Humbert de la Tour; et, bien que Robert ensuite investît de ses droits en Dauphiné Rodolphe de Habsbourg, ni l'un ni l'autre ne tentèrent rien pour troubler iheureuse possession de la Provence par ces deux femmes et par Humbert de la Tour qui résidaient à Vienne. Lors même que le successeur de Philippe III, Philippe le Bel, saisit l'occasion de régler l'affaire entre Robert et Humbert en laissant la jouissance du pays au second sous réserve des droits du premier, si Anna mourait sans enfant, il ne fut plus question de l'investiture de Rodolphe.
H n'en fut guère autrement du comté de Savoie qui relevait de l'empire. Après la mort du comte Philippe, vassal
d'Empire, ses deux fils Louis et Amédée, qui s'étaient d'abord disputé l'iiérilage, se réconcilièrent. En voyant que l'ancien comte de Habsbourg voulait encore intervenir, ils se partagèrent le comté, l'un avec le titre de comte de Savoie, et l'autre avec celui de seigneiu' de Vaud, et ils invoquèrent la protection et la garantie du roi de France, qui, en janvier 1286, l'accepta sans tenir plus de compte de l'ancien suzerain du pays, l'empereur, que s'il n'existait pas. Evidemment, la suzeraineté de l'empire dans ces pays tout romans tombait d'elle-même ; la force des choses les détachait de l'empire qui ne s'en préoccupait guère plus que de Naples ou de Jérusalem, après la chute des Hohens' taufen. Les historiens allemands aujourd'hui le constatent avec douleur dès la fin du règne de Philippe le Hardi. Ils pardonnent encore à Rodolphe d'avoir laissé aller Viviers et le Vivarais; mais, pour ce qui touche de plus près les frontières allemandes ils ne lui épargnent pas leurs reproches. Le roi de France, Philippe le Bel, successeur du Hardi, en attira davantage encore à Rodolphe de Habsbourg.
Pour caractériser sous ce rapport comme sous d'autres ce qui fait la dilTérence entre ces deux souverains, on peut dire que Philippe le Bel récolta souvent ce que le Hardi avait semé. Le nouveau roi de France cachait sous une bîlle et apparente froideur l'esprit de suite le plus énergique et le plus persévérant. Dès le commencement de son règne, il le montra dans ses rapports avec l'Allemagne.
L'entêtement que Rodolphe mettait à poursuivre en Suisse les vieilles querelles du comte de Habsbourg avec ses villes et avec ses voisins agitait encore toute la contrée helvétique et franc-comtoise des deux côtés du Jura. Une ligue de défense avait été conclue par la ville de Berne et
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celle de Fribourg avec le comte Keynaud de Montbéliard, ennemi de révêqiie de Bàle, le comte palatin de Franche- Comté, Otto, et les deux princes de Savoie et de Vaud, contre le chef de l'empire. Aussi, au printemps de l'année 1286, Rodolphe avait-il conduit une armée considérable de trente mille hommes, disent les chroniques avec exagération, contre la ville de Berne. Assiégée deux fois, menacée du feu, la cité bernoise s'était vaillamment défendue, elle avait obligé Rodolphe à reculer. Le roi Philippe le Bel portait évidemment, son attention de ce côté de ses frontières; car, la même année, il était intervenu en Dauphiné entre le duc fran(;ais Robert de Bourgogne et le sire Humbert et malgré les prétentions de suzeraineté de l'empire et le mariage de Rodolphe avec la Bourguignonne apparentée à la maison de France et à celle d'Anjou, il les avait accommodés. Mais l'an 1287, le renouvellement des hostilités entre l'évêque de Baie, Henry d'iny, et le comte de iMonlbéliard, Reynaud, détermina des événements plus considérables.
Les troupes bâloises, parmi lesquelles se trouvaient quelques nobles du Brisgau avaient été battues près de Porrentruy par les Français de Montbéliard. La bonne réputatation de la milice teutonique, pour emprunter les expressionsd'unde leurs chroniqueurs, était atteinte. Il y avait, pour parler encore avec eux, unegrande animositéentreles Allemands et leurs voisins ïrançaïs igallici cicini). Les deux souverains faisaient entr>î eux échange d'ailleurs inutile d'envoyés. Rodolphe, après avoir encore paru dans le courant de 1288, sous les murs de Berne toujours résistante et en relations avec les seigneurs romans, pénètre de nouveau jusqu'à Porrentruy dans le Jura et en ravage les environs pendant trois semaines. Le comte palatin de Bourgogne,
Otto, suzerain du comte de Montbéliard, avait donné aussi sa fille Alice en mariage au fils aîné du duc Robert de Bourgogne, et épousé lui-même Mathilde, la fille du comte d'Artois Robert, successeur du plus jeune frère de saint Louis ; il était ainsi apparenté à la maison de France. Menacé peutêtre dans la ville de Besançon qui passait aux yeux des Allemands pour une ville impériale et qu'il avait prise sous sa protection, il s'allie en juin avec le comte Amédée de Savoie contre les Allemands [contra Alamannos) et met son territoire sous la protection du roi de France, prétendant tenir sa comté franche comme un alleu héréditaire (jure hereditario), qui n'est obligé à rien envers l'empire. Rodolphe le met au ban de l'empire comme un vassal en cas de forfaiture, et prépare contre lui une expédition. Voilà peut-être aux prises sur cette frontière l'empereur d'Allemagne et le roi de France.
