LOUIS EN ITALIE
et confia le gOLivernement de Milan déclai'é république et le vicariat de Lonibardic, à un sien serviteur, Guillaume de Montfort. Néanmoins, tout en envoyant encore une ambassade à Avij^'iion ijour tàcliei' de i^agner le pape, Louis nomme lui-même des évèciues à Crémone et à Côme, d'après les principes professés par Marsile de Padoue, se dirige sur les Apennins et arrive, au sol de Pontremoli dans les Apennins. Caslruccio Castracani, le pi'écurseur des condottieri du siècle suivant, vient l'y prendi'e. La gibeline Pise, blo(iuée, ouvre ses portes (Il oclobre) mais paye soixante mille écus d'oi' pour ne pas voii' Casti'uccio dans ses murs, Louis dédommage celui-ci ((ui était son plus dévoué serviteur et son seul conseiller {solo sua consiglio, en érigeant les territoires de Lucques, Pistoie, Volterra, et autres, en duché, pour lui et arrive à Home le 17 janvier 13"J8 '.
La ville de liome, toujours livrée aux factions des Orsini et des Colonnan n'était pas alorsdans des dispnsilions favorables au pape, non plus qu'aux Napolitains que le roi PiObert y avait envoyés. Jean XXll avait encore récemment refusé de quitter Avignon pour retourner dans la capitale de la chrélienté. Le chef de la maison et de la faction des Colonna souleva le peuple, chassa les Orsini et les Napolitains, s'empara du château Saint-Ange, mit Rome en llépublii|ue avec des tribuns, en s'en faisant lui-même capitaine, et l'eçut d'abord Caslruccio Castracani dans Rome. Eii leur qualité d'Italiens qui savent au besoin s'entendre, Castruccio et Colonna préparèrent l'entrée solennelle de Louis. Elle eut lieu le 10 janvier. Reçu avec les cris de Vive le roi des Romains qui ne manciuaient jamais chez un peuple qui
1 f^oiî" BeiU-uge Zur Gescliiclilc Ludovigs des Bayerii,de 1327 à 1329. OoUia, 1887.
aime du nouveau, Louis fut couronné le 17. La cérémonie fut originale. Parti avecia reine, du palais de Saint-Marc Major, au milieu des corporations de Rome portant bannières déployées, il entra dans Saint-Pierre. Après avoir été oint par les évoques excommuniés de Venise et d'Arles, il reçut la couronne des mains des quatre syndics de Rome, parmi lesquels Sciarra Colonna joua le principal rôle, en présence de CastruccioCastracani. C'est ce qu'un chroniqueur appelle ritu antiquo. Môme à Rome en ce moment cela parut au moins bizarre. Les Romains appelaient souvent le nouvel empereur le damné bavarois ; les Allemands présents secouaient la tête d'un air sceptique. Mais le docteur Marsile de Padoue et ses adhérents, quelques franciscains présents y voyaient avec joie la confirmation de leurs nouvelles théories. Ce que le peuple romain avait autrefois proposé à Frédéric Barberousse qui l'avait refusé, s'accomplissait en faveur de Louis de Bavière ; dans sa souveraineté, le peuple faisait un empereur par des mains laïcs. Mais il y avait dans la cérémonie un certain mélange de mysticité. La cérémonie ne s'était pas passée au Capitole, comme les Romains, au temps d'Arnaud de Brescia l'avaient voulu. Il y avait eu onction à Saint-Pierre. Le pape Jean XXII, exaspéré, en vint aux derniers moyens et lit prêcher une croisade en Italie contre l'impie, 28 janvier. Hors de Rome, en Italie, on n'était point dupe de cette parodie. Pour imiter jusqu'au bout ses anciens prêdécesreurs, Louis de Bavière aurait voulu avec son allié le roi de Sicile pousser jusqu'à Naples contre les Angevins. Mais son allié ne bougeait. Lui-même, ne se sentant pas plus puissant, restait inaclif dans Rome où le clergé orthodoxe commençait à remuer et où le peuple faisait déjà de lui un objet de lazzis, Marsile de Padoue, dont Louis avait fait son vicaire dans
