LÉOPOLD D'AUTRICHE ET LES CANTONS SUISSES
toutes les occasions de se mettre contre la maison d'Autriche sous la protection impériale. En 1309, ils avaient obtenu de l'empereur Henri VII une nouvelle confirmation de leurs franchises. Naturellement, Louis de Bavière, ennemi de Frédéric d'Autriche, déjà en bonne entente avec les ligues Souabes contre les seigneurs, fit alliance avec eux et, en mai 1315, leur promit aide et secours. Les Suisses en eurent bientôt besoin. L'année précédente, ceux de Schwitz étaient venus attaquer de nuit (6 janvier 1314.), dans le canton de Claris, l'abbaye d'Einsiedeln avec laquelle ils étaient depuis longtemps en hostilité. Ils s'en étaient emparé, avaient pillé l'église et emmené les moines prisonniers. Le chef de la maison d'Autriche avait chargé son frère Léopold de punir cette infraction à la paix; et celui-ci, à la tête d'une forte armée de chevaliers et de piétons levés en Bavière, au nombre de huit mille hommes, arriva à Bade dans le canton d'Argovie, rallia des Zurichois qui avaient reconnu Frédéric le Beau et s'apprêta à pénétrer au centre du pays, dans cet épais fourré de montagnes et de lacs que les forêts rendaient encore moins praticable alors qu'aujourd'hui.
Les suisses des trois cantons menacés, Schwitz, Uri, Unterwalden, avaient fait la paix avec Claris et avaient fortifié de palissades, de fossés et de tours improvisés toutes les passes qui pouvaient donner entrée dans leur pays. Léopold ordonnant au comte Otto de Strasbourg de tourner Unterwalden par le col de Brunig, s'avança lui-même avec les corps principaux de ses cavaliers du lac de Zug, pour gravir le chemin raide qui coiiduit par la montagne au petit lac d'Egri, dans le canton de Schwitz. Les cavaliers de Léopold n'avaient pas encore atteint le sommet du Sattel, que des troncs d'arbres, des pierres, poussées, dit-on,
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de la hauteur de Morgarten par cinquante bannis dont on avait refusé les services roulent au milieu des cavaliers et y jettent le désordre.
Léopold veut forcer le passage, mais treize cents confédérés, armés de frondes et de hallebardes, qui occupaient le mont Satlel oîi il fallait passer, déterminés à mourir, font leur prière, s'élancent sur leurs souliers ferrés qui ne craignaient point la glace et affrontent avec leurs longues hallebardes les cavaliers de Léopold, assaillis aussi par d'autres sur leurs flancs. Le désordre est promptcment au comble dans l'armée de Léopold, les chevaux se cabrent, glissent sur la pente raide et durcie par la saison, sont précipités dans le lac ou sur les piétons qui les suivaient. Les Suisses font des ennemis tombés de leur chevaux un affreux massacre.iLe comte Otto de Strasbourg n'avait pu pénétrer par le Brunig qui était gardé. Léopold est heureux de trouver dans sa fuite un homme qui connaissait le pays, pour le ramener à Winterlhur. Ollo de Strasbourg voyant venir à lui les vainqueurs par le Brunig recula en ravageant le pays. Les cinquante bannis qui avaient contribué au gain de la bataille furent reçus en grâce par leurs concitoyens qui les avaient expulsés pour de petites querelles intérieures et la victoire de Morgarten scelle l'union et l'indépendance des trois cantons de nouveau solennellement jurés pour l'éternilé l'année suivante à Brunnen(10 décembre 1315.)
Ce ne fut pas le seul résultat de la bataille de Morgarten. Elle porta un coup sensible à la considération de la maison d'Autriche. Le roi Jean de Bohême en félicita les cantons et leur promit son appui. Louis de Bavière y trouva une nouvelle force contre Frédéric le Beau et déclara biens d'empire toutes les possessions autrichiennes dans les Quatre Cantons.
