DOUBLE ÉLECTION, GUERRE CIVILE
élection, paraissaient se soucier peu de leurs élus et le roi Jean de Bohême avait trop à faire contre sa noblesse pour prendre part à la lutte.
La guerre entre les deux compétiteurs eut donc lieu surtout dans le midi de l'Allemagne aux((uels ils appartenaient; mais ce n'était que combats de chevalerie ou ravages de part et d'autre. Les deux compétiteurs se ruinaient, Louis de Bavière en aliénant les biens d'empire, et Frédéric en aliénant des biens autrichiens et cela ne suffisait pas. On suit à la trace des gîtes de Louis, presque jour par jour, les réquisitions d'hommes, d'argent, de vivres qu'il fait pour soutenir sa cause. La victoire, en effet, sera plutôt au plus offrant qu'au plus brave. On cherche à ruiner son adversaire d'argent et d'hommes plus qu'à le battre. Les combats sont peu sanglants, presque sans résultat; la rançon qu'on tire des prisonniers est le fruit le plus clair de la victoire. Les deux frères de la maison de Wittelsbach dans le Palatinat et la haute Bavière ne trouvaient pas dans leur haine assez de ressort pour rendre la lutte plus décisive. Cependant Louis finissant à l'emporter en Souabe et sur le Rhin moyen, son frère aîné fut obligé, en 1317, de lui abandonner toute la haute Bavière.
Ce ne furent point les princes ni même la petite noblesse des chevaliers, en vendant ses services aux deux compétiteurs, qui décidèrent la lutte, mais les villes et même les classes inférieures qui grandissaient et s'élevaient tous les jours. Ces dernières, en effet, dans les villes et môme dans les campagnes, lasses de l'anarchie, cherchaient une protection meilleure que celle de l'empereur ou des princes dans leur liberté. En 1310, quand le roi de Danemarck, le margrave de Brandebourg et le duc de Saxe Lauenbourg attaquaient la ville de Stralsund, les contingents des autres
villes 'avaient remporté sur eux une victoire qui avait laissé entre leurs mains le duc de Saxe. En 1319, des paysans, les Dithmarses assaillaient une armée du duc de Merklenbourg et du comte de Holstein qui avaient pénétré chez eux et l'anéantissaient. Dans le Holstein, les paysans laissaient la noblesse du pays se soumettre au jugement des comtes pour garder leurs vieilles coutumes et la vengeance du sang. La Sainte Wehme, en Westphalie, jugeait à son tribunal les comtes et les libres seigneurs. En l'année 1324, les nobles, les ministériaux et les paysans de Rheingau fixaient leur droit qui était le même pour tous en paix comme en guerre et n'acceptaient de la main de l'archevêque de Mayence qu'un juge du pays. Dans beaucoup de parties de l'Allemagne, les paysans armés, pendant cette période d'anarchie guerrière, maintenaient leur liberté d'autrefois et leur vieux droit de défense, avec le consentement des seigneurs qui n'étaient pas fâchés de trouver chez eux, au besoin, des hommes de guerre. Le commencement du xiv« siècle était une époque favorable à la stabilité de la classe des paysans. C'est ce qui explique l'épisode célèbre qui mit alors encore aux prises à cette époque la maison d'Autriche et les cantons forestiers célèbres d'Uri, de Schwitz et d'Untervalden sur les bords du lac des Quatre Cantons.
Léopold d'Autriche et les cantons suisses, bataille de Morgarlen
Depuis qu'ils avaient obtenu de l'empereur Adolphe de Nassau la confirmation des franchises que l'empereur Albert n'avait pu leur ravir, les petits cantons suisses saisissaient