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FRONTIÈRES DE FRANGE ET D'EMPIRE

cariât impérial d'Amédée comte de Savoie et incorpore de nouveau le territoire de celui-ci à l'empire. A Carabray, il fait soutenir les bourgeois contre l'évêque par son frère Venceslas duc de Brabant et de Luxembourg, et par le duc de Juliers (1361). Quand le plus jeune lils de Jean le Bon, Philippe le Hardi, hérite du comté de Bourgogne, il s'empresse de lui en conférer l'investiture et de se faire prêter hommage (136(21, et il enjoint au prélat de Lyon et à tous ceux du royaume d'Arles, d'avoir à obéir à son vicaire impérial comte de Savoie, représentant direct de l'empire. Il tente, on le voit, de restaurer pièce à pièce, la puissance impériale entre le Rhône et les Alpes.

Quant à son rôle chrétien d'empereur, Charles IV ne fait rien pour le soutenir. Le roi Jean le Bon, un instant libre, projette avec le nouveau pape Urbain V, une croisade, pour rétablir dans son île Pierre I*"" de Chypre, avec les Mercenaires qui ravageaient la France; il se contente de l'approuver. Jean, dans l'impossibilité de tenir le traité de Bréligny, retourne en Angleterre et y meurt, et son fils Charles V se fait couronner à Reims. Charles IV accepte volontiers alors, comme le premier des princes chrétiens, l'honneur d'organiser la croisade en demandant que le nouveau roi de France y prenne part. Il va même, en passant par Chambéry, où il confère au duc de Savoie tous les droits impériaux dans les diocèses du royaume d'Arles, jusqu'à Avignon, en mai 1365, avec une belle escorte, pour traiter avec le pape de son retour en Italie, et ne se fait faute de faire de belles promesses, en faveur de l'une et de l'autre entreprise.

Le pape Urbain V, doué d'heureuses qualités, inspirait une grande confiance. On espérait de lui la tin de tous les maux ; la France implorait de son intervention la paix avec

l'Angleterre; l'Italie l'appela contre le tyran de Milan Barnabe Visconti; la chrétienté espérait qu'il susciterait une croisade. Mais le pape avait plus de bonne volonté que de puissance et peut-être que de prudence. Avant de s'engager à faire quoique ce fut, l'empereur, sur lequel on comptait surtout, demande le concours du pape, pour se faire couronner solennellement roi d'Arles, par l'archevèciue primat du pays, dans la capitale de ce royaume ; et cette cérémonie qui n'avait eu lieu en faveur d'aucun autre empereur, depuis Frédéric Barberousse, se renouvelle pour Charles IV de Luxembourg. 11 en profite pour se faire prêter hommage par tous les évêques et seigneurs de la Provence, ce qui l'autorise à frapper une nouvelle monnaie d'or à son effigie avec l'inscription : Karolus IV, dicina favente clementia, Imp. Rom. Bohem. et Arelat. rex. Mais, Charles IV, orné d'une nouvelle couronne tenait à ne lien entrepi'endre avant que l'Angleterre et la France fussent réconciliées ; il diffère son départ soit pour litalie, soit pour l'Orient ; et tout ce beau zèle n'a d'autre résultat d'abord que le passage de France en Allemagne, sous prétexte de croisade, d'une des compagnies routières, laissées par la guerre en France, et qui exerça en Lorraine et en Alsace de tels ravages que l'empereur Charles IV et le roi Charles V se réunirent au moins pour obliger ces brigands à passer avec les autres soit en Italie soit en Espagne. L'empereur Charles IV n'était qu'un donneur de belles paroles, habile à rechercher toujours l'éclat des nouvelles couronnes sans jamais en remplir les devoirs.

Lorsque le pape Urbain V, plus sincère, répondant au pressant appel du cardinal Albornoz, son légat guerrier, et à l'invilalion de la reine Jeanne de Naples, récemment remariée avec Jacques d'Aragon, lui envoya des vaisseaux de

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Gênes, Pise et Venise pour l'escorter en 1367 dans la péninsule, donnant courageusement l'exemple de débarquer en Italie, à Corneto, pour se rendre au château Saint-Ange, Charles IV intéressa à sa cause les seigneurs de Padoue, de Ferrare et de Mantoue et les républicains de Toscane, tous effrayés de la puissance de Barnabo Visconti. Mais ce Barnabo, excommunié par le pape et mis au ban de l'Empire se prétendait « pape, empereur et roi sur son territoire », faisait manger aux légats ponlilicaux les bulles qu'ils apportaient et par un supplice détaillé transformait la peine capitale en une torture de quarante jours. C'était un rude adversaire pour Charles IV. Entré en Italie en 1368, l'empereur se lit encore plus mépriser des Italiens que dans son premier voyage. Reçu avec honneur par les seigneurs des Marches de Trévise et de Vérone, mais sans en obtenir un concours effectif, il baissa le ton devant Barnabo prêt à le recevoir avec vingt-quatre mille hommes. Pour une bonne somme d'argent il licencia son armée en Lombardie, en prétendant qu'il venait seulement pour voir le pape Urbain V et réiablir l'ordre dans le centre de la péninsule ; et là, surveillé par les chefs des compagnies militaires à la solde de Visconti il s embarrasse comme la première fois au milieu des factions de Pise, de Sienne et autres en Toscane. A Kome, où le pape était de retour avec le poète Pétrarque, Urbain V le comble d'honneurs, mais sans lui inspirer plus de grandeur et de courage. Au retour, à Sienne où il se trouve tout à coup séparé de sa garde, entouré parles barricades et respectueusement pris par la faim dans son palais, le peuple vient le conlempler, comme un animal curieux en cage. L'historien Villani nous le dépeint pleui'ant, se plaignant de la trahison, embrassant tous ceux qui venaient à lui et mourant de faim.

