LES VILLES
du roi de Bohême ; et Louis, trompé par tous, méprisé des grands et des petits, retourna à la chimère de sa réconciliation avec la cour d'Avij,'non.
L'avènement d'un nouveau pape Benoist XII, plus accommodant, lui donnait quelque espoir. Il envoya à Avignon une troisième ambassade et ne refusa plus rien : il reniait tout ce qu'il avait soutenu, abandonnait tous ses partisans, conférait au pape le vicariat de l'Italie et déposait à ses pieds la couronne qu'il reconnaissait ne vouloir devoir qu'à lui. Pressé par les ambassadeurs allemands, Benoist XII leur répondit en pleurant que le roi Philippe VI l'avait menacé de le traiter plus rudement que n'avait été Boniface VIII, s'il réconciliait l'empereur avec l'Église. La France était derrière la papauté. Philippe VI de Valois, qui avait en France une cour de rois, espérait ramasser cette couronne mise aux pieds d'un pape devenu son prisonnier.
Louis de Bavière se retourna d'un autre côté. L'avènement au trône de France de Philippe VI de Valois, en vertu de la loi salique, avait, en frustrant de ses espérances le roi d'Angleterre, Edouard III, déchaîné encore en 1335 entre ces deux puissances rivales cette longue guerre, plusieurs fois interrompue, qu'on a appelé dans l'histoire des deux pays la guerre de Cent ans. Cette lutte ne pouvait laisser indifterent le chef de l'empire allemand qui comptait des vassaux et des villes impériales dans les Flandres. Les villes du Nord de l'Allemagne d'ailleurs, Cologne, Lubeck et autres, étaient en rapports fréquents d'intimité et de commerce avec l'Angleterre. Le roi Edouard 111 promit à Louis de le réconcilier avec le Saint-Siège, et le décida à faire alliance avec lui. Dans une guerre entre l'Angleterre et la France l'intérêt de
l'empire était de se metlre avec la première qui d'ailleurs pouvait beaucoup mieux payer.
Par un traité signé en juillet 1337, l'empereur, ne rougissant pas de jouer le l'ûle de stipendié, promit contre un subside de 300,000 écus d"or d'entrer en guerre avec vingt mille bommes. Suivant l'exemple du maître, plus d'un prince de l'empire, les Autrichiens, l'électeur de Cologne en firent autant. L'alliance anglaise et l'argent anglais devinrent encore plus populaires en Allemagne. Les électeurs ecclésiastiques surtout voyaient leur influence diminuée par l'opposition pontificale. Les villes allemandes, toujours agitées par les franciscains, étaient plus indisposées encore contre le Saint-Siège. En mars 1338, un grand nombre d'évèques allemands se rassemblèrent à Spire et adressèrent au pape un manifeste dans lequel, se plaignant amèrement de la durée de la lutte, ils en demandaient.la prompte terminaison. La guerre desécritsavait continué au milieu de toutes ces tergiversations politiques. Le dominicain espagnol, Pelage, avait composé pour le pape son\i\rcàGS Plaintes de l' Ég Use ; un franciscain au contraire avait dénoncé les illégalités des excommunications de Jean XXII, et un chanoine allemand Léopold Babenberg dans son livre de Jure rcgnl et iniperii^ avait tenté de délimilar les droits de Rome et ceux de l'empire en faisant appel à l'iiistoire. Toute l'Allemagne prenait part à cette querelle qui touchait au fond même de ses droits. Sous la pression de l'opinion générale, les électeurs réunis en diète à Rense, le roi de Bohême excepté (16 juillet 1338), pour porter remède à ce mal trop longtemps souffert déjà, accomplirent, l'empereur présent, un acte de.sliné
1 Lorcnz, Gesc'tiichts Ticllon H, p. 303-
DÉCLARATION n'INDHPENDANGR CONTRE LE PAPE 315
à devenir une loi de l'Allemagne. Tous les électeurs présents, les trois ecclésiastiques, le marpîrave de Brandebourg, le comte palatin, le duc de Saxe étaient décidés à défendre dans leurs personnes les droits de rAllcmagno, à enlever à la papauté le pouvoirde susciter et d'entretenir ainsi chez eux l'anarchie au profit d'une ambition étrangère. L'archevêque de Mayence s'etîor(;a en vain de calmer l'assemblée; comme frère (lu roi de Bohème, il n'obtint que des termes au moins modérés dans la résolution qui fut prise.