Les chroniques allemandes sont encore fort exagérées quand elles portent à 2,300 chevaliers complètement armés et à près de 100,000 piétons l'armée d'Allemands du sudouest, de Souabe et de Franconie, qui, sur l'ordre de Rodolphe, se rassembla en Alsace sous le commandement des comtes de Hohenzollern et de Hohenberg pour envahir la Franche-Comté en 1288. Le comte palatin Otto n'était pas pris au dépourvu ; il avait vu venir se ranger autour de lui non seulement Reynaud de Montbéliard et Amédée de Savoie, mais les comtes de Champagne , de Chalon-sur-Saône et d'Artois qui campaient autour de Besançon déjà défendu de trois côtés par le Doubs. Il y avait, dit un chroniqueur allemand, jusqu'à des Français de Picardie et de Flandre. Le roi Philippe le Bel envoya prévenir le chef de l'empire qu'il interviendrait en personne s'il ne vidait pas le territoire franc-comtois : « Je suis venu pour combattre et non
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pour danser, » aurait répondu Rodolphe. Philippe le Bel savait ce que valaient alors les menaces allemandes ; il ne bougea. Les princes qui étaient venus au secours de la Franche-Comté, suffirent pour couper si bien les vivres aux Allemands que ceux-ci se débandèrent assez promptement et rentrèrent chez eux. Le comte Otto aima mieux traiter avec Rodolphe que les poursuivre. Un traité ou plutôt une trêve intervint. Oito consentit à l'endre son hommage à l'empereur et celui-ci leva la sentence de ban dont il avait frappé le rebelle. On accommoda le comte de Montbéliard avec révêque de Baie, son perpétuel ennemi. Mais la suite montra quelle puissance l'emportait détinitivement sur ce terrain. Deux ans plus tard, tandis que Rodolphe rendait, avec le comte de Bourgogne, Tévêque de Bâle, le comte de Savoie, et quelques seigneurs du royaume d"Arles, une ordonnance de paix aussi peu respectée que les autres dans l'empire, le roi Philippe le Bel (1291) conclut avec Otto, comte palatin de Bourgogne, un traité par lequel celui-ci promit au (ils aîné de France sa fille et son unique héritière, Jeanne. Impatient de jouir le plus tôt possible de cette province frontière, Philippe en obtint même la possession immédiate moyennant 50,000 livres tou)'nois et une rente viagère de 300 livres servie au comte. Vainement quelques vassaux résistèrent-ils, à Finstigation de l'empire et même du roi d'Angleterre. Philippe fit envahir la comté, sema la division parmi la noblesse : les rebelles, abandonnés à leurs seules forces, se soumirent et l'empire allemand n'eut plus alors sur la Franche-Comté pour longtemps que le plus vain et archaïque droit de suzeraineté.
