‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 65 sur 91 · L'ANTISÉMITISME · texte numérisé non relu

L'ANTISÉMITISME

les Victimes désignées n'attendent pas l'exécution; quand elles voient leur quartier forcé, elles s'enferment et se brûlent dans leurs maisons.

En Alsace où les Juifs étaient nombreux, les autorités du pays tentèrent de- résister au mouvement. L'évêque de Strasbourg, Berchtold, réunit uncertain nombre de seigneurs alsaciens à Benfeld pour aviser. Le conseil de ville de Strasbourg, formé aussi de patriciens, avait reçu une missive delà ville de Cologne, pour l'encouragera arrêter la persécution, qui sans cela gagnerait toutes les villes situées sur le cours du fleuve. Mais, quand l'évèque revint en ville pourdélibéreravec leconseil, lescompagnons des différents métiers, ayant en tête les deux corporationsdes bouchers et des peaussiers, se rassemblèrent sur la place du Dôme, marchèrent de là sur la maison de ville, en brisèrent les portes, pénétrèrent dans la salle des délibérations, accusèrent les magistrats de s'être vendus aux Juifs, exigèrent leur démission et les remplacèrent par un nouveau conseil tiré de leur sein et à la tête duquel ils mirent un boucher. L'antisémitisme, servi par l'organisation corporative des petits métiers, avait été le prétexte et l'occasion d'une révolution municipale. Le nouveau conseil inaugure sa gestion par l'exécution régulière des Juifs qui s'étaient barricadés dans leur quartier. Après avoir prononcé préalablement, pour cmquante ans, l'expulsion des Juifs, l'abolition de leurs créances, la saisie des hypothèques et des gages qu'ils pos^ sédaient,il fait attaquer leur quartier fortifié à la hâte. Les compagnons aidant, les barricades sont emportées. On se précipite pOle-mèle dans les maisons juives; au milieu de grandes violences exercées contre ceux qui veulent se défendre, les condamnés sont chassés ou saisis, liés et emmenés en prison; et, le 13 février suivant, 1349, un samedi, les

3i0 CHARLES IV DE LUXEMBOURG (1347-1378)

prisonniers sont tirés de leurs cachots, conduits à leur cimetière oi!i ion avait élevé plusieurs bûcliers, et livrés aux flammes, au milieu de la foule dans un furieux délire. Le conseil fait procéder alors à l'occupation des maisons des victimes, à la saisie des gages et papiers de créances, bons à vendre ou à faire recouvrer, et ramasser l'argent monnayé pour le partager à la foule. On évalue à peu près à 1,0001e nombre des victimes. Comme l'avait prévu la missive de la ville de Cologne, l'exemple donné par Strasbourg est suivi dans la plupart des villes du Rhin, à Colmar, à Scbelestadt, à Worms et à Spire. On procède aussi dans ces villes avec une certaine méthode, en faisant entourer, occuper et garder les quartiers Israélites, avant de procéder à l'expulsion des personnes, à la spoliation ou lau pillage des maisons, non sans violences d'ailleui's contre ceux qui résistent. A Spire, 4,000 Juifs, menacés dans leur quartier et dans leurs rues, envahies par la foule chrétienne furieuse, se barricadent, se défendent et puis se brûlent avec leurs richesses chez eux.

Dans d'autres parties du sud de l'Allemagne, en Autriche, en Bavière, en Franconie, et plus au nord, les Flagellants passés là d'Italie, où ils avaient été assez inoff'ensifs, jouèrent contre les Juifs le rôle d'excitation dont les corporations des petits métiers avaient d'abord eu l'initiative. Qu'on se figure d'abord ces bandes de !200 à 500 de ces pénitents nomades des confréries du fouet, croix en l'air, bannières déployées et cierges allumés, tombant dans une ville, sous la conduite d'un maître choisi par eux, au milieu de l'effervescence des passions antisémitiques. Ils entrent dans la ville, armés de ceintures et de fou?ls noueux ou même pourvus de clous; ils entonnent des cantiques oîi ils prêchent la pénitence et annoncent qu'ils vont donner

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