‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 61 sur 91 · LA PESTE NOIRE · texte numérisé non relu

LA PESTE NOIRE

Juifs et dans l'anarchie politique, qui y rendait leur condition religieuse et sociale plus précaire, tout autant que dans l'orgueil et les préjugés de race de celte nation si disposée d'ailleurs, lorsqu'elle sort de son tlegrae ordinaire, à se porter à tous les extrêmes.

On sait qu'en Allemagne, comme dans le leste de l'Europe du moyen fige, les Juifs étaient devenus, au milieu des nations chrétiennes, une sorte de matière à propriété, une manièredeserfs,laillableset corvéables, pour les souverains, les seigneurs et les villes, sous la tutelle desquels ils étaient tombés plus ou moins volontairement, et à qui ils appartenaient corps et biens, en retour de la protection que ceux-ci leur accordaient, à beaux deniers comptant bien entendu. L'empereur, en Allemagne, était d"abord, comme chef suprême, le premier protecteur, le plus haut patron des Juifs de l'empire, sans compter ceux qu'il avait encore en propriété particulière, dans ses domaines et dans les villes impériales. Les princes ecclésiastiques et laïcs, ducs, comtes, margraves , les archevêques et évoques, les seigneurs châtelains et les abbés, les villes, même les villages, avaient aussi leurs Juifs, dont ils liraient bons revenus et protits, pour prix de leur patronage particulier et du droit de résidence. Cela se passait ainsi à peu près partout dans l'Europe du moyen âge. Mais le sort des Juifs était bien pire en Allemagne où l'autorité impériale était alors en décadence, où le nombre des puissances locales, seigneuriales, était intiniment plus considérable, où entin les rapports de la souvei-ainelé impériale avec tous les petits Étals, faute d'une constitution, étaient livrés aux jeux de la force et du hasard, à ce que nos voisins appelaient le droit du poing [Faus(rec/it),([[.n régna si longtemps chez eux et que, maintenant unis, ils exerceraient si volontiers

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chez les autres. Si tous souftYaient de cette instabilité des choses, de celte insécurité du lendemain, de celte anarchie, à plus forte raison les Israélites, qui vivaient presque par gi'àce, dans cette société, et qui étaient une propriété aliénal}le, écliangeahle, iut'éodable, en étaient-ils victimes.

On s'imagine aisément, quand l'emperenr concédait ou reprenait aux princes, seigneurs et cilés ce qu'on appelait sa régale des .]uifs, comme toute aulre usage de ses droits de souveraineté, et que les nouveaux délenleurs de cctio sorte de biens meubles les transféraient à d'autres, quelle pouvait être l'existence de ces serfs, dans ces changements continuels de maîtres et de conditions! Propriété mobilière méprisée sans doute, mais bien enviée aussi 1 Leurs seigneurs ne touchaient pas seulement les revenus que les Israélites payaient pour vivre, pour exercer leur industrie, pour être protégés; ils étaient emprunteurs privilégiés et prélevaient encoi'e des di'oitssur les intérêts ou surl'actiuiltement des créances des auli'esemprunteurs, sans compter mainte autre manière d'abuser de leurs droits régaliens, comme par exemple d'abolir ou de confisipier les créances dues aux Juifs et d'expulser ceux-ci de leiu* territoire pour avoir l'occasion de leur vendre la permission d'y rentrer. Entre les différentes pi'opriélés, celle des Juifs était prisée particulièremenlcomme rendant plus que toutes les autres. La supéi'ioritéde celte propi'iélé avait cependant pour les Juifs un avantage, bien quechèrement acheté. Elle avait établi entre leurs maîtres et eux une sorte d'accord, un modus cioendi qui, sauf exception, améliorait les rapports des uns et des autres , ceux-là aimant à ménager une source de richesse toujours à portée, et ceux-ci se plaisant à être agréables à une autorité près de laquelle ils trou-

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