Relâché, ainsi que sa suite, il voit Pise lui fermer ses portes, lui vend la paix, tire 20,000 florins de Lucques à qui il rend sa liberté, et de là, au plus vite, il rentre en Allemagne, et va se cacher dans sa Boliême.

Cette descente impériale en Italie, fut la dernière jusqu'au xv« siècle. L'expédition d'Urbain V à Rome ne fut pas plus protitable à la papauté ; Urbain V, découragé à son tour, abandonna la partie, laissa lllalie aux seigneurs de Milan et aux compagnies, et s'en retourna à Avignon oîi il mourut en 1370. « Il a déserté sa noble lâche, s'écria Pétrarque, pour prouver qu'il est difficile non de commencer de grandes entreprises mais de les mener à bonne fin. Si le Christ ne se lève pour sa propre défense, c'en est fait de nous. » L'empereur Charles IV n'avait été utile ni au pape ni à l'Italie, ni à l'Empire. Sa politique en France recevait un grave échec dans le même temps, les deux Bourgogne dont le comté avait toujours relevé de l'empire s'étaient réunis dans une seule main avec les comtés de Flandre, d'Artois, d'Anvers et de Matines aussi dépendants de l'empire, quand le maître de toute celte puissance et dernier rejeton delà première maison de Bourgogne mourut. Le roi de France, Jean le Bon, fit tout passser entre les mains de son fils Philippe le Hardi qui fonda une maison plus puissante que la première. Charles IV n'y fit point opposition et se réserva seulement l'investiture du comté de Bourgogne. Ainsi s'éleva entre la France et l'Allemagne, sous Charles IV, une sorte de puissance hybride qui devait grandir encore à leurs dépens et peut-être pour leur danger à toutes deux.

La Bulle d'or

Avant de songer à maintenir l'intégralité des frontières de l'empire, il était, il est vrai, plus urgent d'établir un peu d'ordre à l'intérieur et d'empocher le retour des calamités que l'on avait vues sous le règne précédent. C'est ce que Charles IV, renonçant à l'idée chimérique de faire de l'Allemagne une véritable monarchie , devenue impossible par l'affermissement des principautés et autonomies particulières, essaya au moins d'accomplir, aux deux diètes de Nuremberg et de Metz, par la célèbre Bulle d'or.

La rédaction de cet acte important a été longtemps attribuée au fameux jurisconsulte italien Barthole que l'empereur, dans son premier voyage en Italie, avait nommé son conseiller intime ; mais des emprunts au règlement des conclaves, une poésie latine, et des empiunts à la science théologique dénoteraient plutôt une main ecclésiastique, peut être celle de Jean de Neumarck. Dans l'empire électif, que le temps avait fait, l'élection était ce qui demandait surtout à être bien réglé; et c'est ce qui l'était le moins. Telle était la cause principale des guerres et des schismes impériaux, nés souvent à celte occasion, et particulièrement des élecUons doubles qui avaient eu lieu récemment, entre Adolphe de Nassau et Albert d'Autriche, Frédéric le Beau et Louis de Bavière, celui-ci et Charles IV, etc. La tradition avait bien dévolu le droit d'élection aux trois grands archevêques de Cologne, de Mayence et de Trêves ; mais il y avait entre eux non seulement des disputes de préséance mais des conflits d'attributions dans l'élection même. Pour

3S2 CHARLES IV DE LUXEMBOURG (t3i7-137S)

ce qui était des grands officiers de la couronne impériale ou des chefs des maisons ou des territoires des principautés laïques investies par la tradition du privilège cre rékectioo, il y avait encore plus de difficultés. Était-ce à l'office, ou au le m taire» à la principauté, qu'appartenait le droit électoral ? et si c'étaff h telte ou telle maison : à la maison ascanienne de Saxe, à celle âe Brandebourg, à celle de Witteisbach ou de Bavière et du palatinaf, à quelle ligne de cette maison, à quel territoire, était-il dévolu? C'est ce que la bulle d'or fut appelée à régler. On ne peut pas dire cependant que la bulle d'or n'est qu'une loi électorale. Elle a, en effet, par son dispositif et même par son silence, réglé d'autres questions qui en font, non une constitution, mais quelque chose qui y ressemble.

