‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 59 sur 91 · DÉCLARATION D'INDÉPENDANCE CONTRE LE PAPE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION D'INDÉPENDANCE CONTRE LE PAPE

La nonchalance ordinaire de Louis de Bavière rendit l'allianc(i anglo-allemande absolument stérile. Quand la ville impériale de Cambrai ferma ses portes à son allié Edouard III, il se contenta de la mettre au ban de l'empire. Une victoire navale remportée par l'anglais sur une flotte française, ne l'encouragea pas davantage. Le roi anglais conclut une trêve, sans l'assentiment impérial, avec Philippe VI. Le roi de Dohême intervint alors, selon sa coutume, pour amener la paix entre le roi de France et l'empereur d'Allemagne ; et Louis de Bavière, retirant le titre de vicaire impérial à Edouard, conclut amitié avec Philippe VI en lui confirmant encore une fois tous les territoires contestés entre l'Allemagne et la France, sur la promesse que celui-ci le réconcilierait avec l'Église.

La fortune semblait travailler pour Louis de Bavière; mais il se faisait défaut à lui-même. Le duc de la Basse- Bavière, Henri II, qui s'étaittrouvé souvent en rivalitéavec lui, étant mort (1341) et son fils, peu de temps après lui, cette ligne de la maison bavaroise de Wittelsbach était éteinte. Les Etats du pays choisirent pour duc celui qui était le seul héritier et le chef de la maison de Bavière, l'empereur Louis luimême, à la condition que toute la Bavière ne formerait plus qu'une province, un pays (Land). L'empereur accepta; c'était pour lui un légitime et considérable accroissement de puissance. Peu de temps après» dans la même année, s'otïVit l'occasion d'une autre acquisition aussi considérable. Jean-Henri, fils de Jean de Bohême, époux de l'héritière du Tyrol, Marguerite de Maultach, vivait en mauvais accord avec sa femme et avec ses sujets du Tyrol ; las de ses exactions et de l'introduction des étrangers à sa suite, les Tyroliens poussèrent Marguerite à divorcer et à chercher un protecteur, en se mariant

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avec le fils aîné de Louis de Bavière, nommé également Louis, margrave de Brandebourg. L'expulsion de Jean- Henri eut lieu, ainsi que le mariage de Marguerite avec le margrave, bien que le divorce n'eût pas été prononcé par l'autorité ecclésiastique.

Cet accroissement considérable de puissance de la maison de Bavière avait d'autant plus éveillé les susceptibilités des électeurs et des princes, que Louis cherchait à rendre la couronne impériale héréditaire dans sa maison pour son aîné de Brandebourg et manifestait l'intention de reconstituer le duché de Souabe en faveur de son second du nom d'Élienne. Le Bavarois chercha à trouver un appui dans les villes. De L340 à 1343 on le voit à Donauwerth, à Biberach, et dans la plupart des villes souabes, pousser à l'avènement des corporations de métiers aux dépens du patricial. En 13-40, à Nuremberg, il proclame et organise avec un tribunal la paix du pays (Landfriede); il cherche à unir, pour la faire respecter, les seigneurs laïcs, ecclésiastiques, les cvêques de Bamberg, de Wurizbourg, l'abbé de Fulde, le burgrave de Nuremberg et les villes d'Eiclis[;edt et de Nuremberg, en une commission ou tribunal de justice siégeant dans cette dernière ville, et dont il nomme président son fils Etienne. Mais l'idée fixe de se réconcilier avec le Saint-Siège, vient encore tout compromettre pour Louis.

A la mort de Benoît Xll, le Bavarois renouait les négociations avec le nouveau pape. 11 s'adressait mal. Clément VI, ancien archevêque de Rouen, était dévoué à Philippe de Valois et à la maison de Luxembourg; il avait été le précepteur de ce Charles, maintenant régent de Bohême depuis que Jean, devenu aveugle, était resté en France. Louis de Bavière pouvait deviner les intentions du nouveau pape à la nomination qu"il faisait d'un nouveau légat en Italie et

