RKVOLTE DES CANTONS SUISSES
trichiens et Rodolphe les possessions souabes. En l'année 1283, l'empereur Rodolphe, pour dédommager celui qui portait son nom et était le plus mal partagé, décida que celui-ci recevrait de lui ou de son frère une somme d'argent en dédommagement de sa part des possessions autrichiennes, s'il ne lui advenait pas un royaume ou une principauté; mais la mort de Rodolphe II en 1290, laissa fort au dépourvu sa veuve, Agnès, fille de roi, et le tils qui naquit celte année même, Jean. Petit-fils de roi et d'empereur, sous la tutelle de sa mère et du roi Albert qui signaient de leurs mains des actes authentiques de Jean, quoiqu'il ne possédât rien, comme sa mère, en propre, que ce que le chef de la famille, Albert voulait bien leur donner; retombé, après la mort de sa mère, sous la tutelle exclusive du chef de la maison d'Autriche, grandissant à Vienne, avec les fils d'Albert, ses cousins, admis même à prendre part en nom à l'administration des Habsbourg, il paraissait déjà tenir des préventions de sa mère, Agnès, et de son oncle, Venceslas II, enfants du Bohémien Ottokar, et de la comparaison qu'il avait faite de son délaissement avec la fortune de ses cousins, l'un, Rudolph, mort roi de Bohême, et l'autre, Frédéric le Beau, duc d'Autriche, unehaine très vive contre son oncle Albert et une grande envie contre ses cousins. De fait, il croyait pouvoir réclamer et réclamait, d'après la constitution familiale de Rodolphe P"", du chef de son père, une part de l'Autriche et de la Styrie, comme les fils d'Albert, ou au moins des dédommagements pécuniaires; du chef de sa mère, fille d'Ottokar, il demandait la couronne de Bohême vacante; et, des deux côtés , comme héritage paternel ou douaire maternel, il revendiquait sa part dans les biens de la fa mille de Habsbourg en Souabe et en Suisse, où son oncle semblait avoir reconnu ses droits en associant son nom à
des actes aiilhenti(ines. Ce n'était pas, comme on le voit, les sujets de plaintes qui manquaient à Jean. Quel que fût le bien fondé de ces réclamations très diverses, il est certain que le roi Albert, qui n'aimait point d'ailleurs se dessaisir, ne pouvait donner à Jean, son neveu, la couronne de Bohême, qui était d'ailleurs élective; et, pour ce qui regardait la part des provinces autrichiennes qui étaient indivises dans la famille, ou du patrimoine originaire, sis en Souabe et en Suisse, et qui lui était peut-être plus légitimement dû, Albert ne croyait pas pouvoir les contier à un jeune homme de dix-huit ans: et il ne se montrait ni généreux ni empressé à lui donner au moins des dédommagements pécuniaires.
Tout cela cependant n'aurait pas amené un aussi jeune homme à comploter l'assassinat do son oncle, du chef de la famille des Habsbourg, d'un souverain, s'il n'avait rencontré des excitations ou au moins des encouragements parmi les ennemis déjà très nombreux que s'était fait le gouvernement d'Albert. Au premier rang se trouvait Pierre d'Eichspelt qui avait été déjà l'adversaire d'Albert, comme évêque de Bàle et conseiller de Venceslas II, avant d'avoir été élevé par la faveur du pape Clément V et l'élection du chapitre h l'archevêché de Cologne ; et, au second, Otto, duc de basse Bavièi'e (jui avait essayé vainement d'empêcher le protégé d'Albei't, Carobert, d'arriver au trône de Hongrie, et Henri, duc de Carinthie, qui se ci'oyait frustré du royaume de Bohême, enfin Eberhard de Wurtemberg devenu un adversaire acharne de la puissance des Habsbourg. Au moment où Albert était revenu en Souabe et, de là, en Suisse, avec son neveu Jean, qu'il gardait toujours auprès de sa personne, pour faire les préparatifs et rassembler les hommes nécessaires à une expédition décisive en Bo-