‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 38 sur 91 · SES AMBITIONS EN BOHÊME ET EN HONGRIE · texte numérisé non relu

SES AMBITIONS EN BOHÊME ET EN HONGRIE

guillonnait l'ambition du souverain. Les succès de sa polili(iue soutenue maintenant de la puissance impériale, dans la Suisse, la Souabe et l'Alsace avaient pourvu à l'établissement princier de deux de ses fils. Mais la Bohème et la Hongrie devinrent bientôt l'objet de l'ambition de cette maison.

Ambitions d'Albert on Hongrie et en Bohème.

Depuis le jour où Albert !«'■, à l'occasion de son couronnement, avait forcé le Jeune roi Venceslas, son beau-frère, à s'acquitter de ses propres mains de l'office d'échanson, une inimitié secrète divisait ces deux princes. La couronne de Hongrie les mit aux prises. Après la mort d'André III le Vénitien, dernier roi de la race d'Arpad, les Madgyars s'étaient partagés entre le fils de Venceslas 11, Venceslas lU, âgé de dix-sept ans, et Charles Robert, ou Carobert, neveu aussi d'Albert, comme fils de Charles H de Naples et de Clementia, fille de Rodolphe de Habsbourg. Le pape, à Anagni, fidèle aux Angevins, et Albert, fidèle à son sang, se déclarèrent pour. le prétendant napolitain contre celui de Bohême. Mais les Hongrois couronnèrent le jeune Venceslas III, à Sluhlwissembourg. Albert, décidé à empêcher l'agrandissement des Prémizlides par la réunion de la Hongrie et delà Bohême qui eût singulièrement menacé la fortune des Habsbourg, rassembla des troupes en Souabe et on Alsace. Mais Venceslas II sut disposer au dehors en sa faveur Pliilippe le Bel, mécontent d'avoir été abandonné par Albert, et, en Allemagne, le duc Otto de la basse Bavière et le comte de Wurtemberg, Eberhard, mécontent de se voir étoudé tous les jours davantage en Souabe par la politique desjils d'Albert, si favorable à la petite noblesse, en-

lin même, en Aiitriche, le duc de Carinlliie. Ainsi soulenu, il pénétra jusqu'en Hongrie où son fils avait déjà mécontenté les Hongrois par sa rudesse et il ramenait celui-ci de Bude, en Bohème, avec les insignes royaux en 1304, quand sa mort subite en 1305 changea tout à coup la face des choses. Le jeune Venceslas 111, héritier direct de la Bohèrae et des droits de son père sur la Pologne, ne se sentait pas en état de lutter encore pour la Hongrie. 11 s'assura la Bohème en cédant à Albert la Misnie et le pays d'^'Egra, toujours contestés entre l'empire et la Bohème; et, il laissa la Hongrie au jeune Charles -Robert couronné à Agram par les Madgyars qui gardèrent le souverain favorisé par le pape et par Albert.

La mort prématurée de Venceslas III, assassiné par nn chevalier thuringien quand il allait recueillir son héritage de Pologne, fut encore plus favorable aux Habsbourg. « Malheureux Thuringien , dit un chroniqueur , qu'as-tu fait ? Peut-être est-il dans les m(eurs de ta race de faire périr ainsi nos derniers rois; j'en aurais plus à dire..., mais laissons Dieu punir les coupables. » La race des Prémyzlides était éteinte. Les Bohémiens se partageaient entre le duc de Carinthie, Henri, beau-frère du feu roi et le fils aîné d'Albert I", Rudolph. Albert résolut de proliter de l'occasion pour faire entrer la Bohême dans le domaine des Habsbourg. C'était une entreprise difficile. 11 avait contre lui le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe et Eberhard de Wurtemberg, qui voyaient avec envie ses agrandissements. Mais Albert avait disposé en sa faveur le roi de Danemark , en lui cédant le pays au-delà de l'Elbe. En 1306, 11 mit donc au ban de l'empire Henri de Carinthie, envahit la Bohême, entra dans Prague, et, en prodiguant l'argent, fit élire son fils Uudolph roi , et

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pour légilimer ses droits, lui fit épouser la veuve de Venceslas III, Élisabctli, fille du roi de Pologne, à la place de la Française, Dlanclie, décédée.

