LOUIS EN ITALIE
tout était bien changé, Louis crut ne pouvoir venir à bout de l'opposition de Jean XXII et s'affermir en Allemagne qu'en battant le pape en Italie et en y prenant, coûte que coûte, la couronne. S'il revenait empereur reconnu ou proclamé, que serait auprès de lui Frédéric le Beau? moins qu'une doublure, une ombre.
Expédition de Louis de Bavière en Italie. — Parodie des anciens jours à Rome. — Un anti-pape
L'Allemagne prit peu de part à cette expédition des anciens jours. La plupart des princes allemands, mieux éclairés sur leurs intérêts, refusèrent le service ordinaire que leurs prédécesseurs offraient autrefois si volontiers, alléguant qu'il ne pouvait y avoir couronnement puisque le consentement et la présence du pape manquaient. Qu'importait à l'Allemagne cette dignité impériale si disputée au dessus de sa tète? Mais les Gibelins d'Italie, les Visconti à Milan, un entrepreneur de tyranie, Caslruccio Castracani, maître de Lucques et de Pistoie, l'appelaient contre Robert de Naples et contre Florence soudoyées par l'argent du pape. Louis de Bavière, après avoir tenu à Nuremberg une diète peu fréquentée par les princes, mais, comptant sur.le prestige impérial, sur une escorte de deux cents chevaliers et quelque argent qu'il portait avec lui, convoqua ses partisans à Trente et se trouva au commencement de janvier 1327 dans cette ville. Il y avait un plus grand nombre de princes et de députés des villes qu'il ne l'avait cru. C'étaient, outre les Visconti et les députés des villes gibe-
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linos, quelqiips-iins des seigneurs ou tyrans du nord de rilalie, Cane le Grand délia Scala, maître de Vérone, et le margrave Obizo d'Esté de Ferrare. Ils avaient tenu tète aux légats du pape dans la Lombardie, comme Castruccio Castracani, dictateur de Lucques, à Robert de Naples et à son fils Cbarles de Calabrc qui secouraient la guelfe Florence. Louis de Bavière hésitait encore à laisser l'Allemagne derrière lui et à s'engager dans la péninsule. Mais les instances et les promesses des seigneurs et des envoyés des villes présentes et surtout l'enthousiasme de quelques clercs et de Marsile de Padoue, l'auteur du Défensor pacis, qui exerça sur lui la même influence que Dante sur Henri Vil, le décidèrent à demander des secours en Allemagne et à agir. Reçu en triomphe à Bergame, il se dirigea sur Corne pour y attendre quelque temps les secours allemands que sa femme Marguarita(de Hollande) devait lui amener. Le pape Jean XXII, à cette nouvelle, lança contre lui une bulle qui le déclarait déchu de toutes ses propriétés, même de la Bavière, comme usurpateur de l'empire et fauteur d'hérésie, et il lui ordonna de quitter l'Italie. IMais les partisans de Louis à Rome l'appelaient. Celui-ci se remit donc en n)arche, avec les secours que sa femme lui avait amenés dès le mois de mai, pour Milan.
Reçu sous un baldaquin, il descendit au palais de la commune, le 31 mai, fut couronné solennellement roi d'Italie dans l'église, ainsi que sa femme, par des évêqnes excommuniés, il est vrai; et il reçut le serment de fidélité de C.aleas Visconti, confirmé lieutenant impérial en Lombardie, ainsi que celui de Cane le Grand et du marquis d'Fste, qui lui amenaient douze cents cavaliers. Marco Visconti, il est vrai, fit saisir Galcas et ses autres frères, les envoya sous la garde d'un chevallier allemand à Monza