‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 33 sur 91 · Tome VI · texte numérisé non relu

Tome VI

se trouvèrent en présence dans la ville de Valenciennes, qni, située justement sur la frontière, s'étendait des deux côtés de l'Escaut et servait de séparation entre l'empire el la France, un incident de frontière éclata.

Les habitants de Valenciennes, comprenant qu'ils pouvaient recourir à une haute protection, réclamaient la confirmation de leurs libertés, que Jean d'Avesnes leur avait promise et qu'il ne leur donnait pas ; sur son refus, ils menacèrent de lui fermer leurs portes. Jean d'Avesnes dut s'obliger publiquement à prendre parmi les bourgeois leurs échevins et leurs jurés, et, en cas de contestation sur les coutumes, à admettre le serment de ces derniers ; mais il en appela à l'empereur Rodolphe, alors àHaguenau, contre ses sujets qui « violemment, sans porter plainte à l'empire et en comptant sur un puissant prolecteur, auraient extorqué à leurs maîtres de prétendues franchises ». Rodolphe était en très bons termes avec Jean d'Avesnes. Il annula les lettres de franchises de Valenciennes, priva les habitants de la ville et leurs complices de tout droit de commune et de befltroi, et « les mit hors sa miséricorde, dussent-ils végéter dans la pauvreté et regarder la vie comme un supplice el la mort comme une consolation ». Mais, comme Jean d'Avesiies s'apprêtait à marcher sur la ville pour exécuter la sentence, Valenciennes demanda secours au fils du comte de Flandre, Guillaume, et envoya porter par deux des siens au roi Philippe un mémoire accompagné de chartes mérovingiennes et carlovingiennes, empruntées aux abbayes de Denis d'Anchin et de Maroilles, à l'effet de prouver que « la ville était de très ancien temps du royaume de France » et de prier» le gentil roi, pour l'honneur et le profit de son royaume, d'avoir en pitié les bonnes gens et le pays qui avaient souffert et souffraient chaque jour à grands

peines, griefs, dommages et outrages, des gens du comte ie Hainaul ». Qui l'emporterait de l'empire ou de la monarchie française? Philippe le Bel somma le comte de Hainaut de cesser de molester ses sujets. Jean d'Avesnes s'adressa au successeur de Rodolphe -, c'était Adolphe de Nassau. Celui-ci cita les magistrats de Valenciennes à comparaître devant lui dans le mois ; mais Philippe le Bel fit reconnaître à Paris sa suzeraineté par les députés de Valenciennes et rassembla à Saint-Quentin une puissante armée, tandis qu'Adolphe de Nassau ne bougea. Jean d'Avesnes demanda merci et vint passer quelque temps à la cour de Montlhcry, où il fut heureux, après jugement du Parlement de Paris, d'en être quitte pour payer une amende de 40,000 livre&et envoyer son bailli prisonnier au Ghâtelet de Paris à sa place. Valenciennes protégé par Philippe le Bel devenait une ville ft*ançaise.

Le souverain français fut encore plus heureux à propos d'un nouvel incident qui raviva, dans le comté de Barrois, fief d'empire, celui de Monlfaueon en Argonne. Eu 1286, l'abbé du monastère de Beaulieu, situé sur la rive gauche de la Meuse, molesté par Thibaut comte de Bar, eut recours aussi au roi Philippe le Bel, qui envoya des troupes dans l'abbaye et dans les terres de sa dépendance et commença contre le comte de Bar une poursuite judiciaire. Celui-ci allégua l'incompétence de la justice royale, Beaulieu, selon lui, étant situé hors du royaume de France, en terre d'empire. Il y avait lieu à contestation. Le Parlement de Paris fit faire par commissaires royaux à Saiute-Menehould une enquête sur les conclusions de laquelle il prononça par arrêt que Beaulieu était de Champagne ei du royaume.