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les choses spirituelles {in splritualihus), et ses adhérents hérétiques et schismatiques, qui comptaient un certain nombre d'évêques italiens et allemands, poussèrent leur empereur à faire un nouveau pas. A rimilation de ce qui avait été fait aux temps des Otton et des Barberousse ils voulurent lui faire déposer Jean XXII et créer un nouveau pape qui résiderait à Rome, pour que la célèbre cité redevint la capitale de la chrétienté. N'était-ce pas un moyen de ramener les Romains? Louis de Bavière hésitait ; mais sans être tout à fait l'instrumentd'une faction mystique, il se laissait volontiers pousser par son entourage. Il invoqua celte loi de l'empire qui « faisait tomber tout coupable d'hérésie et de haute trahison sous le jugement d'un juge compétent »; et, le 18 mars, couronne en tète, poussé peut-être par la nécessité, plus que par sa propre volonté, necespiitate rnaglsquam voluntate compulsus, sur la place Saint- Pierre, il rassembla le peuple romain, ses chevaliers allemands et ses adhérents. Un moine augustin, Nicola de Fabriano, lut l'acte d'accusation contre le nommé Jacob de Cahors, coupable d'hérésie et de lèse-majesté et, l'empereur bavarois prononça sa déposition. Quelque temps après, une commission de clercs, nommée au nom du peuple romain par le fils de Sciarra Colonna et Marsile, selon la coutume des anciens temps, rappelée dans les théories monarchiques des nouveaux réformateurs, désigna, 2 mai, en lui imposant la résidence absolue de Rome, un frère mineur de Corvara, créature humble, selon les uns, débauché, selon les autres. Le frère augustin Nicola prêcha sur ce texte : « un ange du Seigneur est venu pour nous délivrer des mains d'Hérode »; l'évêque de Castello demanda au peuple romain s'il voulait de Pierre de Corvara pour pape et, sur ses acclamations affirmatives, l'empereur, de son siège, le pro-
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clama pape sous le nom de Nicolas V, qui n'a pas pris place dans la série pontificale. Quelques jours après, il parcourut triomphalement, avec son pape et Imit cardinaux nommés par lui, les rues de Rome. Tous deux pénétrèrent alors dans Saint-Pierre. Nicolas V y fut consacré par 1 evèque de Castello, devenu cardinal d"Oslie, et consacra de nouveau Louis le Bavarois empereur, pour donner une nouvelle consécration mystique à son premier couronnement.
Cette nouvelle comédie ne fit pas plus de dupes que la première; l'empereuren renouvelant les vieilles donations au Saint-Siège et Nicolas V en y nommant des administrateurs, ne le firent pas prendre plus au sérieux. Louis n'avait pas d'argent pour entretenir ou augmenter ses troupes qui s'éclaircissaient. 11 essaya de s'en procurer en en levant sur les villes voisines de Rome et sur les Romains eux-mêmes. Mais ceux-ci, prêts à jouir de toutes les représentationsd'autrefois qu'on voulait bien leur donner, n'entendaient pas les payer. Des querelles commençaient à éclater entre Allemands et Romains. Le roi Robert de Naples faisait par ses partisans couper les vivres à Rome. Des spectacles gratis soit; mais du pain aussi? Les partisans de Jean XXII s'enhardirent. L'un d'eux, de la famille des Colonna, neveu de Sciarra, Jac(|ues, pénétra sans obstacle dans Rome et, sur la place de San-Marcello, lut le manifeste du pape d'Avignon, qui déclarait Louis, comme hérétique, schismatique, usurpateur, déchu de la couronne d'Allemagne, de tousses biens, convoquait les électeurs allemands à élire un autre candidat à sa place, et excommuniait tous ceux ([ui avaient participé aux récentes saturnales romaines et spécialement l'intrus Nicolas. 11 afficha ce manifeste sur la porte de San-Marcello et sortit de Rome sans en être empêché. Autres symptômes fâcheux! Celui qui avait fait la fortune