Charles IV était certainement, de tous les souverains allemands, celui qui avait le plus souffert, on l'a vu, des défauts de réglementation de l'élection impéi'iale. La Bulle d'or, de 1356, est, en premier lieu, le l'ésultat de ses préoccupations et de sa politique de plusieurs années. Il la prépare en secret, de longue main, quoiqu'il ne communique point son projet au pape avec lequel il était en bon accord; c'est pour cela qu'il s'efforce de constituer déjà, de fixer le collège électoi'al, pour le bien disposer à ce (^u'il veut obtenir de lui. Il n'y avait point à se préoccuper des électorals ecclésiastiques dont les sièges à Mayence, à Trêves et à Cologne, étaient depuis longtemps indiscutables; Charles y introduit cependant un changement, en décidant, dès i35i, par reconnaissance pour les services rendus, que la première voix appai tiendra à l'archevêque de Trêves. Parmi les voix électorales laïques, que les princes de même famille se disputaient souvent, il y avait de plus grandes difficultés.

Porté, comme toujours, à unir l'intérêt de l'empire à ses intérêts personnels, Charles avait d'abord, dès 1348, conféré à l'église de Prai^ue, érigée en arciievêché, le droit de couronner le roi de Bohème, qui avait appartenu à l'archevêque de Mayence. C'était rendre son royaume, son électoral, dont tous les privilèges avaient été alors confirmés, presque indépendant de l'Allemagne. Il avait même obtenu le renoncement des familles de Brandebourg et de Wittelsbacli à leurs prétentions à la voix électorale de la Bohème. Tout empereur qu'il fut devenu, il tenait en effet à l'intluence qu'exerçait dans les affaires allemandes sa dignité et ses droits d'électeur. Électeur, il était plein de ménagements et de prévenances pour les électeurs ses collègues, et surtout pour les titulaires à qui il voulait confirmer cette dignité. Dans les luttes du commencement de son règne, il avait plusieurs fois invoqué l'arbitrage des électeurs et témoigné de ses préférences personnelles qui allaient naturellement à ceux en qui il avait ti'ouvé concoui-s et appui. Ainsi, dans la famille desWiltelsbach, d'après des traités de famille, la voix électorale devait alterner entre le territoire du Palalinat et celui de la Bavière, par conséquent alors, après la mort du palatin Rodolphe l"", aller à Etienne, duc de Bavière. Mais Charles était allié à la maison palatine et avait à se plaindre de celle de Bavière. Après la mort de Rodolphe (1353), il avait reconnu et confirmé la voix électorale au frère de celui-cià Robert h""; maintenant, frnyantle chemin à ce qui doit devenir une règle généralp, il décide déjfi que la voix électorale passera au fils aîné de celui-ci et sera lié au territoire d'élection, c'est-à-dire au Palatinat. Dans la maison ascanienne de Saxe, il était bien naturel que l'empereur indiquât ses préférences pour le duc de Saxe-Wittenberg qui l'avait élu, soutenu, contre celui de Saxe-Lauen-

38i CHARLES IV DE LUXEMBOURG (1347-1378)

bourg qui l'avait combattu. En effet (en 1355, 6 octobre) il reconnaît l'ascanien Rodolphe I" comme prince électeur de Saxe; et, en même temps aussi, sans se mêler aux difficultés de famille, comme prince électeur de Brandebourg, Louis le Romain, qui était titulaire du terriloireet du grand office qui constituaient le droit électoral.

Charles IV avait ainsi, sinon constitué, au moins fixé à l'avance le collège électoral, en l'enlevant aux compétitions précédentes. 11 n'aura pas besoin de mentionner les électeurs dans la Bulle d'or; ils existent. Il prend même à différentes reprises, en 1356, la précaution d'amener peu à peu ceux-ci à se reconnaître mutuellement comme tels, lui compris, sous la protection impériale, et à se garantir mutuellement leur succession, pour que les puires prétendants ne puissent rien contre l'oligarchie étroitement unie des sept pins grands princes de l'Empire. Enfin, en novembre de l'année 1355, il invite le corps électoral qu'il a constitué, à délibérer sur quelques questions importantes, à savoir : à qui appartiendrait le droit de diriger l'élection ; à décider si la majorité seulement ou runanimité était nécessaire pour sa validité ; enfin, à déterminer à qui appartenait le droit de battre monnaie, d'abaisser les douanes entre les États, sur terre et sur eau, d'assurer la paix publique. Ces questions reçurent une solution provisoire sous forme de privilèges conférés ti chacun des électeurs. C'était déjà un premier acte politique du collège électoral, de l'oligarchie constituée des sept, délibérant seule sur des objets intérieurs {interna), qui relevaient d'elle ; ni d'autres princes, ni les villes n'y figuraient, comme il était arrivé souvent dans des diètes générales réunies précédemment pour des sujets non moins importants. Ces premières résolutions qui se retrouvent plus tard dans différents articles remaniés de la Bulle

