EMPIRE ET ALLEMAGNE AU XIII" SIÈCLE
de droit, héréditaire de fait, tenant de la vieille Germanie païenne et du droit divin chrétien, ni tout à fait laïc ni précisément ecclésiastique, élevé sur le pavois et courbé sous labénédiclion du prèlre, oint avant dT'lre couronné, embarrassodans les plis de la robe sacerdotale, comme un argumentscolaslifiue dans la formule d'un syllogisme, à la fois allemand et romain, national et universel, en un mot une épée bénie dont la pointe était partout et la poignée nulle part. Le nouvel empire allemand ne relève que de lui; l'empereur dit bien qu'il est créé de Dieu, mais il prend lui-même la couronne sur son autel pour la mettre sur sa tête. Il est Allemand et veut que soient allemands les pays qu'il conquiert; c'est territoire d"Empire. Rien de mystique dans ce nouvel empire. On a même bientôt renoncé à l'appeler, par souvenir archaïque, germano-chrétien. La religion et même les religions sont dans l'État et non dans une église : il s'élève au-dessus d'elles. Les cultes sont institutions d'État. L'empire allemand, protestant par son chef, n'a pas de pape au-dessus de lui, mais des prédicants, des chapelains sous lui, qui disent la parole ou chantent la messe qu'il veut ; et, le pape de ses sujets catholiques, il le considère comme une puissance extérieure, politique, et il en est bien moins gêné que les anciens empereurs : car si ces dissidents lui résistent, selon l'occasion, il inflige à leur conscience des lois qui les gênent ou il leur fait ordonner parleur chef spirituel de voter comme il l'entend. Le successeur contemporain des Grégoire Vil et des Innocent III devient presque, entre les mains de Bismarck, un jouet qu'il brave ou caresse pour faire toujours à sa volonté, sans avoir besoin d'aller àRome ou à Canossa. Bref, l'ancien empire allemand, après avoir usé trois dynasties à la poursuite fantastique d'une sorte de domination mystique universelle avait vu des royaumes
10 LE GRAND INTERRÉGNE
autrefois vassaux, l'Italie, le Danemark, la Bohême, débarrassés de ce cauchemar impérial, s'émanciper et laisser l'Allemagne, dont elles n'avaient point su faire une nation, livrée à elle-même sans constitution véritable, après la chute de la plus brillante de ses dynasties ; et le nouveau a fondé en Allemagne un despotisme politique et militaire qui tient l'Europe entière sous l'impression de la terreur incessante de nouvelles guerres et de plus grandes conquêtes, sans qu'on puisse dire encore s'il parviendra à établir définitivement sa prépotence en Europe et à donner h l'Allemagne elle-même une vraie unité et à en taire une véritable nation. On avait bien cherché au xiu'= siècle, après les Hohenstaufen, à donner des successeurs ou des remplaçants à ces empereurs d'autrefois qui avaient autant fatigué qu'ébloui l'Europe de leur gloire; mais, comme les princes ne s'entendaient que dans la pensée de les avoir faibles et peu gênants, pour ne pas courir les mêmes périls, ils n'avaient plus nommé que dos candidats qui avaient bien voulu payer de vains honneurs à beaux deniers comptants aux électeurs, sans trouver une majorité, et ne pouvaient passer que pour des fantômes d'empereur. L'un, un Anglais, frère du roi d'Angleterre Henri III, riche et beau de sa personne, avait mis quatre fois et pour bien peu de temps, le pied en Allemagne. Il y avait été couronné, dans une de ces descentes, à Aix-la-Chapelle; mais, après avoir, en remontant le Rhin jusqu'à Râle, répandu les privilèges et les cadeaux dans les bonnes villes allemandes, il en avait remporté cet adieu : « Ce n'est pas pour ta beauté, c'est pour ton argent. » La troisième fois, il reconnaît le roi de Bohême, Ottokar, comme duc d'Autriche et de Styrie. La dernière fois, 1!268, il réunit une diète où il montre son impuissance. Quanta l'autre empereur élu, le roi de Castille,