Mais, par contre, sur les plaintes du comte de Bar et de révêque de Verdun qui accusaient Philippe d'usurper sur

les droits de l'empire, Uodolplie fil faire à Verdun, par des lettres datées de Kybourg {i9 avril 128S}, une contre-enquête qui devait comprendre les deux points sur lesquels on prétendait que le roi de France exerçait un pouvoir usurpé, c'est-à-dire sur Montfaucon en même temps que sur Beaulieu en Argonne. C'était montrer l'importance que, des deux côtés, on attacliait à la possession des défilés de l'Argonne sur la frontière de ce temps. Cette coutre-enquéto, faite par des hommes du comté de Bar et de l'évèque de Verdun, conclut naturellement, sur les questions débattues, au bon di'oitde l'empire et du comte de Bar et au mauvais droit du comte de Champagne et du roi de France. Mais le comte de Bar n'obtint rien de plus, comme toujours, de l'empereur allemand, que la déclaration de cette conlrcenquète; et bien que celle-ci adjugeât les deux territoires contestés à l'Empire, Philippe le Bel les garda; et cela n'était pas sans valeur puisqu'ils commandaient les défilés de l'Ârgonne et le cours de la Meuse. Vainement, après la mort du comte de Bar, Thibaut II, le comte Henri lll pritil parti pour le comte de Flandre en lutte avec Philippe le Bel, atin de tirer avantage peut-être de cette occasion. Vaincu avec son allié, il fut obligé de céder au roi de France la survivance des deux territoires contest's et de toutes les parties du Barrois, à l'ouest de la Meuse, (|u'ona appelé le Barrois mouvant. Ce pays, depuis lors, est toujours resté sous la souveraineté de la France, bien que les princes qui régnèrent depuis sur l'empire n'en aient poitit ratifié la cession.

Ainsi, à la fin du xiu« siècle, la monarchie française travaillait à cette revendication du vieux territoire gaulois sur le territoire allemand par des voies de dioit, en opposant sa possession souvent consentie et sa juridiction quelque-

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fuis conleslée à la siizerainelê impériale, ses textes liistori(iues français aux actes des empereurs; ses oniciers, inspirés de la même pensée, renouaient morceau par morceau la tradition mérovingienne de l'ancienne Gaule et substituaient aux droits des rois do la première race les droits des Capétiens qui se proclamaient leurs successeurs.

Esf-ce à cet effacement de l'Allemagne qu'il faut attribuer le dernier écbec politique que Rodolphe essuya dans l'empire quand il voulut assurer à sa maison la transmission de la couronne allemande? Après tout, les princes et les villes, les Étals de l'Allemagne d'alors, qui n'oubliaient pas ce que leur avaient coûté leurs grands empereurs, tenaient plus à leur propre indépendance, sous un souverain débonnaire, ((u'à la puissance de l'empire sous un prince ambitieux. Toujours est-il que Rodolphe qm espérait de l'Allemagne la transmission de la couronne à son fils Albert, après avoir restitué au jeune Venceslas de Bohème la voix électorale qu'il avait enlevée définitivement au duc de Bavière dont il était mécontent, ne trouva point une majorité suffisante; il avait compté sans l'égoïsme des électeurs. On savait gré à Rodolphe de ce qu'il avait fait; mais on craignait plus encore ce que son successeur pourrait faire de la puissance qu'il lui laisserait entre les mains. L'archevêque de Mayence, (léi'ardt, que l'empereur avait pu empêcher une fois de parvenir à son siège, était parliculièrement mal disposé contre la maison de Habsbourg. Aussi, quand, âgé de soixante-treize ans, et déjà malade, api-ès la mort de son fils aîné qui portait le même nom que lui, Rodolphe convoqua les électeurs pour leur présenter son tils Albert, ceux-ci évincèrent poliment la demande de l'empereur en remettant l'élection à un autre temps. Ti'iste, Rodolphe s'en revenait en Alsace, lorsqu'une

grave maladie attaqua ses soixante-treize années : « Eh bien ! dit-il, à Spire! » Là était, sous le dôme élevé par les empereurs Franconiens, la sépulture de ses prédécesseurs à l'empire. 11 n'eut pas le temps d'y arriver vivant (1291). Il y avait choisi sa place à côté de Philippe de Souabe, un Hohenstaufen.