LA BULLE D'OR (13oH) 385

d'or furent publiés sous forme de privilèges, le 10 janvier 1356. C'est à la (in de celte année même, dans une nouvelle et plus importante réunion du collège électoral, en novembre suivant, à Metz, que furent délibérées et résolues enfin les autres questions, pour être réunies avec les premières et toutes rédigées définitivement et publiées ensemble, le 25 décembre, dans le document auquel est restée plus particulièrement la dénomination de Bulle d'or '. Composée de deux parties d'inégale longueur et divisée •on vingt et un chapitres, eux-mêmes subdivisés, la Bulle d'or est précédée d'une invocation à Dieu en vers latins, puis d'un prologue en prose, contenant une théorie politique de l'empire, noyée dans des arguments demi-païens etdemicliréliens sur les sept péchés capitaux: l'envie surtout qui a fait le plus de mal à l'empire. Cet empire conserve toujours sa vieille prétention à la suprématie et à l'universalité ; c'est un empire chrétien. On ne trouve pas pour le définir le mot d'Allemagne ou allemand. Quoique cet empire soit l'empire chrétien, il n'y est fait aucune mention ni du pape, qui n'y est pas une seule fois nommé, ni de la cour de Rome, ni de leurs droits d'instituer les électeurs, ou de confirmer la nomination de l'empereur après l'élection, encore bien moins du droit du pape d'intervenir dans l'élection ou dans le gouvernement de l'empire, sous prétexte qu'il en est le vicaire. Toutes les anciennes et récentes prétentions de la papauté à mettre la main dans les affaires de l'empire sont en droit écartées par le silence. L'empire devient ainsi plus national, quoique le nom d'allemand ne figure pas dans la lUille. L'empereur nommé en est le sommet, la tète (capul). Lesélectiuu'sensonl la ljase;ilsle soutiennent;

' Das Kurfut sien coUegium, von D' Oilo Uaraach, Gieriseu, 1883. TuME VL 25

ils en sont la lumière, « les candélabres ». Par là, il n'est pas étonnant que le plus grand nombre d'articles de la Bulle visent les électeurs et l'élection.

En vertu des chapitres vu et xx de la Bulle, la voix électorale et les autres fonctions qui en dépendent n'appartiennent qu'à un seul membre de la maison qui est en possession du pays ou territoire d'élection (Kurland). Ce territoire ne peut se partager et se transmet héréditairement, avec la voix, au premier né laïc et légitime; après lui à son frère et aux enfants de celui-ci ; les ecclésiastiques sont exclus de la succession. En cas de minorité de l'aîné des fils, c'est le plus prochain agnat majeur qui exerce la fonction d'électeur. En cas d'extinction de la maison électorale, l'empereur dispose du territoire et de la voix et en donne l'investiture, sauf dans la Bohême qui est un royaume électif. C'est l'archevêque de Mayence qui a décidément le devoir et le droit, un mois après le décès de l'empereur, de convoquer les électeurs; la ville de Francfort elle-même, et non le territoire ea?^ra-maros qui avait quelquefois servi à l'élection, est désignée comme le lieu obligé de la réunion électorale. Les électeurs doivent s'y trouver trois mois après. Faute de convocation, les électeurs s'y rendent d'eux-mêmes. Les plus minutieuses précautions sont prises, au chapitre i^' de la Bulle, pour assurer aux électeurs le libre et facile accès à la ville de Francfort pendant la période électorale. Tout électeur, sous peine de la perte de sa voix, et tout prince comte ou baron, sous serment, devra assurer même eu temps de guerre, sur son territoire, le passage de l'électeur qui se rend h Francfort, accompagné seulement de deux cents chevaux, dont cin(iuante armés, et toute ville est tenue de fournir au prince électeur et à l'escorte des Vivres à bas prix. La ville de Francfort, dont la garde est

confiée à ses bourgeois, n'est tenue de recevoir que les électeui's et leur suite.

