ÉLECTION D'HENRI DE LUXEMBOURG
Le nouveau souverain appartenait à la maison descomtes de Limbourg et d'Arlon qui, en l'année 1101, avait été investie du duché de Basse-Lorraine. Quoiqu'ils ne se fussent pas maintenus en possession de ce duché, ces comtes s'intitulaient depuis ducs de Limbourg et margraves d'Arlon, En 1214, par un mariage, le comté de Luxembourg, qui mesurait, entre la Meuse et la Moselle, cent cinquante mille carrés et, comptait cent châteaux, avec sa capitale, investie récemment (1298) d'un privilège de marché, était entré dans la maison. Le père du nouvel élu avait été tué à la bataille de Woringen dans la petite guerre de succession de cette époque. Lui-même avait terminé cette guerre en épousant Marguerite de Brabant. D'une taille moyenne, mais bien prise, avec un visage coloré sous ses cheveux blonds qui retombaient sur ses sourcils épais, c'était un brave chevalier, non seulement exercé aux armes dans les petites guerres des pays voisins, mais instruit, parlant le latin, l'allemand et surtout le français. Né et élevé dans un pays de frontière où se rencontraient ces deux dernières langues, où la plupart des actes étaient alors rédigés en français et où l'on choisissait souvent le roi de France comme arbitre, Henri assurait parla surveillance de ses officiers et une sévère justice aux bois et aux clairières des Ardennes assez de sécurité « pour que les marchands pussent y conduire sans crainte leurs bêtes de somme chargées de précieuses denrées ». Agé de quarante ans, il avait passé une partie de sa vie en France à la cour de Philippe le Bel, à celle du pape Clément V, et il avait prêté son concours au premier contre les Anglais.
Sans doute de cette atmosphère à la fois chevaleresque et ambitieuse de la cour de France, qui faisait alors entrer la dominalion de l'Europe dans ses visées, Henri V^II avait
nourri déjà ces pensées chimériques qui devaient lui faire croire à la possibilité de restaurer au loin la gloire un peu obscurcie du vieil empire. 11 ne paraît cependant d'abord préoccupé que de se faire reconnaître de tous les princes et États allemands et de contenter à peu près tout le monde dans la royale chevauchée qu'il fait en son royaume. 11 paye les dettes de son élection à Pierre d'Eichspelt de Mayence et aux deux autres électeurs ecclésiastiques en rétablissant en leur faveur les douanes du Rhin que son prédécesseur avait abolies. Il fait religieusement conduire sous le dôme de Spire les restes d'Adolphe de Nassau et d'Albert d'Autriche et punir les complices de l'assassinat de ce dernier. II élève les comtes de Henneberg au rang de princes, essaye de garderies villes sous sa main en interdisant aux princes de leur octroyer des privilèges. Il confirme à nouveau les franchises impériales qu'Adolphe avait conférées en Suisse aux villes forestières, ce qui était pour déplaire aux Habsbourg ; mais il donne l'investiture de l'Autriche aux tils d'Albert, Frédéric le Beau et Léopold qui lui prêtent hommage. 11 ne montre de rigueur qu'envers le remuant comte Eberhardt de Wurtemberg, ennemi des villes souabes; il le met au ban de l'empire et charge son bailli de Sonabe, Conrad de Weinsberg, d'exécuter la sentence. Trafjr.é de château en château par une armée de petits seigneurs et de soldats des villes, Eberhardt se cadre dans son nid de vautour de Besigheim au fond d'une petite vallée de la Souabe se réservant j)our de meilleurs jours. Henri de Luxembourg montre bientôt (ju'il avait de plus hiiuls desseins. Le royaume de Bohème était relombé dans l'anai-chie bien que, après la mort de l'empereur Albert I"' d'Autriche, son fils aîné Frédéric le Beau eut tait la paix, à Snaim (19 août l!20S) avec son compétiteur hcui-eux, le roi Ileni-i le