RÉVOLTE DES CANTONS SUISSES
Révolte d'îs cantons suisses, assassinai d'Albert.
Albert était venu passer le printemps de 1308, comme il en avait la coutume, dans les domaines de ses ancêtres. A la fois chef de l'empire et seigneur dans cet épais fourré de montagnes et de forêts entrecoupées de lacs et de rivières, maître en Tliurgovie, en Argovie, en Frickgovie, il avait liérité des petits démêlés de ses ancêtres avec les cantons forestiers, plus ou moins considérables, d'Uri et de Schwitz, ou de Zurich, qui aimaient mieux être libres et immédiats sujets du chef de l'empire que vassaux de leurs princes. Adolphe de Nassau , en reconnaissant la ligue formée par ces trois cantons et en les prenant sous sa protection, avait voulu porter un coup sensible dans ces contrées à la puissance de la famille des Habsbourg. Mais Albert ne se résignait pas ; son ambition n'oubliait rien ; aimant mieux dans la pratique être prince qu'empereur, il s'était refusé à confirmer aux cantons forestiers les franchises et les immunités que le roi Adolphe leur avait conférées en 1291. Il avait même refusé de reconnaître les franchises impériales du pays d'Uri, que l'empereur Rodolphe avait confirmées; et il l'avait soumis à un impôt. Considérant le pays des quatre cantons et la haute vallée de la Reuss, comme propriété de sa famille et non comme territoire franc d'empire, il en affermait les revenus à ses fils, et, au lieu de la juridiction de baillis impériaux, il infligeait celle des baillis de sa maison à Lucerne et à Rolhenbourg. Pressé enfin par leurs réclamations, comme le veut une tradition (lui date de beaucoup trop tard pour être authentique, Albert leur envoya-t-il ces baillis légendaires qui, en dépassant la mesure de la tyrannie, amenèrent
252 ALBERT l" D'AUTRICHE (1298-130«)
leur nioi't et la révolte. Un paysan d'Unterwelden tuat-il de la hache dans un bain le bailli Wolfenschiesen , qui aurait attenté à la pudeur de sa femme? Le bailli Landenberg fit-il crever les yeux au vieux père d'Arnold de Melchthal qui avait coupé les deux doigts de la main à un de ses valets? L'épisode plus légendaire encore du tyran Gessier et de l'archer Tell, enfin le renouvellement au rocher de Rûtli, sur les bords du lac, par trois hommes de ces cantons, de la confédération déjà formée en 1291, et la surprise, au i'^'" de l'an 1208, de la forteresse, des menoites d'f7r/(T\ving-Uri) sont-ils des faits réels? Toutes ces histoires d'oppression outrageante et de violente révolte, qui sont d'ailleurs fort naturelles et qu'encadrent si bien les montagnes et les lacs suisses, ne sont probablement que de la légende. Nous ne les connaissons que par une chronique de la fin du xv^ siècle et par l'historien suisse Tschudi, qui date du xvi", et le nom de Tell auquel s'est rattaché une légende que l'on trouve, à plusieui-s l'cprises, deux siècles auparavant, dans les Saga de Norwège , d'Angleterre et d'Islande, ne s'est pas rencontré dans les archives ou les registres ecclésiastiques d'Uri. Il y a là de fortes raisons de douter!
Ce n'est cependant pas la résistance des cantons suisses à la maison de Habsboui-g qui coûta la vie à Albert I"-'"" d'Autriche. Parmi les victimes de ses usurpations dans le patrimoine des Habsbourg, se trouvait un de ses neveux, Jean, fils de Rodolphe, troisième fils du fondateur de la dynastie, Rodolphe I", et d'Agnès, fille du grand et malheureux Otlokar de Bohême. Ce Rodolphe II, le puîné d'Albert, avait é(é investi, par le chef de la maison, des domaines patrimoniaux qu'ils devaient posséder en commun, à la condition cependant qu'Albert l'aîné gouvernât spécialement les pays au-