Le chapitre ii de la Bulle détermine soigneusement les conditions de l'élection. Elle ne doit pas être préparée, comme cela avait eu lieu souvent auparavant, par des réunions antérieures. Elle se fait dans l'église Saint-Bartholomée. Après la messe du Saint-Esprit, les électeurs prêtent le serment [les ecclésiastiques parlant de l'autel, les laïques en mettant la main sur l'évangile] d'élire, sans fraude, ni simonie ou corruption, le chef temporeldu peuple chrétien (capué temporale populi ehristiani). On procède ensuite à l'élection, par l'électeur en personne, ou par celui qu'il a chargé de ce pouvoir. Les électeurs ne votent point les uns pour les autres. L'électeur absent ou sans fondé de pouvoir perd sa voix. L'archevêque électeur de Mayence, comme président de l'élection, s'adresse d'abord à l'archevêque de Trêves, qui a le premier vote, puis à l'archevêque de Cologne, au roi de Bohême, au comte palatin du Rhin, au duc de Saxe Wittenberg, au margrave de Brandebourg; il vote ensuite lui-même en dernier ; et le vote recommence jusqu'à ce qu'il y ait majorité. Seulement, l'élection doit être terminée dans les trente jours ; les derniers jours, comme au conclave des cardinaux dans l'élection des papes, on diminue le nombre des mets et la quanlité des boissons servis aux électeurs, même jusqu'à leur refuser le pain et l'eau. La majorité des voix suffit; l'élection est valable comme si elle avait été faite par toutes les voix, sans dissentiment. Avant d'agir comme empereur, l'élu confirme aux électeurs tous leurs droits et privilèges antérieurs ; s'il est électeur, il garde sa voix électorale. 11 est alors {imperator promovendus) empereur à promouvoir. Le sacre a lieu à Aixla-Chapelle, mais ne paraît pas, dans la bulle, obligatoire ;

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elelle ne dit pas par qui, laissant sans doute à l'empereur élu le droit de choisir celui qui le couronn<M'a. 11 n'est point question delà confirmation pontificale.

Les articles de la Bulle d'or, qui en font aussi une sorte de constitution politique, ont trait pour la plupart aux privilèges, aux honneurs, qui appartiennent aux électeurs, et au concours qu'ils prêtent à l'empereur, à leurs fonctions de gouvernement. Les articles VIII, IXel X énumérenl d'abord les droits et privilèges du roi de Bohême comme électeur, pour les répéter à la suite en faveur des autres électeurs, dans les articles IX, X et XI qui donnent la mesure des droits et privilèges reconnus à tous les membres du collège. Avec la préséance sur les autres princes, les électeurs ont le privilège de ne rien payer pour l'investiture, celui de battre monnaie d'or et d'argent, celuid'exploiterles mines et forêts de leur territoire, de jouir des droits régaliens, d'exercer le droit de justice sur leurs sujets, sans appel à l'empereur {jus de nonevocando), et d'être soustraits à sa juridiction, sauf le cas de déni de justice. Lnfin ils sont inviolables; porter atteinte à cette inviolabilité est crime de lèse majesté. Tout privilège contraire aux droits des électeurs est aboli. En dehors des réunions électorales et des diètes générales, depuis Rodolphe de Habsbourg siartout, et au milieu des compétitions impériales qui suivirent, les électeurs, comme les plus puissants princes de l'empire, s'étaient réunis pour intervenir tantôt entre les prétendants, tantôt entre l'empire et la papauté et se faire juges des prétentions de celle ci, particulièi-emenl sous Henri VII et Louis de Bavière. C'est ce qu'on appelait union électorale (A'aroemn). La Bulle consacre et régularise ce droit de réunion et de délibération des électeurs pour les faire concourir au gouvernement de l'empire. Elle leur fait une

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obligation de se réunir au moins une fois l'an, quatre semaines après Pâques, sur la convocation de l'empereur et au lieu indiqué par lui ; c'est ce qui fait du collège un rouage gouvernemental.

Cette oligarchie fermée et privilégiée devait être pourvue d'honneurs particuliers; et, entre les électeurs même, il fallait empêcher les compétitions, en réglant les préséances. La Bulle d'or y avise avec soin. D'abord, pendant la vacance impériale, c'est le comte palatin du Rhin qui prend soin de l'empire; il est le procisor imperii, il perçoit les revenus; il donne l'investilure; il juge dans les contrées du Rhin et au midi de l'Allemagne; point dans la Saxe oîi le prince a les mêmes pouvoirs. Pour les préséances, quand l'empereur est là, l'archevêque de Mayence esta sa droite, celui de Cologne esta sa gauche, sauf dans son ressort où il reprend la droite. Les titres d'archichancelier pour l'Allemagne, l'Italie, le royaume d'Arles sont reconnus aux sièges de Mayence, de Cologne et de Trêves; mais la bulle ne fait aucune mention des droits politiques et financiers qui pourraient y être attachés et qui sont exercés par le chancelier impérial qui aies vrais droits et devoirs de chancellerie et qui les fait valoir en Germanie, en Italie et dans le royaume d'Arles. Dans les processions solennelles des réunions électorales ou des diètes, comme grands officiers de la couronne, le duc de Saxe porte l'épée, le palatin porte le globe, le margrave de Brandebourg porte le sceptre, le roi de Bohême ne porte rien ; aux banquets solennels, le margrave de Brandebourg verse l'eau, le bohémien verse le vin, le palatin présente les mets, le duc de Saxe fait fonction de maréchal pour les écuries et les équipages. L'impérati'ice passe après le roi de Bohème dont le royaume n'est pas

considéré comme fief d'empire et dont les sujets sont soustraits à toute juridiction étrangère.