Trois royaumes : la Bohême, la Hongrie et presque la Pologne étaient sous la main d'Albert. Pour contenir son ennemi Eberliard de Wurtemberg, il favorisait contre lui, sous prétexte de paix, l'alliance des villes d'Augsbourg, d'Ulm, de Reutlingen, et il resserrait son alliance avec les princes bavarois. Tout le midi de l'Allemagne pliait comme l'Autriche , la Bohème et les princes électeurs du Rhin , sous sa puissance. Albert crut avoir bon marché maintenant du Nord. Il reprit à son compte la guerre de Thuringe pour commencer par là à soumettre la basse Allemagne. La tragique enfance de Frédéric le Mordu avait fait de ce jeune homme un généreux mais un indomptable caractère resté cher à l'Allemagne qui montre encore aujourd'hui dans la forteresse de^Yarlbourg sa puissante armure de fer. Épris pour sa demi-sœur, Elisabeth, d'un amour égal à la haine que son père lui portait à lui-même, il l'avait enlevée, et, pour la faire régner avec lui, avait repris tout l'héritage du landgraviat de Thuringe; son frère Dietzmann, margrave de Lusace, le soutenait. Encouragé par la défection de la ville d'Eisenach, en Thuringe, Albert, maître, avec la Bohême, de la Misnie et du pays de Pleisner, va assiéger le Mordu jusque dans sa forteresse de Wartbourg, qui est prise d'assaut. Frédéric le Mordu fuyait avec sa femme et son enfant nouveau-né. Pressé par des cavaliers, comme l'enfant échauffé, s'il faut en croire la légende, avait soif et demandait le sein de sa mère, Frédéric s'arrête, se jette sur ses ennemis et laisse à sa femme le temps d'allaiter le fruit de cette tragique union. Soutenu, et bientôt rejoint par quelques-

uns de ses vassaux, il revient en force contre l'armée royale et remporte sur elle à Altenburg, une victoire si complète qu'elle devint proverbiale. Ce revers qui laissa encore la Thuringe et la Misnie à Frédéric le Mordu, fut pour Albert d'Autricbe le commencement du déclin d'une fortune qui s'était déjà élevée si haut.

La mort subite (juillet 1307) de l'aîné de ses fils, Rudolpb, le nouveau roi de Bobème, frappa d'abord Albert dans sa politique autant que dans ses affections. 11 voulut en vain substituer son second fils, Frédéric, au premier : « Pas d'Autrichien pour roi, » s'écria d'une voix la diète bohémienne à laquelle l'épreuve de Rudolph avait suffi. Les partisans d'Henri de Carinthie, époux d'Anna, fille de Venceslas, relevèrent la tète. .Au milieu d'une explosion populaire de haine contre les Allemands, Henri fut couronne comme un roi national à Prague, 15 août. Cet événement menaçait Albert non seulement en Bohème, mais dans la Carinthie, le Tyrol et la Carniole, qui formaient la principauté d'Henri. Albert envoya son fils, Frédéric le Beau avec 1 archevêque de Salzbourg pour contenir ces provinces, et e.'ivahit lui-même la Bohème avec ses Autrichiens. Mais les mineurs des montagnes descendirent défendre les villes que le roi assiégeait, et repoussèrent tous les assauts malgré les engins de siège qu'il avait à sa disposition. Il lâcha sa proie, et, dans l'hiver de 1308, revint dans l'Allemagne du .Midi oi!i il fut atteint tout à coup, dans sa puissance et dans sa personne, et tomba victime, sur la terre même de ses ancêtres, de celte politique patrimoniale qu'il avait poussée à outrance.

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