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à linvitation secrète qu'il adressait à rarclievêque de Mayence, Ceaiidoin, de se pourvoir d'un candidat à l'empire. La réponse de Clément VI aux propositions nouvelles de Louis ne lui permit pas de s'y méprendre. Le Bavarois offrait de déposer son litre d'empereur pour garder seulement celui de roi des Romains. Plus exigeant encore que ses prédécesseurs, Clément VI ne demandait pas seulement en - outre que Louis renonçât à la domination de l'Italie; il prétendait qu'il s'interdît de faire toute loi dans l'empire sans la permission du Saint-Siège, qu'il retirât celles qu'il avait portées jusque-là, révoquât les évêques qu'il avait nommés, enfin qu'il déliât tous les princes allemands du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté ; c'était se mettre à la discrétion du pape. Ces nouvelles exigences, comme le remarcjue un chroniciueur du temps, n'atteignaient pas seulement la personne de l'empereur mais la constitution de l'empire, non tangebant personam ejussed statinn imperii. L'eff'et en fut prompt. A la diète de septembre 1344, convoquée par Louis de Davière, les princes ou leurs délégués déclarèrent que ces conditions seraient la perte et l'anéantissement de l'empire; les délégués des villes ajoutèrent qu'elles ne pouvaient exister qu'avec l'empire et que l'atteinte portée à l'empire serait leur ruine : Cum cicitates non possint stare nlsi cum imperio et imperii lœsio earutn sit destructio. liéunis à Rense à la suite, les électeurs déclarèrent que l'empereur ne devait satisfaclion au pape que pour ses fautes personnelles. Mais, toutes ces déclarations étaient plutôt contre le pape que pour l'empereur. Louis s'y méprit et crut le moment propre pour poser la candidature de son lils Louis de Brandebourg à l'empire; mais il put comprendre que les électeurs cliercliaient déjà un autre empereur pour en Unir avec la famille de Bavière.

Charles IV de Luxembourg, roi de Bohême et emperexir

Né en J3I6, le fils de Jean de Bohême, petit-fils de l'empereur Henri VII de Luxembourg, nommé d'abord Venceslas, tenait beaucoup plus, pour les qualités physiques et morales, de sa mère Elisabeth, fille de Venceslas II qui était slave, que du célèbre chevalier allemand son père. Il était de petite taille, avait le dos un peu voûté, le cou et la lète inclinés en avant ; les pommettes saillantes, les paupières épaisses qu'on remarquait sous la chevelure noire qui encadrait sa large figure, décelaient suffisamment sa race. Né à Prague en 1316, et victime quelquefois des démêlés de son père et de sa mère qui lui rendirent ses premières années difficiles et lui tirent un caractère sérieux, sinon triste, il avait été envoyé par son père à Tàge de sept ans à la cour de France si aimée de sa famille. Là, il avait changé son nom de Venceslas en celui de Charles, quand il avait été fiancé tout jeune encore à la princesse Blanche, fille de Charles de ^'alois, frère de Philippe le Bel. L'abbé de Fécamp, Pierre de Rosiers, habile théologien et éloquent prédicateur, eut une grande influence sur son éducation. Il apprit, grâce à lui, parfaitement le latin et le français et tint de lui une dévotion toute pratique qui l'éloignait des novateurs mystiques pour l'attacher à lorlhodoxie, même représentée par le pape Jean XXII. Rappelé à l'âge de quinze ans avec sa jeune femme, en 1330, dans le Luxembourg, et excitant déjà la jalousie de son père pour s'être rapproché des Habsbourg et avoir tenté de rapprocher d"cux celui ci, il fut envoyé par son père faire son appren^

tissage politique et guerrier, comme vicaire impérial, en Italie. Lui-même nous a dit ce qu'il y avait appris. Quand il revint en Allemagne, ce n'était pas seulemimt un savant qui, outre quatre langues, parlait mieux le latin que le chancelier de Bohème, Jean de Neumarck, et qui rapportait des Universités de Paris et de Bologne des connaissances théologiques et juridiques dont il faisait volontiers parade ; mais c'était presque déjà un politique et un homme d'État. Il avait les dehors bourgeois, l'esprit d'économie qui avait fait complètement défaut à son père, et, plus développé encore, l'esprit de ruse qui n'avait pas tout à fait manqué à celui-ci. Il ne regardait jamais en face les personnes qui lui parlaient, et paraissait toujours distrait ; ses réponses cependant étaient justes, brèves, quand il le fallait, cares^ santés, mais pas toujours sincères.

