‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 60 sur 91 · COMMENCEMENT DU RÈGNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU RÈGNE

toraldn ducde Saxe-Witlemberg. Il y avait là les éléments d'une nouvelle élection, d'un schisme politique. Seulement les Bavarois ne voulaient pas, pour courir la fortune impériale, s'exposer eux-mêmes aux foudres pontificales. Ils songèrent d'abord au roi d'Angleterre, Edouard III, adversaire du roi de France Philippe VI, qui pouvait espérer tourner l'empire contre la France, puis à un petit prince du nord, Frédéric, landgrave de Misnie, qui, devenu l'époux de la veuve du césar bavarois, leur aurait servi de créature. Mais sur le terrain des intrigues, Charles IV était passé maître. Il envoya le margrave de Juliers proposer à Edouard III de favoriser les droits de sa femme sur la Hollande qui était passée à la veuve de Louis de Bavière et il obtint son désistement. Pour le landgrave de Thuringe et margrave de ÏMisnie, Frédéric, Charles IV alla le trouvera Dresde et signa avec lui à prix d'or une alliance, défensive, s'il était alors attaqué par les Bavarois, et ofllensive, dans un an. à partir du traité.

De loin comme de près, Charles IV ne négligeait rien. Pour isoler les Wittelsbach, il donna à l'Autrichien Albert l'investiture de l'Autriche, de la Styrie, de la Carinthie et des possessions de sa maison en Alsace, à Brisach, à Schaffouse et à Rhinfeld. Au nord de l'Allemagne, pour tenir le duc de Saxe-Lauenbourg en bride, il éleva à la dignité de ducs et de princes de l'empire, à Prague, dans une assemblée solennelle, Albert et Jean de Mecklenbourg, ce qui créa là une nouvelle maison princière ; et, contre Louis de Brandebourg qui avait par ses exigences mécontente ses nouveaux sujets, il favorisa une intrigue ourdie par l'archevêque de Magdebourg, le duc de Saxe-Wittemberg etle comte d'Anhalt, pour opposer aussi à ce Bavarois du nord un pauvre paysan, qu'ils présentaient comme le dernier des

descendants de la famille ascanienne, Waldemar, mort en laissant des regrets, depuis plus de trente années. Le partage du margraviat de Brandebourg, après la mort prochaine de ce revenant chargé d'années, était le but de l'intrigue. Lorsque les auteurs du complot et quelques autres princes eurent promené à travers les villes de la ]\Iarche ce faux Waldemar, Charles IV^, se prêtant à la comédie, et profitant de l'absence du Bavarois Louis, qui aimait mieux vivre dans le Tyrol loin de ses sujets, arriva jusqu'à Francfort-sur-l'Oder. Près de là, sur une estrade improvisée à la hàle, il reçut l'hommage du paysan passé margrave et, pour prix de la cession de la Lusacc, lui donna sans rire l'investiture du margraviat. On ne savait pas encore comment finirait cette comédie, quand deux fléaux terribles, la fameuse peste noire de 13i8« dont bien la tierce partie du monde péril », et la secte fanatique des Flagellants engendrée par elle, vinrent donner, en déterminant une persécution des Juifs, une distraction tragique à cette ridicule comédie.

La peste noire et les Flayellaats; Uantiséoiitismo (1348- i9)

Entre toutes les nations ciiréliennes du moyen âge, l'Allemagne s'était signalée toujours par le fanatisme de ses persécutions contre les Juifs, même avant l'apparition de la trop célèbre peste noire. A l'époque de la première croisade, les premières bandes de pauvres gens qui, cédant à un enthousiasme prématuré, partirent pour l'Orient, sous la conduite d'un obscur chevalier, préludèrent, en descen-

LA PKSTE NOIBE (1318) 331

dant le Danube, à la délivrance du toniheau du Christ, parle massacre, chemin faisant, des descendants de ceux qui l'avaient crucifié. Le prédicateur célèbre de la seconde croisade, saint Bernard, apprenant ((ue, après son passage, pendant lequel il avait déterminé nombre de princes allemands à partir, un moine fanatique du nom de Radolf soulevait la foule contre les Juifs, revint sur ses pas et fit rentrer cet énergumène dans son cloître : « Ta doctrine sanguinaire n'est pas de toi, s'écrie-t-il indigné, mais de celui qui t'a envoyé, de celui qui a été homicide dès le commencement, du père de tout mensonge. » Et c'est alors qu'il révèle à la foi intolérante de celte époque cette doctrine plus large et plus humaine de l'Église, de la civilisation universelle qui, à la fin des temps, s'ouvrira même à ses ennemis : « Ils supportent maintenant, dit-il, une dure servitude sous les princes chrétiens ; mais leur tour est marqué dans le temps pour la conversion, vers le soir des siècles. Et lors((ue la multitude dos nations réunies sera complète, tout Israël sera sauvé. » Avant l'apparition même de la peste noire, dix années auparavant, en 1338, à Worms, à Spire, à Strasbourg, les passions populaires chrétiennes s'étaient dangereusement déchaînées contre les Israélites. 11 y avait des antécédents.

11 faut rendre celte justice! aux autorités ecclésiastiques établies qu'elles ne poussaient point à ces déplorables excès, et essayaient même de les conjurer. Mais, lorsque la peste noire, née dans l'Indoustan, après avoir ravagé l'Asie, s'abattit sur l'Europe et, en peu de temps, lit tant de victimes, on ne put plus mettre de digues aux débordements des préjugés et des fureurs populaires, en Allemagne surtout. Au dii'e des historiens allemands euxmêmes, le fléau lit plus de ravages en Italie et en France,

paysplus chauds, qu'en Allemagne, OÙ il pénétra, parleïyrol et par le royaume d'Arles, aux deux extrémités, quoique ses ravages pussent y être plus favorisés par une certaine infériorité de civilisation, surtout dans des villes à population dense, resserrée dans des rues étroites et malpropres par des murailles hautes et épaisses, entourées d'eau croupissante. Et cependant c'est là, dans ces deux années terribles, que les chrétiens, surexcités par le spectacle des coups décuplés de la mort, rendirent plus cruelle la persécution des Juifs accusésdu mal, et exaltèrent jusqu'à la fureur le fanatisme de ces confréries de flagellants qui prétendaient alors racheter les péchés du monde en s'infligeant à elles-mêmes, à tout le moins, le supplice du fouet, auquel le Christ avait été préalablement condamné. Et c'est là qu'il fut le plus difficile, l'exemple une fois donné, d'arrêter la persécution, le massacre et la spoliation.

Quand on commença, dans le royaume d'Arles, vers le milieu de l'année 13i8, sous le vieux et traditionnel prétexte que les Juifs empoisonnaient les fontaines, à faire de ces malheureux des autodafés, le pape Clément VI, qui résidait à Avignon, témoin des premières fureurs populaires, défendu, par deux bulles, du -i juillet et du Ti, septembre, le meurtre et le pillage des Israélites, sous peine d'excommunication, en faisant remarquer que ceux-ci mouraient comme les autres de la peste. La persécution à laquelle le fléau donna lieu ne fut pas en efï'et poussée à outrance en France, où l'autorité royale était assez respectée, en Angleterre, ni dans les pays septentrionaux, où la peste sévit moins. Pour être juste, si la persécution atteignît les plus extrêmes limites en Allemagne, où d'ailleurs l'autorité pontificale n'était déjà alors guère respectée, il faut en chercher la cause dans le nombre plus considérable des

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