DOUBLE ÉLECTION, GUERRE CIVILE
faveur contre le candidat autrichien. Toutes ces difficultés débattues dans les négociations ordinaires préparatoires, retardèrent l'élection de quatorze mois et aboutirent à un schisme impérial.
L'archevêque de Mayence, archichancelier, selon son droit, avait désigné comme lieu de réunion laville de Francfort, loco ad hoc solito et eonsueto. Les électeurs étaient enfin arrivés, à la fin de l'année 1314, assez fortement accompagnés aux environs de Francfort; mais ils n'étaient point réunis en une seule diète et il y en avait plus qu'il n'en fallait. "Les deux archevêques de Mayence et de Trêves, Pierre et Beaudoin, Jean de Bohême, le marquis de Brandebourg, Waldemar, et le duc Jean deSaxe-Lauenbourg, partisans de Louis de Bavière, étaient réunis sur le territoire peut-être consacré de la rive droite du Mein, dans un faubourg [in suburbio] de Francfort; mais l'archevêque de Cologne, le comte palatin Rodolphe, frère cependant de Louis de Bavière, et les deux compétiteurs au droit électoral, Henri de Carinthie, prétendant de Bohême, et le duc de Saxe-Wittemberg, prétendant aussi à l'électorat , campés tout près de laville, à Sachshausen, sur la rive gauche, étaient résolus à prendre les devants pour leur prétendant Frédéric d'Autriche. Ils l'élurent les premiers à Sachshausen le 19 octobre. Mais, le lendemain (20), les partisans de Louis de Bavière en firent autant pour celui-ci. Eu égardaux voix dont la légalité n'était pas douteuse, Louis de Bavière avait la majorité. Mais on pouvait chicaner sur le lieu où l'élection devait être faite, c'est-à-dire dans , Francfort ou sur leterritoirc de P'rancfort, m oppido ou apud oppidum. Pour plus de sûreté, Louis avec ses partisans, pénétra dans la ville jusqu'à l'église deSaint-Barlhélemy où il fut proclamé, puis il partit pour avoir la priorité Je la
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consécration. Mais Frédéric, avec les siens, sans plus attendre, prit aussi la route dWix-la-Chapelle. Ce fut comme une course au clocher. Frédéric, qui ne s'était point attardé dans Francfort, arriva le premier devant Aix-la-Chapelle ; la ville lui ferma ses portes (25 novembre). Mais il emmena avec lui l'archevêque de Cologne qui avait légalement le droitde consécration; celui-ci accomplit la cérémonie à Bonn sous prétexte, dit-il plus tard, qu'un privilège du pape Tautorisait à la faire dans un autre endroit de son diocèse, s il en était empêché à Aix-la-Chapelle. Mais Louis de Bavière, reçu par les habitants de celte ville , avait l'avantage du lieu où se faisait d'ordinaire le couronnement ; il se fit consacrer par l'archevêque deMayence qui n'était pas en possession dudroit dele faire. \'ices de formesdes deuxcôtésaprès une élection douteuse. C'était la guerre civile. La loi de la majorité des voix n'était pas établie. L'unanimité seule prévalait. A son défaut, on recourait, comme auparavant, au jugement de dieu. La lutte dura sept années.
On ne s'étonnera pas que les princes du nord de l'Allemagne soient restés assez inditï'érents à cette guerre. Ils suivaient leurs intérêts. Tandis que le grand maître de l'ordre teulonique disputait le rivage de la Baltique à Waldemar, margrave de Brandebourg et favorisait sur son territoire et sur celui de la Pologne la colonisation des chevaliers allemands, celui-ci essayait de prendre sa revanche sur le roi de Danemark Erich en 1313. Battu complètement avec sa chevalerie à Granzow par la chevalerie même allemande du Danois, il consentait au traité de Templin qui lui était peu favorable, en 1317; et la paix régna entre eux jusqu'à la mort d'Ei'ich et à celle de ^\aldemar dernier prince de la famille ascanienne en i320. Les grands archevêques même du Rhin, (jui avaient pris une si grande part à la double