Ce fils de Jean de Bohême, Charles, depuis que son père était en France, s'acquittait à merveille de ses nouveaux devoirs ; par une excellente gestion de ses finances, il rachetait les châteaux aliénés par la prodigalité de son père, et trouvait moyen de construire le château royal de Hradshin et la cathédrale, à Prague. Son père Jean était venu encore une fois en Bohême, pourguerroyer les païens de Lithuanie avec lesquels il avait un compte à régler. Il espérait entraîner avec lui le roi de Pologne et d'autres. Mais l'expédition n'avait pas été fort heureuse. Le mi de Pologne, le duc de Lusace leur avaient tendu des pièges. Peut-être Louis de Bavière avait-il, pour nuire à son adversaire, tenté de jeter contre les Bohémiens le margrave de Brandebourg et le roi de Hongrie. Il n'en fallait pas davantage, dans le discrédit du Bavarois, pour ramener la maison de Luxembourg au but déjà ancien de ses désirs. Charles fit une trêve avec le roi de Pologne. Louis craintif essaya de se rapprocher de Charles

322 CHARLE.S lY DE LUXEMBOURG (1347-1378)

LMi lui offi'iint de Iroquer le Tyrol toujours en litige contre la Haute-Lusace pour son frère Jean, Charles de Rohêrae refusa et partit avec son père, d"abord pour Trêves, où il fjagna l'archevêque son oncle en lui promettant 6,000 marcs d'argent, sur garantie, pour les frais d'élection, puis pour Avignon, où se prépara une comédie qui ne ressemblait pas à celle que Louis de Bavière y avait jouée lui-même.

Élection de Charles IV (13 47)

Jean de Cohènie et son tils Charles étaient dans les meilleurs termes avec lacourd'Avignon. Des négociations avec la cour de Philippe VI étaient d'abord nécessaires; car celui-ci pouvait avoir cette ambition pour lui ou pour les siens. Pour écarter la France et riiinei- Louis de Bavière, il fallait réconcilier l'empire avec lapapautéetfaireà ceile-ci les concessions nécessaires. On s'entendit. Une pouvaitêlre question de l'empire pour le vieux et aveugle Jean de Bohème. Dans un consistoii'edu 22 avril 1316, Charles promit, s'il devenait empereur, de confirmer en Italie les anciennes donations au Saint- Siège, de renoncer à Naples, à la Sicile, à la Corse, à Ferrare, de n'entreprendre le voyage du couronnement à Rome qu'avec le consentement du pape, de neresterqu'un jour dans la capitale de la chrétienté et de renoncer à s'immiscer dans les affaires italiennes, à moins que le pape ne l'y autorisût. Pour l'Allemagne et la France, Charles promettait de retirer toutes les lois faites par Louis de Bavière et de prendre pour arbitre le pape dans toutes les querelles de l'Allemagne avec le roi Philippe. Ces concessions ne promettaient peut-

être pas un empereur plus résolu que Louis de Bavière. Le pape n'en mît que plus tout en œuvre pour le faire réussir. Pour avoir la voix de Mayence, il cassa l'élection d'Henri de Birnebourg qu'il traita d'intrus et nomma à sa place Gerlach de Nassau pour que celui-ci convofiuât la diète électorale à Rense. Alors, dans un consistoire solennel, il lança de nouveau la grande excommunication contre Louis de Bavière, le déclara déchu de l'empire, invita les électeurs à choisir un nouveau souverain et ordonna à Beaudoin de Trêves de faire tous les préparatifs pour le couronnement à Aix-la-Chapelle.

Jean de Bohême et son fils quittèrent alors Avignon et, pour se rendre à Trêves, auprès de l'archevêque Beaudoin, passèrent par la France. L'occasion était bonne. Le roi Philippe VI de Valois était fortement menacé par Edouard lll et par les Anglais. Appuyés par le pape, Jean et Charles promii'ent à Philippe de lui amener des secours contre les Anglais. Ils arrivèrentainsi àTrèves auprêsde l'archevêque Beaudoin et de celui de Mayence. Le duc de Saxe-Wittenberg, Rodolphe I<=% était déjà arrivé. On le gagna par la promesse d'une partie du margraviat de Brandebourg. Restait à gagner l'électeur de Cologne. Il ôlait fort endetté. Charles de Bohême et son oncle Beaudoin lui promirent 30,000 tlorins d'or de Florence, pour payer toutes ses dettes avec le droit de douane sur le Rhin et bien d'autres privilèges. Jean de Boliême alla lui-même à Cologne conclure le marché ^ On ne pouvait naturellement compter surlesvoix des Wittelsbach de Bavière etde Brandebourg. Aujour convenu, à Rense, dès le matin sous les ombres épaisses des noyers séculaires de Konigstuhl, les cinq électeurs étaient

1 Voir Werimski, Ilist. de Charles IV en AIL, I, p. 422-'23.

3!24 CHARLES lY DE LUXEMBOURG (1347-1378)

réunis avec leurs suites de chevaliers. Après avoir déclaré la vacance de l'empire, ils proclamèrent (11 juillet 1346) Charles, margrave de Moravie et régent de Bohème, roi des Romains et futur empereur, et firent part immédiatement par lettres au pape ainsi qu'aux princes et aux villes de l'Allemagne de l'événement.