Un trait curieux à relever dans la Bulle : il y est dit que la majesté du saint empire romain devant prescrire des lois à plusieurs peuples de différentes nations et de différentes langues, il est juste que les princes électeurs, qui sont les colonnes de l'empire, aient la connaissance de plusieurs idiomes, leurs devoirs étant de soulager l'empereur en ses plus importantes affaires. En conséquence, il est ordonné que les tlls et héritiers du roi de Bohème, du comte palatin, du duc de Saxe Wittemberg et du margrave de Brandebourg, qui doivent savoir l'allemand pour l'avoir appris dès l'enfance, apprennent à parler, dès sept ans, les langues latine, italienne et slave, de façon à les posséder à l'âge de quatorze ans. Notons qu'à l'époque oîi les provinces fran. çaises commençaient à se détacher de l'empire, Charles IV ne fait pas mention de la langue qu'elles parlent, comme si elles étaient moins d'empire que la langue slave et particulièrement tchèque ou bohème à laquelle il pense.

Encore quelques prescriptions ou rélicences de la Bulle. Toutes les principautés [prineipatus) restent dans leur intégrité [in sua integritate) ; mais il n'y a rien, sur les rapports des électeurs avec les autres princes. Défense de former des ligues ou confédérations particulières, sauf celles que les princes feront pour la paix des provinces {pro pace provineiarum). Cette défense vise la petite noblesse et les villes. Voici qui est encore dirigé contre elles. Les bourgeois extérieurs des villes fPfahlburgenses) et les comtes, barons ou chevaliers, unis aux villes par des conventions tacites, ne jouiront de leurs privilèges que s'ils y résident en effet (corporaliter'. Proliibition « des guerres

et des querelles injustes ». Il y a donc des guerres justes. N'est-ce pas en faire le privilège des puissants qui ont toujours avec la force le droit pour eux, et par conséquent reconnaître pour eux le caractère normal des guerres privées, du droit du poing {Faustreeht). C'était une recommandation, après cela, peut-être un peu inutile, que celle de la paix publique, puisque le droit de guerre privée (!a Fedhe) subsistait.

Voilà la Bulle d'or. En constituant l'oligarchie des sept électeurs, elle consacre en leur faveur une situation acquise depuis longtemps. Ce qui était, en fait, le résultat de tout un passé de traditions et d'usurpations, devient un droit écrit. En donnant des garanties à l'élection impériale et en conférant au collège électoral des fonctions de gouvernement, Charles IV tendait à soustraire la couronne impériale aux chances de troubles nés de l'élection, et pouvait donner au gouvernement de l'Empire une sorte d'unité, si ses successeurs en avaient su user. 11 ne leur assure cependant, plus paisiblement il est vrai, que la transmission d'un pouvoir affaibli ; et il suscite la jalousie des maisons de Habsbourg, en Autriche, de Wittelsbach, en Bavière, des Ascaniens de Saxe-Lauenbourg qui, avec la même puissance, se voyaient privées des mômes privilèges. Malgré ces défauts, la loi d'élection, en gardant le silence sur les prétentions de la papauté au contrôle et à la confirmation du choix des électeurs, assure implicitement l'indépendance de l'empire, et lui restitue de plus en plus son caractère national. Dans les prescriptions, presque toutes renouvelées seulement, pour la paix publique, on s'explique moins la défense faite par l'empereur aux chevaliers de la petite noblesse, aux villes et aux corporations de se confédérer pour leur défense particulière. En

même temps qu'il prive l'empire, en l'absence de moyens meilleurs, d'utiles instruments d'ordre, il se pi'ive lui-même d'un contrepoids facile à opposer aux États qui venaient de grandir contre lui-même. Ajoutons (]ue, comme toujours, l'empereur Charles IV a pensé surtout dans la Bulle d'or à lui, à sa maison, à la Bohême, non seulement en leur faisant confirmer par une loi tous les privilèges qu'elles possédaient, avec ceux des autres électorals, mais en leur conférant encore, sur certains points, une prééminence assez accusée.

Le silence de la Bulle d'or sur le rôle pontifical dans l'élection à l'empire était grave pour les prétentions du Saint-Siège. Innocent VI réclamait et témoignait de son mécontentement en exigeant une dîme sur les biens ecclésiastiques. Charles IV rappela les décrets bien plus attentatoires à l'indépendance de l'empire, rendus par JeanXXll au sujet de Louis de Bavière. Pieux et se pi(iuant de théologie, l'empereur semblait autorisé à faire entendre quelques paroles sévères à la papauté d'Avignon. Dans une diète à Mayence, il repoussa les rérlamations du pape au S'.ijet de la dîme sur les biens ecclésiastiques et se plaignit vivement au légat pontifical des empiétements du Saint- Siège qui avait enlevé aux arclievô(iues le droit de confirmer les évêques; il somma le représentant du pape de rappeler au Saint-Siège comme plus pressante la nécessilé d'une réforme de l'Église; et, en attendant la réponse du pape, il ordonna aux prélats allcniands d'y procéder eux-mêmes. Charles IV recula cependant devant la vigoureuse résistance d'Innocent VI ; il céda au pape la moitié du revenu des vacances de l'empire, renonça à ses demandes de réformes, et persécuta même les Fraticelll, toujours en lutte avec le Saint- Siège, quand Innocent eût retiré, des constitutions de Clé-

ment VI conirc Henri Vil et des décrets de Jean XXII contre Louis de Bavière, ce qui portait atteinte à l'honneur de l'empire.