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Le contie-cou|) s'en fait sentir dans tout l'empire, surlont en Souabe où I';i)erliard de Nuremberg avait pris le parti de Frédéric le llean à la lèle de la petite noblesse.
Des combats se livrèrent alors entre les chevaliers du parti de Frédéric et les bourgeois, sous les murs de la ville d'/Esling, qui était sur le haut Neckar le centre et le lien de toutes les petites cités du pays. Encouragé par l'appel des villes, Louis de Bavière se déclare leur protecteur et s'adresse à Jean de Dolième qui venait de dompter chez lui la faction des nobles et qui tirait des mines de son royaume de grands revenus. 11 emprunte leurs piétons aux. villes souabesetàcelles du Rhin et ses chevaliers à l'électeur de Trêves, tandis que Frédéric le Beau, rassemble d'Autriche, de Hongrie et même du pays desCumans, tous les cavaliers qu'il peut. Enfin, après avoir balayé des bords du Rhin et de la Souabe les Frédériciens, Louis de Bavière s'aventure plus avant dans le midi de l'Allemagne et vi ctiercher son ennemi dans la basse Bavière sur la rive droite de Tlnn près de Miihidorf. Frédéric d'Autriche ne croyait pas avoir encore assez des trente mille chevaliers ou gens de pied, rassemblés parmi ses partisans ; il aurait voulu attendre les renforts et surtout la présence de son jeune frère Léopold, meilleur guerrier que lui malgré son échec de xMorgarten, mais attardé à ravager le pays sur les bords du Lech à quatre lieues de Miinich. Louis de Bavière après avoir passé le petit cours de l'inn et occupé le château de Dornberg se décida, sur les instances de Jean de Bohème, ù engager la bataille, le 28 septembre l'5i>'2.
Il avait, comme son adversaire, partagé son armée en quatre corps, ils se taisaient face l'un l'autre. Frédéric le Beau commandait eu personne dans sa l'oyale armure, visible à tous; son plus jeune li'ère Henri conduisait une
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autre troupe, portant les armes d'Autriche. Louis do Bavière, revêtu d'une cotte d'arme bleue h croix blanclie, laissa Jean de Bohême entamer le combat avec ses Bohémiens et ses Silésiens. Celui-ci fut reçu vigoureusement par Henri à la tête des chevaliers autrichiens et tyroliens. Il perdit dans cet engagemeiit cinq cents chevaliers et fut précipité lui-même un moment de son cheval. Vers midi, les Autrichiens avaient le dessus. Mais, alors, les piétons de Bavière, conduits selon la légende, par un certain Siegfried Schweppermann, natif de Franconie, entrèrent en ligne avec des cavaliers qui avaient laissé leurs chevaux; guidés par le chef de la troupe, ils firent si bien qu'après un combat de plusieurs heures, ils échangèrent leur position contre celle des ennemis et leur mirent au visage le soleil et le vent. Survint alors sur le tlanc des Autrichiens le burgrave Frédéric de Nuremberg, tenu en réserve par Louis de Bavière avec cinq cents cavaliers et, dit-on, portant les couleurs autrichiennes pour tromper Frédéric qui attendait le secours de son frère Léopold. Le burgrave tombant sur l'armée déjà un peu en désordre acheva sa déroute. Les Hongrois et les Cumans de l'arrière-garde autrichienne s'enfuirent. Frédéric voulut combattre encore pour l'honneur; son cheval, atteint d'une lance, tomba. Il se rendit au burgrave de Nuremberg avec son frère, qui s'était aussi bravement comporté, et resta prisonnier, laissant treize à quatorze cents Autrichiens sur le champ de bataille. Frédéric le Beau fut envoyé par le vainqueur au nord de Ralisbonne, au château de ïrausnitz. Le soir, comme les vainqueurs faisaient un assez maigre repas : « A chacun un œuf, aurait dit l'empereur Louis, au brave Schweppermann deux. » Et le mot devint proverbial dans l'Allemagne populaire, quoique ce soit peut-être une légende faite sur ce
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brave qui avait assisté précédemment à maint combat, entre autres, à Garaelodorf.