Celte élection nétait pas fort régulière. Tous les électeurs n'y étaient point présents. Gerlach de Nassau, à Mayence, avait un compétiteur dans Henri de Birnebourg et Rodolphe de Saxe-Wirtemberg un autre dans le chef de l'autre ligne saxonne. Entin, d'après la coutume, si l'élection se préparait à Rense, elle devait s'accomplir à Francfort. Contre ces irrégularités, les cinq électeurs de Charles s'autorisaient de l'approbation du pontife et de la déposition par lui du Bavarois. Le couronnement de Charles ne fut pas moins irrégulier. 11 entraîna d'abord son père et ses chevaliers à travers la province de Luxembourg vers Aix-la-Chapelle ; les bourgeois mécontents de l'élection fermèrent leurs portes, sousprétexte que le délai légal de quarante-troisjours pour le couronnement n'était pas observé. Ils effrayèrent les chevaliers en armant leurs murs d'engins à explosion par la poudre dont l'emploi apparaît là peut-être pour la première fois. Louis de Bavière et l'évêque élu de Mayence restaient d'accord, contre ce roi des prêtres, et laissaient le pape fulminer. Les villes du Rhin et du midi leur étaient lidèles. Vivant dans la paix et l'abondance, elles ne craignaient rien, et, dans une diète tenue h Spire, leurs députés déclaraient ne point reconnaître Charles. Le roi de Bohême, Jean, père du nouvel élu, avait d'autres soucis. Ayant appris alors que le roi d'Angleterre Edouard III et les Anglais avaient débarqué en France, le vieux chevalier avait promis secours au roi Philippe, pour le cas qui se présentait. Lais-

saut là l'empire à prendre, il avait entraîné son fils en France; et c'est là que, le 26 août VA16, à la bataille de Crécy, où les tlèchesdes archers anglais et quelques décharges des bombardes avaient mis le désordre dans les rangs français, Jean de Bohême, voulant, malgré sa cécité, férir quelques bons coups, se fit attacher à deux chevaliers, et pénétrant au plus épais des Anglais, trouva une (in digne do sa vie aventureuse. 11 n'en avait pas moins tait de son fils Charles un empereur et même un homme, bien que fort dissemblable à lui.

Dès que le désordre avait été mis dans les rangs des chevaliers français, Charles blessé avait été entraîné par ses chevaliers bohémiens loin du champ de bataille. Après avoir obtenu du roi Edouard III le cadavre de son héroïque père et lui avoir fait dans le Luxembourg, de solennelles funérailles, il envoya des messagers auprès du pape d'Avignon pour renouveler le serment qu'il avait fait le 22 avril précédent et obtenir ainsi l'approbation de son élection ;et, fort de cet appui, négligeant Aix-la-Chapelle qui ne voulait point le recevoir, il se dirigea sur la petite ville de Bonn, lieu d'élection de Frédéric le Beau, où l'archevêque de Cologne, Walram, l'oignit et le consacra (sept. 1347) en présence des deux autres archevêques et de nombre d'évêques et chevaliers des bords du Rhin.

Le vieil empereur Louis de Bavière, pendant que Charles se rendait en Bohême pour y lever de l'argent et des hommes, recrutait des partisans dans les villes souabes, quand, le 11 octobre, il mourut d'un coup de sang, près de Munich, dans une partie de chasse à l'ours. Pauvre erape" reur après tout; entre les souvenirs et les illusions de la politique impériale des anciens jours et les progrès des villes, dans la constitution germanique, il parodia, en Italie

contre les papes, la conduite des anciens empereurs en apportant dans son rôle plus de scrupules que ceux-ci n'y en avaient mis; en Allemagne, il favorisa entre les cités surtout les associations de paix, sans savoir s"en servir et il laissa l'empire après lui si peu respecté qu'après sa mort on répéta longtemps : « Surtout pas d'empereur bavarois. »

Gommeucemenl du règne.