On ne pouvait certes guère prévoir, à sa mort, que ses descendants, au xv^ et au xvii« siècles, seraient les plus redoutables rivaux de la France. La postérité s'attacha cependant à lui quand il reposa dans la compagnie de tant de grands empereurs. On se rappelait son activité, sa simplicité sans égal, son affabilité pour les petits, sa protection pour les faibles. On aimait à raconter, sur sa vie privée, de touchantes histoires; les hommes d'Église assuraient qu'il avait toujours été le favori de la Providence divine. Ce vaillant et raisonnable chevalier n'avait-il pas au moins entrevu et commencé l'œuvre qui pouvait être la plus utile à la patrie commune: la fondation et le maintien d'un empire vraiment allemand.

iLdolphe de Nassau et Albert I" d'Autriche 1S91-1308

Élection el règae d'Adolphe de Nassau

Rodolphe de Habsbourg avait fondé une maison, la maison d'Autriche, mais non une dynastie impériale, comme

autrefois les premiers princes des dynasties de Saxe, de Franconieet de Souabe. Sans doute, il avait relevé la dignité de l'empire bien compromise pendant le grand interrègne ; il avait fait à peu près observer la paix dans les provinces de l'Allemagne, ce qui était un grand service. En laissant en dehors de ses préoccupations, au moins d'une façon pressante, les anciennes ambitions de ses prédécesseurs en Italie, et en ne se montrant pas trop jaloux de retenir dans l'empire les provinces des frontières occidentales qui commençaient à lui échapper, il semblait avoir fait surtout du pouvoir impérial une institution nationale, allemande; et c'est là-dessus peut-être qu'il comptait pour faire transmettre la couronne impériale à l'un de ses tils. Mais, en donnant pour base à la puissance de sa maison, les provinces autrichiennes conquises, l'ancien petit comte de Habsbourg avait nui aux ambitions impériales de sa famille. V^ainement avait-il destiné la succession impériale au plus jeune de ses fils, Rodolphe, qui portait le même nom que lui, tandis qu'il réservait à l'aîné, Albert, la possession de l'Autriche ; son plus jeune fils était mort emportant les espérances du père ; il n'y avait plus que cet Albert sur lequel Rodolphe pût faire tomber la couronne allemande, et, dans la diète qu'il avait réunie à cet eifet l'année même de sa mort, le 10 mai 1191, à Francfort, il avait éprouvé une amère déception. Les électeurs lui avaient opposé une fin de non-recevoir, en prétendant que lui-même n'ayant pas été couronnné empereur et ne portant légalement que le titre de roi des Romains, il n'avait point qualité pour diriger une élection qui n'aurait donné ainsi que deux rois des Romains, sans empereur. Il y avait des raisons plus réelles, qui, même après la mort de Rodolphe, devaient

2lb ADOLPHE DE NASSAU (129:2-1298)

porter les voix des électeurs sur un autre candidat que son fils et son héi'ilier.

Rodolphe, en relevant la dignité de l'empire, avait négligé de lui donner une constitution qui assurât sa transmission d'une façon régulière. Bien que le privilège de l'électorat appartînt, en vertu de la coutume, à un certain nombre de princes ecclésiastiques et laïques, il n'y avait point encore, en réalité, de collège électoral. Un n'avait point décidé lequel des deux archevêques électeurs, de Mayence ou de Cologne, devait prendre l'initiative et réunir les autres électeurs ; et, si ceux-ci se partageaient entre les prétentions des deux archevêques, il pouvait y avoir, comme cela était arrivé déjà et comme cela arriva encore après, double élection. Le sentiment (jui dominait les électeurs était encore le désir d'avoir un souverain de petite puissance qui dijt compter avec eux et les associer, dans une certaine mesure, au gouvernement de l'empire. Us rêvaient, quelquesuns d'entre eux au moins, surtout les ecclésiastiques, de former une union électorale (kurverein), une sorte d'oligarchie princière qui disposât réellement du pouvoir impérial. Rodolphe de Habsbourg avait trompé l'attente de ces princes en devenant en Autriche un souverain puissant; ils ne voulaient point de son fils, héritier de ses domaines patrimoniaux ; et, bien qu'aucune loi positive ne prononçât l'exclusion du fils d'un roi d'Allemagne de la succession impériale, ils tenaient à sauvegarder l'ancien principe, favorable à leurs ambitions : que l'empire n'était point héréditaire. C'est dans ces conditions que devait se faire l'élection du successeur de Rodolplie.

