‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 62 sur 91 · LES JUIFS AU XIV' SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES JUIFS AU XIV' SIÈCLE

valent, contre les préjugés et les passions populaires, un refuge qui les attachait presque à leur servage.

Moins favorable cependant était la condition des Juifs dans les cités allemandes qui pi-enaient alors un grand développement, grâce au commerce récemment établi avec les villes d'Italie et à un certain nombre d'industries nouvelles et prospères. Condamnés par leur naissance à ne point entrer dans le patriciat des gros commerçants qui composaient les conseils des villes et en avaient pres(^ue partout Fadministralion, exclus des corporations ou compagnonnage des petits métiers, qui s'organisaient alors, n'ayant pour toute ressource que le commerce de l'argent, le prêt à intérêt, interdit à cette époque aux chrétiens par l'Église, ils avaient conquis cependant par là une situation de capitalistes, qui excitait la jalousie des uns et des autres et les exposait à bien des périls. Sans doute, ils trouvaient aussi dans le patriciat des villes, qui avait souvent besoin d'eux, des ménagements semblables à ceux que les seigneurs leur montraient. Mais, dans les corporations des petits métiers associés pour assurer à chacun de leur membres une l'émunéralion convenable et à peu près à tous au moins le nécessaire, ils ne renconti'aient que l'envie éveillée par leur l'ichesse et la haine entretenue par le fanatisme religieux ; et ces passions devenaient d'autant plus dangereuses que les coi-porations des petits métiers commençaient à lulter, pour entrer en partage du gouvernement des cités, avec les pati'iciens, et y réussissaient assez souvent.

Ainsi, devenus au mitieu du xiv siècle, les détenteurs d'une partie du capital, les Israélites étaient exposés h la fois aux mauvaises passions d'en bas et à celles d'en haut. Pi'éianl au souverain (luehjuefois, souvent aux pi-inces,

aux évêques, aux nobles, aux chevaliers, aux villes, aux gros bourgeois, à gros intérêts (de 20 à 80 p. 100), avec hypothèques sur les biens-fonds et les vignobles, sur les revenus seigneuriaux, les octrois, les dîmes, les maisons ; prêtant aux pauvres et aux petits, à la petite semaine, sur minces gages comme ustensiles de ménage, outils, etc., ils n'avaient pas seulement amassé des valeurs mobilières considérables mais réuni nombre de domaines dans les campagnes, et, dans les villes, de riches maisons, pour lesquelles ils avaient abandonné leurs échoppes des quartiers juifs d'autrefois. Il y avait donc rivalité dans les campagnes, entre l'orgueil de naissance des seigneurs et la richesse acquise des Israélites et, dans les villes, lutte du paupérisme et du capitalisme, à une époque où la naissance du crédit et l'innovation des valeurs mobilières remplaçaient l'économie financière plus simple d'autrefois, et oh une certaine augmenlaliun de l'aisance et de la population multipliait et aiguisait les besoins.

Situation dangereuse par sa nouveauté même ! Si les grands et le patriciat municipal qui exerçaient des droits régaliens sur les Juifs avaient intérêt à les ménager, ils n'en supportaient pas moins avec peine, dans leurs besoins, la nécessité de servir de gros intérêts ou de rembourser leurs avances à ces serfs qu'ils méprisaient; et la tentation était grande chez eux d'user et même d'abuser de leur pouvoir, pour acquitter leurs dettes, sans bourse délier, pour dégager leurs hypothèques des mains de ces détenteurs nécessaires etodieux. Quant aux chrétiens besogneux, aux petits, dont les hls et les lilles souvent, malgré les interdictions ecclésiastiques, étaient dans la domesticité de ces mécréants, jaloux de celte domination de l'argent et du capital, c'est à peine s'ils regardaient comme un manque

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