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II. —Élection et règne d'Albert !«■• d'Autriche

L'extérieur et le caractère d'Albert d'Autriche n'avaient rien qui put prévenir en sa faveur. Les électeurs n'avaient accepté ses ouvertures que pour renverser Adolphe. Sa physionomie dure qu'un œil de moins, perdu en comprimant une révolte, gâtait encore, une carrure puissante, mais sans grâce, n'annonçaient que trop son humeur tyrannique, son esprit de ruse, son caractère impitoyable, son indomptable énergie. Sa conduite de prince dans ses États patrimoniaux devait faire prévoir celle qu'il tiendrait à la tête de l'empire. En Autriche, en Suisse, en Souabe, partout où il avait des possessions, il n'avait pas seulement tenu dans la plus rigoureuse obéissance ses vassaux et ses sujets; il avait partout essayé de s'agrandir aux dépens de ses voisins ou même de l'empire. Achetant, usurpant, retenant des biens, fiefs, droits sur les évêques, abbés ou gens de petite noblesse, transformant ou tentant de transformer ses droits de prévôtés et bailliages impériaux en seigneuries directes, sous le faible Adolphe, il avait arrondi, immédiatisé, nivelé ses États héréditaires. Chef de l'empire, il devait chercher à échanger ses droits suzerains sur toute l'Allemagne en une autorité réelle et héréditaire qui rapprocherait l'empire d'une vraie monarchie. La première grande diète qu'il tint à Nuremberg, en septembre, le fit bien connaître. 11 y avait là quatre archevêques, seize évêques, quinze princes laïcs, trois cent soixante comtes et Freiherren avec six mille cinq cents chevaliers. 11 tint à

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ce que tous les princes laïcs présents s'acquittassent de leur office au banquet qui suivit le couronnement de sa femme Elisabeth. Le roi de Bohême, Venceslas, fit, ayant la couronne en tête, office d'échanson. Albert investit ses trois fils de l'Autriche, de la Styrie et de la Carniole. En revanche, il confirma toutes ses promesses. Mais, au milieu de la fête, la veuve d'Adolphe étant venue se jeter auK genoux de la nouvelle impératrice, pour obtenir de son époux la liberté de son fils fait prisonnier, le nouvel empereur fut inflexible ; le jeune homme, il est vrai, s'échappa peu après des prisons de l'archevêque de Mayence.

Les circonstances ne semblaient point très favorables d'abord h l'ambition d'Albert. 11 déploya une habileté qui les changea promptement à son avantage. Le pape Boniface VIII rêvait, dans un temps moins opportun, l'ancien r(Medes Grégoire VII et des Innocent III; il refusait de reconnaître l'élection du vainqueur d'Adolphe dont il avait été le partisan, et il prêtait ainsi un point d'appui à toutes les résistances possibles. Albert, qui avait recherché déjà l'alliance du roi de France, Philippe le Bel, également en conflit avec le pape, envoya à celui-ci des ambassadeurs sous prétexte de régler les différends que les incidents de frontières sur la Meuse et l'Escaut avaient fait naître entre l'empire et la France. Ceux-ci rencontrèrent à Strasbourg, 5 septembre, des envoyés de Philippe le Bel. Ils ménagèrent entre les deux souverains une entrevue qui eut lieu à Quatre-Vaux, sur les confins des deux États. Albert, avec les quatre électeurs du Rhin, était à ïoul; Philippe, à Vaucouleurs. Des conflits de frontière, les négociations passèrent bientôt à des pourparlers sur une alliance et un mariage. Les deux souverains sentaient le besoin d'une étroite union d'abord contre le pape, ensuite au besoin contre leurs

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sujets. Déjà les élecleurs ecclésiastiques surtout commençaient à se défier de celui qu'ils avaient élu Ils ne pouvaient s'opposer au mariage projeté entre la sœur du roi, Blanche, et le fils aîné de l'empereur, Rodolphe, duc d'Autriche. Mais ils se montraient difficiles sur le règlement des questions de frontière. L'archevêque de Mayence surtout ne ménageait pas les embarras à son souverain qui alla jusqu'à refuser les frais d'entretien à sa suite. Albert sacrifia aisément à Philippe les points contestés sur les limites franco-allemandes et finit par convenir de les laisser à juger à une commission mixte. Mais les deux princes se jurèrent une alliance offensive et défensive contre quiconque attaquerait l'un d'eux.

A quelles conditions ? Selon des bruits qui se répandirent à cette époque, Albert aurait voulu que Philippe l'aidât à rendre la couronne d'Allemagne héréditaire dans sa famille, et il parla un instant de restaurer en faveur des nouveaux époux l'ancien royaume de Bourgogne, entre la France et l'Empire, et de céder à la France tout le territoire de la Meuse au Rhin. La promesse de faciliter à la maison de Habsbourg cette hérédité de la couronne dont les rois de France étaient déjà en possession, eût été le prix de cet arrangement. Ce bruit est au moins un témoignage de l'importance que prenait la monarchie française en Europe. Rien ne pouvait cependant déplaire davantage aux électeurs et les disposer plus à soutenir dans ces circonstances les réclamations du pape Doniface VIII contre Albert : « Je ferai i-elenlir de ce cor le nom d'un autre empereur », disait déjà le puissant archevêque électeur de Mayence, aussi habile à varier ses mots que sa politique. Les deux souverains se séparèrent sans conclure définitivement autre chose que le mariage qui fut célébré entre Rodolphe

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