Progrès iulérieurs et extérieurs àa royaume de Boliôme, L'Universilé de Prague.

La pensée maîtresse de Charles IV, celle qui dominait toutes les autres, semble avoir été, en effet, de recommencer par la base l'œuvre impériale et allemande, en formant d'abord pour sa maison un état solide, compact, et qui pût aisément servir de lien et de base à l'édifice tout entier. La Bohème, qu'il destina, on ne peut le méconnaître, à devenir, comme la tête, le centre de l'empire allemand, avait, sinon toutes les qualités, au moins quelques-unes de celles qui convenaient à ce rôle. Adossée à la barbarie slave, par laquelle l'Allemagne était toujours menacée, mais bien défendue contre elle par le solide rempart de ses montagnes, sans occuper le centre de l'Allemagne, puisqu'elle était pour cela trop à l'est, la Bohême, située entre la haute et la basse Allemagne, à dislance égale des Haules-Alpes et de la Baltique, pouvait aisément, en se rattachant les états du nord et du midi, par le cours de l'Elbe et le moyen Danube, peser d'autant plus sur TAUemagne orientale qu'elle avait pour annexe directe ou indirecte les pays de Glatz et d'.-Egra, le margraviat de Moravie que Charles céda à son frère Jean, les duchés de Brcslau, de Troppau, de Ralibor, deTa?schen,deGlogau, l'évêché d'Olmutz et même le duché polonais de Mazovic Plozk, qui étaient autant de

postes avancés dans les pays voisins. Ajoutons-y, pour l'Allemai?ne occidentale, le domaine patrimonial du Luxembourg, érigé en duché par Charles IV pour son troisirme frère, Venceslas. Laissant de côté l'administration de ce nouveau duché à celui-ci, Charles, dans une diète où se réunirent à Prague les représentants de ses États de l'Est, confirma, par un acte solennel, composé de onze articles, les privilèges qui avaient été conférés à la Bohême par Frédéric II, en restreignant le droit d'élection au trône de Bohème au cas seulement où sa maison ne laisserait plus d'héritiers en ligne masculine ou féminine, et lui rattacha strictement ses annexes slaves, en décrétant dans un de ses articles que l'évèché d'Olmutz, le duché de Troppau, et les principautés silésiennes : Budissin, Gorlitz et le duché de Moravie faisaient partie en droit des États de la maison de Bohème.

Il y avait à peine deux siècles que la Bohême, longtemps tributaire de l'empire, marchait sur le pied d'égalité avec les autres États allemands; le droit électoral et les derniers privilèges conférés à Ottokar ne dataient que de Frédéric II. Maintenant, elle formait, grâce à son indépendance et à ses annexes, sous Charles IV, l'ensemble d'États le plus considérable de l'empire. Pour l'Allemagne, cependant, elle pouvait avoir un défaut : l'origine de la population, la langue de la Bohême étaient slaves, du rameau tchèque, et ses annexes, qui faisaient maintenant partie du domaine de la couronne, étaient slaves. Quoique la tradition, qui allait seft'açant davantage tous les jours cependant, mît sur les bords du Bhin le berceau de l'empire, sinon le noyau le plus pur de la nation germanique, la Bohême comptait décidément parmi les États les plus puissants dans l'empire. Elle y avait joué et y jouait encore un rôle

important ; mais elle n'était pas par sa population et sa langue précisément allemande.

Charles IV fit tout pour donnera la Bohême ce qui lui manquait, même, on peut dire, pour la faire plus civilisée, pour la rendre plus allemande, et pour masquer ses défectuosités comme résidence de l'empereur. Au fond, il se regardait plutôt, même en Bohême, comme le représentant du caractère et des intérêts allemands f|ue du caractère et des intérêts slaves. Il avait un chancelier bohémien, unmoravien,et un vice-chancelier allemand; mais ce dernier était le plus en faveur. « Il parlait six langues, mais il préférait l'allemande, dit de lui Kœnisgliofen, et c'est sous lui que se répandit le plus l'allemand dans un pays où l'on ne connaissait que le tchèque.» La ville de Prague, si merveilleusement située au centre de la Bohême et sur la Moldau, avait tout à fait la situation d'une capitale. Charles résolut de lui en donner l'importance. Sur la rive droite de la Moldau, autour de l'ancienne ville, il dressa le plan d'une nouvelle ville qui devait aller en demi-cercle, entourée de murs, de Wischrad au sud jusqu'à Portschitcli au nord. Il y avait outre quelques villages et églises, beaucoup de terrain inoccupé dans cet espace. Il y attira des habitants en donnant le terrain à bas prix, et, pour un certain nombre d'années, des exemptions d'impôts, et en ordonnant à tous les métiers bruyants, comme charrons, forgerons, brasseurs, tonneliers, qui étaient dans la vieille ville, de se transporter dans la nouvello. 11 y attira même les Juifs avec les mêmes privilèges en leur imposant de se bâtir des maisons en pierres. En dix années, les nouveaux murs, percés de quatre portes, étaient bâtis autour de la nouvelle ville (Neusfadt), ainsi que deux grandes places pour les marchés, aujourd'hui Karlsplatz et Venzelplatz.

