FRONTIÈRES DE FRANCIÎ ET D'EMPIRE
nul vassal de l'empire. C'était là, on le voit, de bien grandes concessions; mais il voulait soustraire le Dauphiné, le comté de Vienne, ainsi que le comté de Savoie et les liabilanls du Faucigny, à la haute suzerainelé impériale, et, en Bourgogne, il réservait le consentement du comte, à sa majorité. Autant de difficultés qui prouvent combien l'on serrait de prés ces questions de frontières! Les ambassadeurs du roi d'Angleterre, qui avait fait complimenter Charles IV sur son couronnement, arrivèrent à Prague à la fin d'août, pendant les négociations et les firent avorter. L'empereur feignit de s'entremettre pour une trêve et reçut du dauphin d(î France un beau cadeau de quelques parcelles de la couronne d'épines, conservée dar>s la Sainte-Chapelle; mais Jean se trouva seul quand débarquèrent, en 1356, Edouard Ul, h Calais, et le prince de Galles, en Gascogne. Ce fut une des causes du désastre de la France à Poitiers où Jean le Bon fut fait prisonnier (19 septembre 1356).
A ce coup luneste, le pape Innocent XI engagea le roi d'Angleterre k la paix et envoya à l'empereur l'abbé de Cluny pour qu'il négociât une trêve. Chai'leslV, qui visitait alors les provinces de l'ouest, se trouva, le 17 novembre, avec ses grands officiers, avec le margrave de IVIisnie et les trois archevêques du Rhin dans la ville de Metz; il y reçut deux cardinaux, les ambasssadeurs d'Angleterre et le daupliinde France lui-même, accompagné aussi de princes, de seigneurs, d'évêques et de i2000 chevaux. Charles IV parut faire grande figure dans cette diète, comme les empereurs d'autrefois. Charles de France, le jour de Noël, y prêta hommage et fidélité à l'empereur son oncle, comme dauphin du Viennois et lui fit don d'une épée d'honneur enrichie de pierreries et de perles. 11 se rendit avec sa suite brillante, aux côtés de l'impératrice, au banquet où les
grands officiers et princes de l'empire accomplirent auprès de Charles IV leurs services d'honneur. Mais l'empereur, comme toujours, préoccupé surtout de satisfaire sa vanité ou de rechercher quelque avantage personnel, lenouvela seulement, avec le dauphin, le traité d'amitié et d'alliance qu'il avait fait, près de dix années auparavant en 13i7 avec son père, lui conféra la continuation à lui personnellement de la dignité de lieutenant impérial dans le Dauphiné, en même temps qu'à l'archevêque de Trêves celle d'archichancelier du royaume d'Arles et de Gaule, pour y sauvegarder ses droits impériaux et ses régales. Mais, de secours effectifs, soit dans les négociations, soit dans la guerre, point; et la direction de l'intervention pacifique passa de l'empereur aux cardinaux de la cour de Rome qui figurent en effet à la conclusion de la trêve faite, le i'3 mars 1357, entre la France et l'Angleterre.
Lorsque, en 1358, pendant la captivité de son père, le Dauphin Charles fut en butte à l'opposition violente des Étals généraux de Paris, au soulèvement des Jacques exaspérés par les ravages des compagnies des Mercenaires et à la conspiration du roi de Navarre, allié peut-être des Anglais, Charles IV écrivit une fois aux villes de Strasbourg et de Metz pour requérir leurs contingents ; mais il n'alla pas plus loin. En 1300, ses commissaires figurent au désastreux traité de Brétigny, qui arrache à la France une partie des provinces de l'Ouest et rend pendant quelque temps Jean le Bon à la liberté mais impuissant. Ces malheurs de la France, fempereur en profite pour cherchera reprendre sur les territoires de langue française les droits surannés de sa suzeraineté. Il exemple le comté de Genève du vi-
* Chroniques des quatre premiers Valuis, Huber : Registre de Charles IV, p. 559.