Albert d'Autriche comptait, pour être élu, sur sa puissance plus que sur ses alliances et sur ses amitiés. Il

s'ôtail emparé, à Trifels, des insij^nes de l'empire; il les gardait dans son château suisse de Kibourg, et il était avec une petite armée souabe sur les bords du Rliiii. Le roi de Bohême, le margrave de Brandebourg et le duc de Saxe étaient ses beaux-frères; mais il les traitait toujours froidement. Le comte palatin, Louis le Sévère, était le seul (jui lui eût promis sa voix, importante parce qu'il était administrateui-de l'empii-e dans l'interrègne. Rodolphe avait toujours été en assez bon rapport avec les princes électeurs ecclésiastiques, sauf avec celui de Cologne. Mais il ne fallait pas trop se lier autant aux autres, parce (|u'ils n'écoutaient que leur propre intérêt. Albert, brave comme son père, n'avait ni son aimable entregent, ni son esprit de concession. Raide, exigeant, il avait décelé, dans le gouvernement de son patrimoine autrichien et styrien,ce qu'il serait dans celui de l'empire; on disait de lui qu'il était dur comme le diamant et que son cœur était de fer rougi au feu. Les poètes autrichiens du temps se plaignaient des Souabes et des étrangers qu'il avait amenés avec lui et avec lesquels il ne respectait pas les vieux droits provinciaux. Il avait eu maille à partir avec les nobles, ses sujets d'Autiiche et de Styrie, avec les bourgeois des villes, pai'ticulièrement de celle de Vienne, et avec l'archevêque de Salzbourg, qui voulait toujours jouer aussi dans ses domaines au prince indépendant. Les uns et les autres, il les avait réduits, grâce au concoui'S du duc de Cai'inthie et du ïyrol, Meinhardt, son vassal, et, avec cela, il ne perdait pas de vue les ambitions de Rodolphe de Habsbourg sur les royaumes voisins de Bohême et de Hongrie. Ainsi, il refusait de régler l'affaire du douaire de sa sœur Agnès, mariée à Venceslas H de Bohême, successeur du malheureux Ottokai-, au risque deles mécontenter; et, lorsque le roi de Hongrie, Ladislas,

i218 ADOLPHE DE NASSAU (1292-lt>98)

qui avait adopté pour héritier un petit-fils d'André II, André III, élevé à l'étranger, et qu'on appelait le Vénitien, fut tombé ^1:290) sous le poignard d'un Kuman dont il avait débauché la femme, il protesta contre le couronnement de cet André III à Stuhlweissenbourg, en faveur des droits du petit-iils de Charles d'Anjou, conquérant de Naples, Charles- Robert, qui descendait d'une sœur de Ladislas, mariée à Charles II le Boiteux.

Albert I" d'Autriche n'était donc pas le chef de l'empire que désiraient les électeurs et l'archevêque de Mayence, Gerardt d'Eppenstein, de cette puissante famille pour laquelle l'archevêché et même la chancellerie de l'empire étaient comme un fief, avait un sien parent Adolphe, dont le manoir originel, Nassau, et les domaines, démembrement du duché de Franconie, étaient situés dans le pays qui s'étend entre le Mein, la Lahn et le Rhin. C'était un petit seigneur; après le partage de la succession d'Henri le Riche entre son oncle et son père Walram, il ne possédait en propre que les seigneuries de Weilbourg, Idstein et Wiesbaden; le manoir de Nassau restant indivis '. Né en 1248, il était d'une force herculéenne, père de huit enfants, et il avait une bonne épée qu'il avait mise au service de Rodolphe de Habsbourg et d'autres princes puissants, entre autres de l'archevêque de Trêves, dont il était vassal pour une chàtellenie, et de l'archevêque de Cologne. Dans la guerre de Brabant, sous le règne précédent, de sa main, il avait tué, à la bataille de Woringen, cinq chevaliers sur neuf qui avaient revêtu, selon un usage assez fréquent alors, le costume et les armes du duc de Brabant, leur suzerain, et fut fait prisonnier; il avait paru devant celui-ci : « Je

• Gesch. Adolphs vonNas$au, par Rotli. Wiesbaden, 1879.