La diète de Nuremberg qui suivit (1323) parut affermir la couronne sur la tèle de Louis. Comme un empereur en plein exercice de son autorité et reconnu par les partisans de son adversaire, il ordonna la paix publique, se maria avec la fille du comte de Hollande qui lui apporta Seeland et le Ilainaut et régla les questions féodales pendantes, l'une même complètement à son avantage. Le remuant margrave de Brandebourg, Waldemar, dernier prince de la famille assacienne, prodigue et batailleur, était mort sans héritier direct. Les ducs de Silésie, de Saxe prétendaient à son héritage; Jean de Bohême l'espérait pour les services qu'il avait rendus. Louis de Bavière déclara le margraviat fief vacant et, suivant l'exemple de Henri VII, l'adjugea du consentement même de la diète à son tils Henri. La maison de Wittelsbach se transplanta ainsi du midi au nord, comme celles de Habsbourg etde Luxembourg avaient faitde l'ouest à l'est, et Louis chercha à l'afïérrair dans ces contrées en donnant sa fille en mariage à Frédéric landgrave de Thuringe et margrave de Misnie avec les villes de Zwickau et de Chemnitz: ce qui mécontenta doublement le roi de Bohème qui avait fiancé sa fille au Thuringien et reçu ces villes en gage. Elu depuis déjà neuf ans, vainqueur de son compétiteur devenu son prisonnier, le bavarois Louis croyait pouvoir tout braver. Vainement Jean de Bohême se rapprocha des princes autrichiens, en rendant à Frédéric et à Léopold leur frère Henri contre une rançon, et promit de s'entendre désormais avec la maison d'Autriche pour le choix d'un roi. Louis semblait pouvoir jouir en sécurité d'une couronne si difficilement conquise, maintenant que sa puissance contre-balançait peut-être même avec
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avantage, celle de la maison d'Autriche. Léopold d'Autriche, régent pour son frère prisonnier, retsitualt k Louis les nsignes de l'empire et signait une trêve avec lui dans l'espoirde la délivrance de Frédéric le Deau. .Mais il manquait encore à Louis une sanction, sans laquelle la fortune ne décidait rien pour l'empire et pour l'Italie à laquelle celuici ne renonçait pas celle de la papauté ; et ce fut en faisant servir la papauté à leurs desseins que ses ennemis parvinrent encore à continuer une guerre qui reprit beintût môme les proportions les plus considérables et hi tournure imprévue d'une sorte de lutte entre le sacerdoce et l'empire, comme au temps des Henri IV et des Frédéric.
