Tome VI
338 CHARLES IV DE LUXEMBODHCi (1347-1378)
suite de la peste par le Tyrol en Allemagne, prêtèrent aux préjugés, à l'effroi et au déchaînement des fureurs populaires, dans les principales villes oi!i se coudoyaient le capital Israélite et la misère chrétienne.
Ce fut de Zurich et de Berne, où se tirent en Suisse les premiers autodafés juifs, que la persécution, à la suite de la peste, gagna par la ville de Bàle la vallée du Rhin et le sud-ouest de l'Allemagne où les villes étaient le plus populeuses. Quand les premiers cris de fureur, poussés par le petit peuple, retentirent à Bàle, le conseil de ville, formé des patriciens, voulut maintenir l'ordre en protégeant les Juifs qui commençaient à fuir et à emporter ce qu'ils pouvaient de leurs richesses. Mais les corporations des petits métiers, en nombre, et bannières déployées, viennent se ranger sous les fenêtres de l'hôtel de ville, où les patriciens étaient rassemblés, et menacent d'enfoncer les portes. Le conseil de ville effrayé n'obtient que de procéder avec un peu d'ordre dans l'exécution de la volonté populaire en lui prêtant ses agents. Les Juifs sont arrêtés au milieu des cris, et, malgré leur résistance, dans leurs maisons, liés avec des cordes et traînés sur les bords du Rhin, tandis que les agents municipaux sauvent des mains du peuple ce qu'ils peuvent des maisons et des meubles du quartier israélite. Le lendemain, tîOO de ces malheureux sont passés en bateau dans une île du Rhin, où des amas de bois auxquels on raille feu étaient entourés de planches; poussés dans ce bûcher monstre, dont ils ne pouvaient sortir, ils furent brûlés sous les regards des Bàlois ameutés sur les rives du fleuve. Quelques belles femmes et 130 enfants avaient été épargnés et baptisés. A Fribourg-en-Brisgau, le conseil de ville a également la main forcée par les compagnons des métiers et ordonne l'autodafé. A Esslingen