Après que l'empereur Louis eût récité à haute voix et confessé \e pater et le credo en preuve de son orthodoxie, ils déclarèrent (jue « l'empire ne relevant que de Dieu seul, celui qui avait été élu à l'unanimité ou à la majorité par les électeurs, pouvait prendre le titre de roi et exercer tous les droits de sa souveraineté sans avoir besoin du consentement et de la contirmation du pape ' ». L'assemblée de Francfort qui suivit de près, et oi!i parurent un plusgrand nombre de princes et même pour la première fois des députés des villes, alla plus loin. Elle déchira contraire au droit la conduite de la curie romaine dans l'affaire deLouis de Bavière, ses excommunications nulles et non avenues, et décida que ce n'était pas seulement le titre de roi mais celui d'empereur que conférait l'unanimité des électeurs ; et Louis de Bavière dans la maison de l'ordre teutoniqueàSachshausen renouvela solennellement celle importante déclaration. Rodolphe de Habsbourg avait fait le premier pas, après le grand interrègne, pour détacher l'empire de Rome; les élec-
1 Declaramus qxiod imperaloris dignilas et poteslas est immédiate a Deo solo et quod de jure et imperii consueludine postquam, aliqxiis eligititr in imperalorem sive regem elecloribus imperii concorder vel majori parle eorumdem, slalim ex sola electione est rex verax et imperator romanus nominandas, nec papse, aut alicujus aUerius apprnbalione indigci vel comensii.
teurs, les princes et les villes firent le second aux diètes de Rense et de Francfort. La polémique et les prédications des franciscains, l'opinion pratique des villes allemandes n'avalent pas été étrangères à cette transformation constitutionnelle. Au Saint'Empire romain germanique du moyen âge, se substituait l'idée plus politique, plus nationale, plus laïque de l'empire allemand. Ce n'était plus là cette grande dignité chrétienne, européenne, qu'avaient voulu fonder les Ottons et les Frédérics. Le moyen âge allemand dispa^ raissait.
L'empereur Louis, relevé au.x. yeux de l'Allemagne par cet acte important, n'en crut pas moins pouvoir s'élever à la hauteur d'un rôle européen, à la lin de cette année 133S, quand son allié le roi d'Angleterre Edouard III vint assister à la diète de Coblentz. Il y avait bien là, disent les contemporains, mille sept cents chevaliers. On pouvait se croire revenu autemps de Frédéric Barberousse. Louis de Bavière, couronne en tête, sur un trône au piedduquel était assis le roi d'Angleterre, se lit juge de la querelle de compétition royale entre Philippe ^'I et Edouard III, et se prononça en faveur du second. Il déclara Philippe de Valois usurpateur et ennemi de l'empire, pour avoir pris la ville impériale de Cambrai et nomma le roi Edouard III vicaire impérial sur la rive gauche du Rhin et dans les Pays-Bas, pour y rassembler des troupes et faire la guerre à son adversaire. En voyant un rni même à ses pieds, en prononçant la condamnation d'un autre, en s'élevant au-dessus du pape, Louis put croire l'empire revenu à ses anciens jours de gloire. La fortune, après l'avoir tant persécuté, semblait vouloir le combler dans ses derniers jours ; Jean de Bohême lui-même venait lui prêter hommage pour toutes ses possessions. Ce n'était là cependant encore qu'une parodie.