^■ouTelle luUe suraaDéc du sacerdoce et de Tempire ; les franciscaias el les doojiuicaias
Bien que captive à Avignon, la papauté renonçait d'autant moins à sa domination en Italie et à ses prétentions sur l'empire que les rois deFi'ance, ses maîtres, étaient disposés à les reprendre dans l'espoir de les exploiter à leur profit. Le second pape d'Avignon, Jean XXII, successeur de Clément V, s'était gardé d'abord de se prononcer entre les deux compétiteurs au troue d'Allemagne. Il les qualiliait dédaigneusement de rois élus, reges electi,heiiyei\s.ûe conserver pendant cette sorte de vacance, le gouvernement de l'Italie où il travaillait à relever le pouvoir pontilical et même presque à pi-étendre à celui de l'Allemagne Ainsi, il avait nommé pour son vicaire en Italie le roi Robert de Naples, excommunié le chef des Gibelins, Matteo Visconti, vicaire
LDTTH SUKANNKK DU SACEROnCK liT DH L'KMPIRI': 293
impri-ial, ol poussé ses partisans centre lui. iMais, lorsque Louis lo Bavarois vainquour voulut l'evcndicpier ses droits au-delà des Alpes et envoyer un vicaire impérial avec des troupes en Lombardie, voici que Jean XXII, reprenante son conapte la guerre presque terminée des prétendants en Allemagne, déclara dans un manifeste du 8 octobre 1323, que, en cas de double élection, l'examen de la personne, ea'a7nen personne, lui appartenant, à lui revenaient de droit, également l'acceptation de l'élection [eleeiionis admissio) et l'approbation de l'élu [eJeetl approbatio). Il interdit donc à Louis, duc de Bavière, qui avait pris illégalement le titre de roi, pendant trois mois, l'exercice du pouvoir royal, jusqu'il ce qu'il fût confirmé, et lui ordonna de révoquer tous les décrets f[u"il avait rendus. C'était une attaque, non seulement à Louis le Bavarois mais aux lois de l'Empire. Louis opposa au pape, dans une protestation, l'indépendance du droit électoral f[ui ne laissait au pape que la confirmation de l'élu. Jean XXII, loin de reculer, cita Louis à comparaître à Avignon, comme s'il était chef de l'empire, dans un nouveau délai de trois mois, au bout duquel, il le menaçait de l'excommunication et de la déposition (23 mars 1224). C'était le renouvellement des anciennes scènes, on le sent néanmoins, avec moins de grandeur. Le pape, dans sa captivité d'Avignon, le Bavarois, avec les débris de la puissance des empereurs saxons et souabes, semblaient jouer une parodie.
Les menaces de Jean XXll n'eussent pas produit grand effet en Allemagne où ses prétentions excitaient généralement l'indignation ou le mépris, s'il n'avait rencontré dans le duc d'Auti'iclie, Léopold, chef de la maison pendant la captivité de son frère et plus opiniâtre que lui, et dans Jean de Bohème, ancien allié de Louis, devenu son ennemi,
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des alliés tout prêts. Louis commit la faute de ne point rendre la liberté à Fi-édéric, comme il l'avait, disait-on, prorais, en échange des insignes de l'empire et menaça le pape de la convocation d'un concile. Sûr de trouver des appuis, Jean XXII lança (11 juillet l'excommunication sur Louis le Bavarois et sur ses partisans, l'interdit sur leurs terres, convoqua à Hense une diète de princes allemands et se transporta sur les frontières de l'empire à Bar-sur- Aube pour diriger l'élection d"un nouvel empereur. Le pape avait l'intention de porter à l'empire le roi de France, Charles IV, troisième fils et successeur de Philippe le Bel. Il comptait sur la haine des Autrichiens contre Louis, sur l'amitié de Jean de Bohème, beau-frère de Charles. S'il ne trouvait point des électeurs complaisants, il pensait nommer lui-même un souverain allemand, comme il instituait un évêque. Mais le sentiment national mis en jeu ne fit qu'animer la lutte qui se compliqua par surcroît d'une querelle religieuse.
Le pape Jean XXII n'avait pas beaucoup plus de modéralion dans le gouvernement religieux que dans le gouvernement civil, à une époque oîi une grande fermentation commençait à régner sous ce rapport en Allemagne. Une querelle s'élait élevée entre les deux grands ordres mendiants, fondés du temps d'Innocent III, les dominicains et les franciscains, sur l'interprétation du vœu de pauvreté. Plus ascètes et plus mysti(iues, les franciscains considéraient comme une propriété tout ce qui dépasse les provisions nécessaires à la nourriture du jour, contrairement à l'usage des dominicains. Jean XXII, assez ami de la richesse pour lever sur la chrétienté de lourds impôts, (lu'il accumulait en vue des besoins de la papauté dans le trésor d'Avignon, désapprouvait les franciscains, à la grande
FRANCISCALNS ET DOMINICAINS "2%
satisfaction des dominicains. Rien de plus futile en apparence et cependant rien de plus grave alors; c'était une lutte pour la domination !