VOUS avais tué cinq fois sous votre armure au moins, et cela m'étonne que vous m'ayez échappé. » Le duc de Brabant l'avait généreusement mis en liberté. Il était d'ailleurs instruit pour le temps, sachant le latin et parlant le français. L'archevêque de Cologne, Siegfried, qui avait été satisfait de ses services à Woringen et désirait assurer sa victoire sur ses voisins, l'avait le premier recommandé à Gerardt d'Eppenstein, archevêque de Mayence, toujours mal disposé pour les Habsbourg, comme le candidat le plus convenable que les princes puissent désirer. L'archevêque de Trêves ne pouvait voir qu'avec plaisir sa candidature. C'était un candidat ecclésiastique. L'archevêque de Mayence, Gerardt d'Eppenstein, se chargea donc des négociations préalables, s'aboucha avec lui, lui proposa l'empire à la fin de l'an 1291 et lui offrit de faire les frais de sa candidature, à bon compte. Il demandait à être fait archichancelier de l'empire, à nommer le vice-chancelier, à présider le conseil du gouvernement dont seraient éloignées les créatures de Rodolphe ; et il stipulait pour lui une part des revenus impériaux, la promesse d'une aide contre le duc de Brunswick, son ennemi, des baillages, des douanes, des privilèges, et, pour les princes électeurs laïcs, le maintien de leurs privilèges à l'égard de la justice impériale, comme, pour les ecclésiastiques, celui de leur juridiction particulière.

Il y avait dans ces conditions, outre les avantages spéciaux que l'archevêque tenait à s'assurer, les principes d'une sorte de réforme aristocratique constitutionnelle, assez semblable à ce qu'on appela plus tard les capitulations imposées aux candidats à l'empire avant leur élection. C'est à ce titre que cette première convention fut suivie d'une seconde toute semblable faite à Andernach, entre Adolphe de

Nassau et rarclievêque Siegfried de Cologne. Elle visait, en même temps que les mêmes principes généraux, la garantie pour cet archevêque de tout son leri'iloire ecclésiastique ainsi que des l'ésultats de la précédente victoire de Woringen, dans le contlit qui avait éclaté entre lui, le duc de Brabant son ennemi et les bourgeois do Cologne, pour la succession de Juliers et de Berg ; sans compter la reconnaissance des droits de l'archevêque sur un certain nombre de places, la saisie de plusieurs châteaux et le payement d'une l'orte somme d'argent. Le troisième traité t'ait enti'e le candidat, qui ne refusait rien, et Bohémond, l'ai'chevêque de Trêves, était de même nature. Quoique celui-ci eût toujours regardé comme un fils le fondateur de la maison de Habsbourg, il oublia tout pour prix surloutdelacession de la suzeraineté de la ville de Coblenlz. L'accord était complet entre les trois archevêques. Si Adolphe était élu, il maintiendrait son droit contre tout compétiteur, et, s'il était infidèle à ses promesses, il se démettrait.

Les princes ecclésiastiques imposeraient-ils cependant leur choix aux princes laïcs? Ce n'était qu'avec ceux-ci qu'ils pouvaient user des pouvoirs de gouvernement que Rodolphe leur avait laissé prendre aux lieu et place des anciennes ligues. Albert d'Autriche, qui était avec un comte de Hohenberg, quelques autres puissants seigneurs et une petite armée dans la vallée du Rhin, ne s'inquiétait pas; il croyait pouvoir compter sur le palatin Louis de Bavière, pour lui ramener le roi de Boliême Venceslas et le margrave de Brandebourg; mais, comme le palatin hésitait, sur les conseils de l'archevêque de Mayence, il dépêcha auprès de Venceslas, en avril et mai, des envoyés cliargés de le séduire. Us lui promirent les villes du douaire de sa femme .^gra,Chemnil7.,Zi\vickau; ils tirent luire àses