C'était par des voies juridiques et financières que le roi Philippe le Bel aimait à s'agrandir et récupérait peu à peu sur l'empire tout le territoire français qu'il pouvait. Il ter-
mina ainsi l'acquisition du Vivarais et de la grande ville de Lyon commencée sous son prédécesseur. Poursuivi sans relâche par les officiers du roi de France, l'évêque de Viviers, Aldebert de Pierre, conclut en 1305 avec Guillaume Plasian et le sénéchal de Beaucaire, commissaires royaux délégués, un traité qui attribuait au roi la supériorité sur tous les fiefs de l'église de Viviers et terminait un différend qui avait duré un demi-siècle. En 1290, les bourgeois de Lyon, toujours en querelle avec leur archevêque, en appellent contre lui au roi Philippe le Bel qui regardait déjà la ville comme de son ressort {ex suo ressorto). L'archevêque, Louis de Beaujeu, fatigué, se soumet, à la condition qu'on le reconnaisse en qualité de primat des Gaules ; il consent à ce que Philippe le Bel établisse un gouverneur de la ville pour sauvegarder les droits du roi; la cité paie, par chaque maison, une redevance annuelle, et l'archevêque ne conserve plus que le titre de comte de Lyon avec la juridiction civile et criminelle, les appels du premier degré etle droit de battre monnaie. Plus tard, en 1310, l'archevêque et les bourgeois, voyant qu'ils avaient réussi par leurs divisiunsà se donner un maître, se révoltèrent et attaquèrent le château de Saint-Just occupé par une garnison royale; ils l'emportèrent et fortifièrent la ville. Mais il était trop tard. Le roi de France envoya contre la cité une forte armée commandée par ses fils et ses fi-ères. Lyon capitula; l'archevêque abandonna toute juridiction temporelle, toute terre située dans le Lyonnais; la ville devint toute française et le chef de l'empire d'alors, ne dit mot. Philippe le Bel « avait, dit un chroniqueur 'allemand lui-môme, la force, l'intelligence et une chevalerie , grâce à laquelle il pouvait faire tourner tout à l'avantage de la France )>. Ces ressources ne servirent pas moins heureusement
Philippe le Bol sur i'Escaul et sur la Meuse, que d'anciens traités périmés et une tradition plus ou moins respectée assignaient alors comme limites à l'Allemagne et à la France. Là, les vassaux de ces deux suzerainetés rivales se touchaient; par exemple, sur l'Escaut, le duc deBrabant qui relevait de l'empire et le comte de Flandre qui relevait du roi de France, et, sur la Meuse, le comte de Bar, vassal de l'empire, et le comte de Champagne, qui n'était rien moins alors que Philippe le Bel lui-même, depuis son mariage avec la fille et l'héritière du roi de Navarre, comte de Champagne. Les conflits sur celte partie de la frontière franco-allemande pouvaient être par là plus dangereux. Or, parmi ces grands seigneurs féodaux limitrophes des deux monarchies, il y en avait alors unfort puissant, c'était le duc de Brabant, Jean II; chevalier éprouvé dans les tournois et minnesœnger écouté dans les cours d'amour allemandes, vassal de l'empereur, fort ambitieux d'ailleurs, il cherchait, comme tout bon prince allemand à cette époque, à s'agrandir, aux dépens tantôt des princes ecclésiastiques, archevêques de Trêves, de Mayence ou de Cologne, tantôt de son voisin français de l'ouest, le comte de Flandre, Guy de Dampierre. Tout récemment, ce duc de Brabant, en querelle avec le puissant archevêque de Cologne, Siegfried, le comte de Gueldre, Reinald, les comtes Heinrich de Luxembourg et Adolphe de Nassau pour la succession du comté de Limbourg, avait, grâce à ses routiers brabançons fort renommés et aux bourgeois de Cologne révoltés contre leur archevêque, défait tous ses ennemis, à Woringen, dans une bataille (5 juin 1288) longtemps célébrée dans les chansons et les légendes du pays, et fait prisonnier plusieurs de ses ennemis, entre autres l'archevêque de Cologne, traîné, chargé de chaînes en prison, et obligé de se racheter par
une rançon de 2,000 marks. Vainement les deux archevêques de Mayence et de Trêves, faisant cause commune avec leur collègue en église et en électoral revenu chez lui, conclurent entre eux une ligue, pour se défendre contre tout adversaire ou voisin ennemi, et relever l'archevêque de Cologne. Rodolphe, qui ne s'attaquait pas aux forts, reconnut les faits accomplis en donnant l'inveslilure du Limbourg à l'heureux Jean de Brabant et trouva encoi'e dans cette bagarre l'occasion de marier une do ses nièces, Marguerite, au comte Thierry de Clèves.
Un autre prince, favori de Rodolphe, était aussi rival naturel de son voisin français le comte de Flandre, Guy de Dampierre, vassal du roi de France. C'était Jean d'Avosnes que son comté de Hainaut mettait en rivalité avec Philippe le Bel. Il écrivait, peu après son avènement, ù Rodolphe que « son éloignement favorisait trop l'indépendance de quekiues vassaux des Pays-Bas q'.ii comptaient sur des suzerains étrangers » et il se plaignait de « l'ambition de la France insolente (garriens) et pleine de mépris pour les autres nations, à la honte de la majesté impériale ». Il visait surtout par ces paroles le comte de Flandre, qui avait été l'allié de rarchcvôque de Cologne dans la récente guerre; car Jean d'Avesnes ne se faisait pas faute de l'accuser de ne pas obéir aux ordres impériaux, depuis surtout quo, conformément aux précédents, Guy de Dampierre le pressait de prêter hommage au roi de France pour un petit territoire du Hainaut qn'on appelait l'Ostrevcnt ou l'Ostroband (en français ou en allemand), et qui relevait du comté de Flandre. Bon gré, mal gré en 1-290, Jean d'Avesnes comte de Hainaut, après plusieurs refus, s'était soumis à cette cérémonie, et avait reconnu tenir du roi de France l'Ostrevcnt en haronnie; mais quand les droits du suzerain et du vassal