Depuis que les archevêques et les évèques avaient attiré à eux en Allemagne, aux dépens du bas clergé, l'administration des cures, riches surtout, pour les confier à la petite noblesse cadette et en percevoir les revenus, les dominicains et les franciscains s'étaient glissés peu à peu, les premiers dans la direction des grosses paroisses bourgeoises des villes, les seconds dans celle des corporations de métiers. On comprend quelle influence ils pouvaient y exercer. L'ordre des dominicains comptait alors en Allemagne cent quatorze monastères et ils avaient fondé dans Cologne seulement neuf écoles. Mais les franciscains, à cause de leur pauvreté même, étaient plus populaires. Les uns et les autres cultivaient les lettres, se chargeaient de l'instruction, écrivaient l'histoire du temps, surtout des villes. Albert le Grand, le maître de saint Thomas d'Aquin, avait enseigné à Ratisbonne et à Fribourg. Son élève Eckhard enseignait alors à Strasbourg et à Cologne. Les chroniques de Bâle, de Colmar, de Zurich, au midi, et, au nord, de Lubeck et de Thorn sont dues à ces deux ordres. Ils ne manquaient pas non plus d'agiter à nouveau les questions Ihéologiques les plus obscures et de se laisser entraîner dans les luttes politiques les plus ardentes. Les franciscains comptaient sur une nouvelle révélation du Saint-Esprit et se déclaraient pour Louis de Bavière. Le pape voulut alors jeter le poids de son autorité dans la mêlée. Il condamna comme hérétiques les idées émises par les franciscains sur la pauvreté du Christ etdes Apôtres. Le généralde l'ordre, Michel de Cesena releva le gant et soutint les idées de son ordre. En prenant parti, dans une autre querelle, élevée entre l'ordre teuto-;
206 LOUIS DR HWIKRF. (l31.Mai?8)
ni(|ue ot Tryniuo do P.ifjn, Jean XXII se fait encoro <](' cet ordre puissant un nouvel ennemi. Les passions politiques et les passions religieuses mêlées arrivent à leur paroxisme.
Louis le Bavarois, en diète à Ratisbonne, crut bon de se jeter dans la bagarre. Non seulement il y fil déclarer la validité de son élection et dénonça le pape comme ennemi de la paix et portant atteinte aux lois de l'empire ; mais il dénonça son orthodoxie pour avoir accusé le Christ et les Apôtres d'avoir possédé. Jean XXII, attaqué, exécute ses menaces, lance l'excommunication et l'interdit sur l'empereur et l'Allemagne entière, mai 1324. Mais le général de l'ordre, Michel de Cesena, ne se ti'înt pas pour battu. Il s'adresse auxprovincianx des franciscains en Angleterre, en France, en Davière, à la commanderie de l'oi'dre teutonique à Cohlentz, au célèbre Occam d'Angleterre, élève de don Scott, et obtient qu'ils se déclarent pour l'empereur Louis. Le secrétaire de celui-ci, Ulrich Hofmeyerd'Augsbourg, remarquable décrétiste, et Marsile de Padoue, son médecin, écrivent deux livres, à son avantage, l'un de Translatione imperii sur les Droits de l'eyvptrc et du Sacerdoce, l'autre sur la Paix; ces traités mettent les conciles au-dessus du pape, déclarent que la dignité impériale est la première sur terre, qu'elle est une iyrannis electa et que l'empereur a le droit de déposer le pape. Occam avance même qu'il peut séculariser les biens ecclésiastiques. Jamais au temps des vieilles luîtes on n'avait été si loin en théorie. Les frères de saint François s'exaltent, demandent la nouvelle révélation du Sainl-Esprit cl, obéissant comme à une espèce de mot d'ordre, empêchent presque partout en Allemagne l'exécution de l'interdit, prêchent contre le pape et entraînent même dans leur parti les Universités de Paris et de Bologne qui décla-
FH\\T.I<C.\INS ET nOMINICMNS 297
rcnl sa conduilo ill(''L;nIe et indi,i,'no. \'oil;i l'anarcliie dans l'Ei^lise Ct)mnie dans rfimpii'P. Lonis de Havièi-o encouragé, déclare, en octobre 1324, JoanXXH déposé, pour être intervenu en llalio, terre d'empire, et avoir soutenu sur la propriété du Clirist et des Apôtres des opinions contraires à celles du docteur séraphique. Nous voilà revenus aux pratiques de la guerre du sacerdoce et de l'empire, avec des rivalités de moines et des subtilités mystiques en plus.
