EMPIRE ET ALLEMAGNE AU XIIP SIÈCLE
loriser d'une sorte de droit divin, ils n'en demandent pas moins toujours aux papes, aux chefs de la chrétienté, cette ambitieuse couronne qui leur donne pour limites de leur empire celles mêmes de la chrétienté, et qui semble remettre entre leurs mains, avec des pouvoirs et des honneurs impériaux, pour les gouverner, la ville de Rome et toutes les provinces et cités de l'Italie et de l'Occident. Voici donc constituées en face l'une de l'autre
Les deux moitiés de Dieu, le pape et l'empereur!
Le pape couronne l'empereur, IVmpereur protège le pape ; le pape règne, mais l'empereur gouverne. Il y a deux têtes, l'une spirituelle, caput spirituale, l'autre temporelle, caput temporale, pour conduire harmonieusement le monde. Fantastique conception qui, sur un trône à double siège, met aux prises les deux moitiés divines qu'elle voulait unir. Pendant trois siècles, cette lutte avait troublé l'Europe entière, opposé les anti-papes aux papes, les anti-Césars aux Césars. Ces Césars avaient, il est vrai, défendu le pouvoir politique, civil contre la cour de Rome et empêché l'établissement d'une théocratie, mais pour menacer plus encore le monde de l'omnipotence politique impériale et ils avaient entraîné l'empire allemand et la papauté avec des flots de sang dans le même abîme.
A vrai dire, les événements les plus récents, comme les plus anciens, avaient surabondamment prouvé qu'il n'y avait pas au monde de couronne qui eijt en théorie plus de prestige et qui fût en réalité plus malaisée à saisir et surtout à porter que celle de l'Empire.
Le dernier représentant et cependant le moins dupe de cette monarchie à la fois mystique et politique, qui caractérise si bien cet âge, le célèbre empereur Frédéric II se
i LE GRAND INTERREGNE
disait Imperator et Gubernator urbis et orbis el ni Rome ni le monde ne lui appartenaient. Les papes et les barons romains ne le souffraient guère à Rome que pour son couronnement. Il s'y posait en patron, en bailli, en défenseur, comme il disait, de la Sainte Église de Rome ; mais le pape refusait fort souvent même de le reconnaître et de l'y garder. Il répétait que « le monde avait été confié à son zèle pour maintenir (c'est la prétention de tous les empereurs) la paix entre les peuples, en encourageant les bons et en réprimant les méchants par la crainte des châtiments. Mais il n'avait pas plus réalisé celte double t;lche que ses prédécesseurs ; son règne en Allemagne comme en Italie avait été ensanglanté par les plus terribles guerres; ses ambitions énormes et ses convoitises insatiables avaient fait de lui plutôt le perturbateur que le gardien de la paix européenne.
Quelles limites reconnaissait en effet cet empire? Dans la chrétienté, contestant quelquefois leurs titres aux Césars de Byzance et complotant d'arracher leur capitale à ces schismatiques, les empereurs allemands du moyen âge réclamaient l'hommage des royaumes de Danemark, de Hongrie, de Bohème, même de Pologne, et les possessions même du royaume d'Arles en France ; un roi d'Angleterre, Henri II, qui proclamait son auetoritas imperandi, — un roi d'Ecosse, s'étaient reconnus vassaux de Barberousse; le roi de France, auprès du Césarteutonique, n'était alorsqu'un TO\le\el{regulus), quoiqu'il ne se fût jamais humilié devant lui. Frédéric II avait été couronné roi à .Jérusalem comme à Aix-la Chapelle, à Arles, à iMonza, àPalerme et empereur à Rome; s'il fallait regarder comme authentique une lettre de Barberousse, en Asie, la Syrie, la Perse, l'Egypte auraient nominalement fail partie de son empire. Il aui-ait sommé les