Le nouvel empereur devait occuper le trône plus de trente ans et fonder presque une dynastie, puisque sa maison le garda près d'un siècle. Comme ses prédécesseurs lui en avaient donné l'exemple, depuis Ilodolplie de Habsbourg, il se préoccupa plus d'augmenter la puissance de sa maison et du soin de ses états patrimoniaux que du gouvernement de l'empire. Cependant comme son esprit ne manquait pas d'étendue, sinon de grandeur, bors de l'Allemagne, il négligea moins les vieilles prétentions de l'empire qu'il ne cbercba à les définir et à les liquider; et, à l'intérieur, il parut travailler à agrandir ses domaines moins dans l'intérêt de sa maison que dans celui de l'empire. Un pouvoir, ayant ses racines et ses ressources dans de vastes états particuliers, lui paraissait la première condition de lautorité impériale et la plus solide garantie de l'unité allemande. C'est au moins ce qui ressort du caractère général du règne de

La mort de Louis de Bavière n'assurait pas encore la possession certaine de l'empire à ce tin politique. Il ne

COMMENCEMENT DU REGNE o'i7

pouvait manquer de surgir contre lui des compétiteurs. Le parti bavarois et anti-pontifical n'élait pas mort avec Louis do Bavière. Charles s'en aperçoit dans la royale chevauchée qu'il entreprend au sud-ouest de l'AUemagno, comme ses anciens prédécesseurs.

Le 21 octobre 13-47, il entre en triomphe à Kalisbonne, le 25, à Wurtzbourg, le 31 à Nuremberg, prodiguant l'or, l'argent, les privilèges, les exemptions, les droits impériaux sur les juifs, etc. Dans cette dernière ville il gagne par des moyens semblables les libres seigneurs de Zollei'u, de Wurtemberg, de Hohenlohe. Cependant, vingt-deux villes de Bavière et de Souabe dont Augsbourg, Ulm, Esslingen, Nordlingen, attendant les événements, se confédérent pour défendre leur liberté et, regardant Charles comme un anliroi, cherchent à s'entendre au sujet du choix d'un nouveau souverain. Les villes mêmes de Constance, de Zuricli, de Saint-Gall et de Schallbuse, dans leur ligne parliculière, traitent avec le frère et avec le fils du roi défunt, Louis le Jeune, margrave de Brandebourg, et avec Etienne duc de Bavière.

Charles IV, en habile homme, cherche à diviser, à gagner ou à corrompre les opposants. 11 avait entre les mains un puissant moyen d'intïuence. Le pape d'Avignon, Clément VI, lui avait fait remettre ainsi qu'à des évéques bien pensants, par deux de ses légats (7 décembre), des brefs pour lever les excommunications lancées contre les villes et seigneurs, anciens partisans de Louis de Bavière, s'ils voulaient tenir celui-ci pour hérétique, obéir au pape et à l'empereur désigné qu'il aurait reconnu. Avec ces pouvoirs, Charles gagne le margrave de Bade, entre en Alsace où l'évéque de Strasbourg, Berthold, était très bien disposé et reçoit à Ilaguenau l'hommage de dix grosses villes et de

beaucoup de seigneurs ou abbés. Quand il se présente devant Baie, les bourgeois veulent faire résistance et repoussent la formule pontificale; Charles n'insiste pas, fait prononcer solennellement l'absolution par les autorités ecclésiastiques et actiève de conquérir les Bâlois, dans une fête qu'on lui donne à Noël, en dansant avec les bourgeoises. Quand il descend le Pxhin en bateau, il vient de la même manière à bout des résistances de Worms et de Spire. Mayence dans ces contrées était le boulevard des villes libres. Il s'en fait ouvrir les portes, en promettant de ne pas y introduire l'évêque Gerlacli de Nassau, partisan du pape; et cet avantage lui vaut (9 janvier 134<S) la reconnaissance des vingt-deux villes souabes, d'abord récalcitrantes, sur la promesse d'approuver leur ligne, de tolérer leur liaison avec les Wittelsbacli et de ne jamais attenter à leurs libertés. Quand il repassa à Ulm, lin janvier, pour rentrer en Bohême, il put se vanter d'être venu à bout de l'opposition de la plus grande partie des villes du sud-ouest, à l'excep^ tion de Constance, Schaffouse, Saint-Gall et Zurich, par des moyens, il est vrai, qui prouvaient plus sa complaisance que son pouvoir.

Les villes et le midi de l'Allemagne n'étaient pas tout dans l'empire. Parmi les princes ecclésiastiques ou laïcs de l'empire il y avait un parti tout prêt à opposer un candidat à Charles. Les deux princes de Bavière, de la famille de Wiltelsbach, Robert le Palatin et le duc Rodolph, disposaient d'une voix électorale ; et le fils du défunt empereur Louis, le jeune margrave de Brandebourg, et son frère Etienne de Souabe en avaient une autre. Ces Bavarois pouvaient compter dans l'électoral ecclésiastique de Mayence, sur le compétiteur de la créature du pape, Henri de Birnebourg, et sur le duc de Saxe-Lauenbourg, compétiteur élec-

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