ADOLPHE DANS L'EMPIRE
lenbogen et de Leiningen sur le Rhin, le landgrave de Hesse et les Hohenlolie en Franconie, les Holienzollern, petits seigneurs Uhres ou freiherren, ainsi que les petites puissances ecclésiastiques de Souabe, comme l'évêque de Constance, les abbés de Saint-Gall, de Lorch, d'EUewangen et autres, qu'il comble de faveurs.
On le voit entouré de cette petite arislocratie à la diète d'Eslingen, où il proclame aussi la paix et s'efforce de la faire régner. Inspiré d'une autre politique dans les villes, il paraît favoriser davantage les grosses corporations bourgeoises qui donnaient hypothèques au souverain, pour être protégés par lui assez mal d'ailleurs contre les petits métiers souvent en révolte. Au moins est-ce ce qu'on peut surprendre à Colmar, oîi les petits métiers, sous la conduite d'un certain Rossellmann et avec l'appui d'un chef de b.inde, même de l'évêque de Strasbourg, s'étaient emparés de la ville et en avaient chassé les riches. On le voit, en efïet, accourir avec l'évêque de Bâle, le comte de Pfort et des milices de Mayence et de Spire, assiéger la ville, la prendre, y faire rentrer les bannis et y installer un magistrat de sa main. Par là cependant, Adolphe faisait acte de chef indépendant de l'empire, et les princes ecclésiastiques qui l'avaient élu, quoique peu satisfaits, se contentaient de se plaindre, sans chercher à lui demander des comptes, quand il voulut faire acte d'autorité dans la basse Allemagne, où l'appelait un. contlit de succession en Thuringe.
Dans celte province, la mort de Frédéric, comte de Misnie, rompant l'état de paix établi à Erfurth par Rodolphe dans la maison deWettin, avait remis les armes à la main au margrave de Thuringe, à Albert le Dégénéré contre ses lils, Frédéric le Mordu, qui, échappé de sa prison, revendiquait la Misnie, et son frère Dielzmann, margrave de Lu sace
les hostilités déchaînaient les ravages dans les deux pays de ïhui inge et de Misnie. Adolphe, qui avait nommé l'archevêque de Mayence vicaire impérial en Thuringe, achète sous prétexte de paix, 12,000 marcs à Albert le Dégénéré, le territoire contesté par ses enfants, et peut-être même la Thuringe en lui en laissant l'usufruit sa vie durant, encore malgré les di'oits de ses fils. Il croyait pouvoir en finir avec toutes ces querelles de la maison de Wetlin qui ruinaient le pays en le revendiquant au nom de l'empire et en dédommageant Albert le Dégénéré. Il avait intéressé à cette affaire les archevêques de Mayence et de Trêves, le comte palatin du Rhin, et mis au ban de l'empire Frédéric le Mordu. Alors, avec des troupes fournies par le riche roi d'Angleterre, Edouard I^'', désireux de se faire bien venir de lui, il envahit le pays et le ravage deux années de suite. On le voit à Eisleben, à Leipsick, oîi il tient une diète (1295) à Eisenach, à Freiberg qu'il prend (1296). 11 exerce partout (les ravagos dont le pays garda longtemps de cuisants souvenirs et fait décapiter soixante seigneurs considérés comme rebelles. Il en eut sacrifié davantage si Frédéric le Mordu découragé ne lui avait livré ses dernières villes. Adolphe se vantait d'avoir fait ainsi retourner au domaine impérial la Misnie et la Thuringe. Peut-être même voulait-il se faire de cette conquête un patrimoine, comme Rodolphe de Habsbourg avait fait de l'Autriche. Au moins prenait il déjà en main le gouvernement de la Misnie, et y déléguait-il une de ses créatures, ([uand son ambition hors des limites de rAllemagne provoqua bienlôt contre lui un oi'age au milieu duquel il devait perdre l'empire.
Adolphe de Nassau ne paraissait pas porter dans les affaires extéribures de l'empire la même sagesse que Rodolphe de Habsbourg. Sans doute, il ne songeait pas en-
core à passer les Alpes pour faire valoir des droits surannés sur l'Italie. Il se contentait, pour réserver l'avenir, d'y nommer comme lieutenant en Lombardie Mathieu Visconti qui s'était emparé du pouvoir dans la forte ville de Milan, et comme lieutenant en Toscane, un seigneur bourguignon, Jean de Clialon. Il ne renonçait pas non plus à aller peutêtre un jour se faire couronner empereur à Rome comme ne l'avait pu faire Rodolphe de Habsbourg, et il avait reçu des promesses de concours et d'argent de l'évêque de Trêves et de l'Angleterre ; mais il ne demandait pas la confirmation de son élection à la cour de Rome où Boniface VIII commençait alors son pontificat célèbre par ses ambitions et ses malheui's. Oi'iginaire d'un pays qui n'était pas éloigné des limites occidentales de l'Allemagne et attaché par d'anciens liens aux princes d'empire qui touchaient à cette frontière, Adolphe de Nassau était plus préoccupé des progrès faits par la monarchie française sur l'ancien territoire impérial, en Franche-Comté, dans le Barrois et dans le Hainaut, sur l'Escaut, et contre lesquels Rodolphe de Habsbourg n'avait qu'assez mollement protesté. Dès l'année \'2?r2, en etfet, Adolphe de Nassau, s'il faut en ci'oire la chronique de Saint-Denis, se plaignant des empiétements du roi de France, Philippe le Bel, avait manifesté l'intention de les arrêter; et il y était encouragé par quelques-uns des voisins de celui-ci. Le comte de Hainaut, Jean d'Avesnes, entre autres, avait invoqué son secours contre les habitants révoltés de Valenciennes, soutenus par Philippe. Adolphe de Nassau avait fait citer les bourgeois de la ville devant son tribunal ; mais une démonstration française avait suffi pour amener Jean d'Avesnes à faire la paix avec le roi de France en lui payant 40,000 livres. Néanmoins, en 1293, Adolphe rendait contre ceux ([ui usurpaient les terres d'empire, un