‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 37 sur 91 · ALBERT EN ALLEM\GNE · texte numérisé non relu

ALBERT EN ALLEM\GNE

el la princesse française, Blanche, peu de temps après, à Paris. Mais cette entrevue sema des germes de division entre l'empereur et ses électeurs.

C'étaient surtout les droitsde péage sur le Rhin qu'Albert, après Adolphe, avait aliénés particulièrement aux archevêques de Cologne et de Mayence qui les mettaient aux prises. Albert avait promis de les céder. Mais, sûr de plaire h toutes les villes commerçantes du fleuve, pour qui ce droit était bien moins gênant entre les mains de l'empereur qu'entre celles des princes, il avait déclaré abolis tous les péages seigneuriaux établis depuis la mort de Frédéric II. Cette abolition donnait lieu sur la distribution des péages à des discussions qui pouvaient durer longtemps. Le comte palatin aussi en était mécontent; eniin, le roi de Bohème, dont la témme, sœur d'Albert, venait de mourir était déjà moins sûr. Il y avait là déjà des mécontentements dont Albert ressentit le contre-coup quand il voulut agir comme chef de l'empire en Hollande où s'élevait un conflit de succession dont il voulait profiter. Le petit-fils du roi Guillaume de Hollande était mort sans enfants ; son neveu, Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, soutenu par le parti français, et Guy de Darapierre, comte de Flandre, appuyé par les Anglais, se disputaient l'héritage qui se composait de la Hollande, de la Néerlande et de la Frise. C'était une occasion pour Albert de tirer de là quelque chose pour lui, en faisant intervenir les droits impériaux. Cette raison lui avait fait abandonner assez rapidement l'entrevue de Quatrevaux. Au risque de mécontenter le roi de France, il contesta les droits du comte de Hainaut, comme venant d'une ligne féminine, et se mit en devoir d'entrer dans le pays contesté pour en prendre possession auilletlSOO); mais, pendant ce temps, le roi de France

avait fait prisonnier Guy de Dampierre et ses fils et occupé la Flandre. Il n'en fallait pas davantage pour retourner du côté de Jean d"Avesnes, l'archevêque de Cologne et le duc de Gueldre, qui était cependant bailli du roi des Romains dans la Frise. Albert, trahi, ne continua pas l'expédition commencée; il entra en pourparlers avec le comte de Hainaut, qui resta maître du territoire contesté, mais résolut de venger son échec sur les électeurs ecclésiastiques qui étaient la cause de sa déconfiture.

L'archevêque de Cologne, Vicbolt, n'était pas seul, en effet, la cause de cet échec. Déjà l'archevêque de Mayence et le nouvel archevêque de Trêves, frère d'Adolphe de Nassau, Ditrich, encouragés par le pape, avaient résolu de déposer Albert à son tour. A Heimbach, sur le Rhin, entre Backarach et Bingen, ils cherchaient à s'entendre avec le comte palatin Rodolphe et avec un envoyé du roi de Bohême, pour choisir un autre empereur. Mais Albert était un plus habile politique qu'Adolphe de Nassau. Après avoir préparé le terrain, le 7 mai 1301, il lance un manifeste auK bourgmestres, échevins et bourgeois de Cologne, de Mayence, de Trêves, Worms, Spire, Strasbourg, Baie, Constance, pour les solliciter de faire entre eux des ligues contre les détenteurs injustes des péages ; il engage les comtes de Juliers, Clèves, Berg et les Freiherren à aider les bourgeois dans leurs résistances et, à la tête d'une petite armée de comtes et de seigneurs du palatinat, vient faire en été le siège de la ville de Bingen, dont la prise, après un siège assez long, lui ouvre la route du Rhin. L'archevêque de Cologne se soumet en mars 1302; une foule de châteaux huches sur les hauteurs qui bordent le Rhin sont emportés d'assaut et détruits. En automne, il est devant Cologne, où les bourgeois donnent la main à ses soldats. L'archevêque

livre son cliàteau fort de Rolandseck et renonce aux péages. Les comtes de Jiiliers et de Berg forcent l'archevêque électeur de Trêves à faire la même soumission. Les trois électeurs ecclésiastiques restituent les biens impériaux. Les villes jurent entre elles une paix publique et obtiennent l'autorisation de compter les habitants de leur banlieue (phalburger) parmi leurs bourgeois. La navigation du grand fleuve est libre de tout péage seigneurial. Le comte palatin lui-même, que les électeurs ecclésiastiques avaient conjuré de juger la querelle entre eux et Albert, en voyant tomber au pouvoir d'Albert les villes de Wislock et de Weinheim , et celles de Francfort , de Friedberg , de Wetzlar entrer dans la ligue des villes du Rhin, ne conteste plus le pouvoir du nouvel empereur, et il livre plusieurs châteaux forts sur le Lech et le Danube pour lui garantir son obéissance.

Albert s'assura alors, contre les princes, du pape Boniface VIII qui alî'ectait toujours de le traiter de duc d'Autriche, avec autant d'adresse qu'il avait déployé d'énergie contre les électeurs. La querelle entre Boniface VIII et Philippe le Bel était arrivée à un point qui faisait désirer au premier quelque appui. Le roi de France faisait commencer contre Boniface le procès qui devait le mener à tant de violences contre le Saint-Père. L'atfaire de la Hollande, où les deux souverains de France et d'Allemagne s'étaient trouvés presque en conflit, avait relâché déjà leur étroite alliance. Le pape, de son côté, n'était pas non plus satisfait en Allemagne des électeurs qui avaient refusé de lui soumettre l'élection de crainte de se dessaisir de leurs droits en sa faveur. Albert mit à profit toutes ces dispositions du pontife. Après échange réciproque de quelques envoyés, Albert, sans souci des droits qu'il pouvait ainsi

autoriser un jour, reconnut que le Saint-Siè^'c, ayant transporté l'empire des Grecs aux Germains, avait le droit de faire les rois des Romains empereurs, et que ceux-ci tenaient de lui leur pouvoir temporel ; il confirma toutes les concessions de son père Rodolphe à l'Église, en Italie, et promit de défendre envers et contre tous la primatie, les droits et privilèges de Rome. En retour, Boniface VIII déclara son élection valide avec les molseum in regem Romanorum assumemus, et le proclama roi des Romains, futur empereur, en se réservant d'examiner et corriger les défectuosités des élections futures. Pour désintéresser complètement le pape des afifaires allemandes, Albert mil ainsi complètement en oubli sa première alliance avec le roi de France; et, en obtenant du pape d'être délié de toute obligation envers les souverains étrangers, il s'engagea presque à fournir des secours au Saint-Siège contre eux et ne se montra peut-être pas éloigné d'accepter la couronne de France que lui offrait un instant la colère du pontife. Pour des avantages présents, il ne se faisait pas faute de démentir le passé et peut-être de compromettre l'avenir.

Au fond, aussi peu disposé à secourir le pape que précédemment le roi de France, dans leurs querelles, il ne s'occupait activement que de ce qui le touchait de près. Peut-être aurait-il pu, appuyé sur la petite noblesse et les villes, unir les princes par une constitution, dans des assemblées semblables à celles qui commençaient alors en Angleterre avec le Parlement, sous Kdouard l", et en France avec les États généraux, sous Philippe le Bel. Mais, mettant surtout, comme Rodolphe, sa puissance dans ses États héréditaires, il tendait plutôt à augmenter le patrimoine de sa famille. Comme Rodolphe, il avait de nombreux enfants : six lils et cinq tilles à pourvoir; la tendresse du père ai-

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