EMPIRE ET ALLEMAGNE AU XIIP SIÈCLE S
Infidèles de sortir de ses terres. Mais en Italie, en Pologne, en Provence, les souverains teutoniques n'étaient guère obéis que là oîi ils étaient présents de leur personne, et encore... Il leur aui'ait fallu le don d'ubiquité pour faire de l'universalité de leur empire une réalité ; à considérer seulement TAllemagne où ils agissaient surtout comme rois et où ils résidaient le plus souvent, il s'en fallait que la royauté même fût une réalité.
Ces orgueilleux souverains prêtaient serment à leur avènement de maintenir les droits de l'empire, c'est-à-dire du corps germanique, ce (pii faisait que l'empire (bonne règle d'ailleurs si elle avait été bien comprise) était supérieur à l'empereur qui était soumis à ses lois. La justice était leur premier devoir en terre libre ou vassale, sur alleu ou sur lief. Partout où ce souverain est de sa personne toute justice cesse. Quand il n'est pas là, il délègue son pouvoir aux princes; mais on peut en appeler à lui. S'il est présent, il compose le tribunal de ses échevins et il est chargé de l'exécution du jugement. Mais, la pratique générale de la guerre privée en Allemagne empêche le cours de la Justice. Chacun se retranche armé sur son territoire, dans son château, derrière les murailles de sa cité. Il faut exécuter à main armée même une sentence impériale ; car il n'y a pas de constitution écrite, générale, reconnue. Dans cet état perpétuel de guerre, il y a bien des constitutions particulières, régionales, pour la paix, mais elles ne suppriment pas, elles règlent la guerre— et encore? Ainsi, les hostilités ne commenceront que trente jours après dénonciation et on leur impose certaines restrictions; mais les tribunaux, juges de ces infractions, sont impuissants. Ces institutions de paix peuvent se tourner même contre l'empereur, s'il n'est pas assez fort pour imposer sa volonté.
6 LE GRAND INTERREGNE
Le roi ou l'empereur en Allemagne, puisqu'on lui donnait ces deux désignations, avait aussi le pouvoir administratif' suprême. Il distribuait les privilèges, les immunités, les droits; il les confirmait, il donnait l'investiture de tout fief et fonction. Il avait sa cour de grands officiers, son grand chancelier d'Allemagne, l'archevêque de Mayence ; son grand chancelier d'Italie, l'archevêque de Cologne; son grand chancelierdeBourgogneetde Gaule, l'archevêque de Trêves; son maréchal de l'empire, duc de Saxe; sonchambellan [camerarius), margrave de Brandebourg ; son échanson (pincema)^ le roi de Bohême; son écuyer(f/a/>(/è'r), le comte palatin du Bliin grandofficierdejustice. Mais comment l'empereur tiendraitil ces officiers toujours réunis auprès de lui? Il n'a pas de capitale. Il n'est pas sédentaire, toujours errantde châteaux en châteaux où il se fait héberger; on le trouve sans cesse à cheval, à la différence des rois capétiens de ce temps, sédentaires et assis. Aussi la chancellerie est-elle en désordre, dispersée, mal tenue; le gouvernement en réalité n'est pas organisé, et, par Ih, les pouvoirs qu'il peut conférer à des officiers inférieurs de province, à ses baillis, ne sont ni définis ni respectés. Mais les diètes ! les réunions des princes! dont on entend si souvent parler dans l'histoire de l'Allemagne? Elles ne sont non plus déterminées ni pour le temps, ni pour le lieu, ni pour les personnes. Selon le besoin, l'empereur convoque sa diète oi!i il veut; il cherche à y juger des faits particuliers, à réconcilier des princes, à y discuter, régler des alTaires d'église, surtout à y préparer une expédition en Italie, en France, en Hongrie, en Bohème, en pays Slaves ou en Terre Sainte; et, la diète séparée, trop souvent ses résolutions ne sont point exécutées.
Que dire du domaine, des revenus, des finances royales et impériales surtout à la veille du grand interrègne ? Le