yeux l'espoir de recouvrer sur Albert les provinces aulrlcliiennes ravies à son père; et, en tout cas, ils s'engagèrent à ne rien décider sans son consentement en ce (jui regardait la possession encore litigieuse de la province de Misnie entre le roi de Bohême et le landgrave de Thuringe. Un mariage entre un fils de Venceslas et une fille d'Adolphe, scellerait cette alliance. Le Bohémien, dont le père avait été dépouillé par Rodolphe de Habsbourg se décida pour Adolphe et gagna, on ne sait par quelles promesses, le margrave de Brandebourg et le duc de Saxe. Restait le Palatin déjà persuadé que seul il ne pourrait rien. Adolplie de Nassau le gagna également avec la promesse d'une somme d'argent garantie par les villes de Lubeck et de Goslar.

Tout étant convenu, l'archevêque et Louis le Palatin, comme c'était leur rfro«ï,' convoquèrent donc la diète qui se réunit à Francfort, le 5 mai 1292, au couvent des dominicains, parce qu'on était en train de rebâtir la cathédrale. Les électeurs ecclésiastiques étaient présents depuis plusieurs jours, et nombre de seigneurs avec les représentants de Bohême et de Saxe. Le Palatin n'arriva qu'au dernier moment. Adolphe était dans la ville. Albert était à Munich. Lorsque l'électeur de Mayence proposa le seigneur Adolphe de Nassau comme roi des Romains, il n'y eut aucune opposition. Ceux qui étaient présenls acquiescèrent personnellement ; les représentants des autres remii-enlde la part de leurs maîtres leur consentement. L'élu fut él(>vé sur l'autel du couvent; on annonça le choix au peuple; l'assistance parut satisfaite. Après qu'il eut acquitté ses promesses les plus pressées, Adolphe, qui prit de suite le titre de roi des Romains et non de roi élu, se rendit à Aix-la-Chapelle, où il arriva le 23 juin, et, le 2i, l'arche-

vêque de Cologne consacra et couronna le nouveau souverain et sa femme Imagina; ses nombreux enfants étaient présents. Il distribua de l'argent au peuple, confirma les privilèges de la ville impériale et il se mil on devoir de remonter le Rhin pour se faire reconnaître. C'est ce que Albert d'Autrictie, qui renonçait à la lutte, fit le premier. Il livra à Haguenau les insignes de l'empire à son heureux compétiteur et se retira en Autriche pour le regarder et l'attendre à l'œuvre.

Le petit comte de Nassau, devenu souverain, ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'était lié les mains à l'avance et s'était condamné à l'impuissance en promettant d'aliéner à ses électeurs tous les biens, revenus et droits d'empire qui étaient ses plus précieuses ressources. Aussi, tout en faisant sa tournée royale à travers l'Alsace, la Suisse, la Souabe et les villes du Midi, ne se pressait-il pas de tenir les grosses promesses qu'il avait faites, particulièrement aux princes ecclésiastiques. Ainsi, quoiqu'il se fut engagé aussi à se démettre du pouvoir s'il n'accomplissait pas les conditions auxquelles il avait été élu, il reprenait les conseillers de son prédécesseur; il indisposait particulièrement l'archevêque de Cologne en faisant du duc de Brabant, ennemi de celui-ci, son lieutenant dans les pays qui s'étendent de la Moselle à la Hollande, même en Westphalie, et en prenant sous sa protection les comtes de Berg et de Gueldre. C'était ailleurs qu'Adolphe voulait trouver son appui. Heureux d'être en bons rapports avec la maison de Bavière, avec le fils du palatin, Rodolphe, auquel il donnait une de ses filles en mariage à Ulm, ainsi qu'avec Otton le long de la Haute-Bavière, et avec le comte de NYurlemberg, il semblait vouloir s'attacher surtout les petits princes et la noblesse inférieure, les comtes de Katzenel-

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