Tout ce mouvement tourna en faveur de Louis de Bavière. Léopold d'Autriche avait eu avec le roi de Fi'ance Charles IV et le pape une entrevue où il avait promis, pour une forte somme d'argent et un subside annuel, de faire élire en Allemagne et de soutenir Charles IV. Mais cela ne fil qu'accentuer le mouvement religieux et national qui se prononça à la fois contre le pape et contre un candidat français. La majorité des électeui'S, mécontente que le pape se fût élevé au-dessus d'elle, et conduite par le chef de la commanderie teutonique, maintint ses droits à Rense. Louis le Bavarois acheva sa victoire par une habile concession. Il fit proposer de plus douces conditions à Frédéric le Beau et, quand elles eurent étéconvenues, il se transporta, mars l3-2o, en personne au château de Trausnitz. Frédéric renoncerait à la couronne pondant la vie de Louis qui garantirait à ses fils leurs biens, en cas où lui-même serait de nouveau élu. 11 promettait de travailler à faire accepter ces conditions par ses frères, qui se refusaient surtout à rendre les biens impériaux. Louis, qui avait toujours une partie de l'Allemagne conti'e lui, ne pouvait plus tirer grand'chose de ses partisans; il préféra s'arranger* avec Frédéric et même avec les princes autrichiens contre le pape qui n'abandonnait pas son idée de faire le roi de France Charles IV empereur.
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La tentative faite par le pape sur la nationalité allemande, retïervescence religieuse avaient réveillé les vieux sentiments germaniques. Les deux compétiteurs signèrent, le 5 septembre à Munich, un traité au moins extraordinaire de partage de l'empire. Selon sa teneur, ils devaient se partager la souveraineté avec tous ses honneurs, droits, gens et biens, comme s'ils étaient une seule personne et, sous le même titre, vivre et agir comme deux frères. Si l'un d'eux devait aller en Italie, il y jouirait de tout le pouvoir royal que son collègue exercerait en Allemagne. Si c'était Louis, comme il en avait l'intention, qui passait les Alpes, Léopold d'Autriche l'accompagnerait et serait nommé vicaire impérial d'Italie. Singulier traité dont l'exécution était bien difficile. Beaucoup de princes soutenaient que l'empire étaient indivisible ; le partager c'était déclarer la vacance de l'empire. Louis de Bavière et Frédéric le Beau le sentaient bien ; ils se réunissaient encore peu de temps après à Ulm, 7 janvier 1326, pour s'entendre et tâcher de gagner le pape. La mort de Léopold, le plus difficile adversaire de Louis et celle de son frère Henri, parurent l'événement le plus favorable à Louis de Bavière. Frédéric après tout avait le titre de roi pour contenter son ambition devenue moins exigeante et assez d'affaires, dans son patrimoine, pour occuper son activité (1327), si Louis de Bavière passait en Italie.
Il n'y avait plus à vaincre que l'opposition du pape qui gourraandait la faiblesse et l'inertie de Frédéric, et qui, malgré les ambassades qu'on lui dépêchait, se refusait à reconnaître décidément l'un et l'autre souverain, pour continuer à intriguer avec les électeurs et avec le roi Jean de Bohême alors en France, en faveur de Charles IV. Trompé par de vieux souvenirs et ne s'apercevant pas que