EMPIRE ET ALLEMAGNE AU XIII» SIÈCLE
roi est respecté, s'il est grand propriétaire, s'il est arrivé à l'empire avec un puissant duché. Mais, le plus souvent, il s'en démet, parce qu'il ne peut être à la fois souverain et vassal. Frédéric Barberoiisse avait été puissant quand il avait possédé toute la Souabe et une bonne partie de laFranconie ; mais Frédéric II avait déjà perdu ou aliéné la plus grande partie de ces deux provinces ; et c'est pourquoi il avait tenu à la possession de son royaume de Naples et de Sicile qui faisait de lui un étranger; pour les anciens biens ou revenus de l'empire, ils avaient été depuis longtemps, par trois dynasties successives, égrenés, aliénés ou inféodés. Ce qui restait sous le nom de services dans les abbayes et de collectes dans les villes impériales, droitsde gîte, etc., était fort maigre pour un souverain plusieurs fois roi et de plus empereur, qui avait tant à faire et dans tant de contrées si différentes et si éloignées les unes des autres ! Bref, le pouvoir était grand en théorie, mince en réalité ; sous ce titre il représentait l'unité, l'universalité de l'empire; mais à la poursuite de cette cbimère universelle, catholique, ces Césars tudesques avaient oublié de faire de la vieille Germanie une nation, une patrie. Ils ne lui avaient laissé avec le souvenir d'une fausse grandeur que l'anarchie, et, au monde, que le sentiment vague d'une menace sans cesse suspendue sur les petits, et les traces, surtout en Italie et en France de spoliations violentes ou de ravages odieux. Combien l'homme d'État aussi pratique que hardi et sans scrupule qui, de nos jours, a restauré, au milieu de l'Europe surprise et trop tard effrayée, l'empire germanique deux fois tombé, au xui^ siècle et au commencement du xix«, a su autrement s'y prendre! Les rois, les princes qu'il a bien voulu conserver dans l'empire nouveau il en a fait presque les généraux et les préfets de l'empereur, en prenant à sa
disposition leurs soldats et tout ce qu'il y a d'effectif dans le gouvernenietit d'un État, la diplomatie, les postes, les chemins, les finances, etc. Pour le Parlement allemand qui, dans le Reichsrath et le Reiehstag d'aujourd'hui, a remplacé les anciennes diètes d'autrefois, il est périodique, il a une résidence et une compétence et des attributions et des conditions déterminées, mais qui le livrent pieds et poings liés au caprice de l'empereur ou d'un grand chancelier dont les pouvoirs sont bien définis ; l'histoire récente contemporaine ne l'a que trop prouvé. Le vieil empire romain germaniqe n'avait point de centre. Il était électif, ce qui est une faiblesse dans une monarchie ; et il n'avait point de capitale, ce qui en est une autre. Le nouvel empii-e a, au sommet, un empereur héréditaire, qui impose au Parlement impérial toutes les lois communes à l'Allemagne, qui prend toutes les mesures de sécurité générale, règle l'exercice défoules les libertés particulières, dirige toute la diplomatie allemande, et détient le droit de paix et de giiei're pour tous avec la nomination à tous les grades de l'armée et de la marine et la sanction du serment. La base de cet empire des llohenzollern est le royaume agrandi de Prusse, de la Vislule au Rhin, ,une propriété inaliénable de la famille, qui est un peu plus considérable, sinon aussi gai que la Vieille S.ouabe des Ilohenstaufï'en. La capitale est une ville de douze cent mille âmes qui grandit tous les jours ; son contingent féodal une armée de trois millions d'hommes dont la (piotité est fixée sept années à l'avance, ses finances tout ce ([ue peut voter un Parlement facile à terroriser, sans compter un trésor de guerre, accru par la victoire, destiné à faire toutes les améliorations, fortifications militaires, et à mobiliser au premier signal.
Ce n'est plus là un empire mystérieux, nuageux, électif