396 CHARLES IV DE LUXEMBOURG (l347-i37R)

Le père de Chai'los IV, Jean de Luxembourg, avait déjîi fait ériger le siège épiscopal de Prague en archovêclié, et détaché ainsi la Bohème du diocèse de Mayence. Il avait déjà lui même ceint la couronne de saint Venceslas et été oint et consacré roi par le premier archevêque de Prague. Le roi Jean avait déjà résolu, en 1341, de rebâtir l'église, le dôme de Saint-Veit. Avant d'être élu empereur, Charles avait fait venir maître Pierre d'Arras pour dresser le plan du nouvel édifice et le commencer, ainsi que pour élever le château fort de Karlstein, destiné à renfermer les joyaux de la couronne et les archives de Bohême. Un Allemand de Gemunde, en Souabe, acheva ce dôme dans le grand style gothi(|ue d'autrefois. Pour l'inaugurer, Charles fit recueillir soigneusement toutes les reliques des pays tchèques dans celte cathédrale, afin de la rendre plus vénérable ; et, le jour de cette cérémonie qui fut comme une inauguration nouvelle, la ville de Prague renfermait plus de cent mille pieux visiteurs.

Charles IV avait étudié à Bologne et à Paris, il écrivait ses mémoires. 11 devait, après la religion, donner la consécration de la science à sa nouvelle capitale. Déjà, en 1347, sur les prières de Giiarles IV, le pape Clément VI (26 janvier), avait décrété qu'une école générale [générale stutZmm), avec toutes les facultés qu'elle comportait, pourrait être ouverte à Prague, la ville florissante et sainte, et que l'archevêque de Prague, de concert avec des docteurs et maîtres, poui-rail conférer le droit d'enseigner [licentiam doeendi) et la dignité de maître, après épreuves, pour en faire usage partout. L'Allemagne ne possédait encore que des écoles diocésaines. Charles IV eut la pensée, dit-il, que « les habitants de ses États ne fussent plus obligés d'aller élancher à l'étranger leur soif de savoir, mais qu'ils

FONDATION DE L'UNIVERSITE DE PRAGUE (13 i8) 397

pussent la satisfaire chez eux et y attirer même des étrangers, en assurant à l'avance sa protection particulière et royale à tous les docteurs, maîtres et écoliers qui voudraient les fréquenter; » il sii,nia la charte de fondation de l'Université de Prague [Unicersitas litteraria) sur le modèle et d'après les statuts des Universités de Paris et de Bologne; il y donna tous ses soins, en sa qualité de savant, quoique ses finances, fort obérées par les nécessités politiques,ne lui permissent point de faire tous les sacrifices nécessaires. Les maîtres, qui enseignaient près de i'église-catliédrale et de quehiues cures et abbayes, formèrent d'abord la Facilité des arts en se faisant inscrire dans l'Université pour jouir de ses privilèges ; un cei'tain Walter, maître des arts, bachelier en philosophie et médecin, en fut le premier doyen et y enseigna la physique. Un des clercs les plus renommés de Bohème, l'archevêque Ernest de Pardubice, fut nommé chancelier et curateur de l'Université, qui n'avait pas encore de bâtiments particuliers. Il appointa de ses deniers les premiers professeurs de théologie, un moine augustin pour la théologie dogmatique, un autre pour la prédication, le droit canon, etc.

Des docteurs allemands et français prirent les autres chaires des sept arts et de la théologie. Un Italien, attiré do Bologne par Charles IV, inaugura l'enseignement du droit, avec un maître Etienne, fourni par rarclievèqiie. Walter, à sa mort, laissa un élève, Dallhazar von Taus, ([ui enseigna la médecine. Grâce au goût particulier de Charles, dont on a un sermon en latin, et même de son chancelier, savant théologien et canoniste, la Faculté de théologie eut de suite le pas sur les autres Facultés, et y jouit même d'une certaine indépendance, puisque de jeunes et hardis prédicateurs, que l'iiistoire compte parmi les précurseurs

de Jean Huss, jouissaient de la protection de la cour. On a prèle à Charles IV l'idée de mettre à la tête de son Université, Pétrarque, la gloire de ce siècle, avec qui il correspondait, et à qui il avait offert l'éducation de son fils.

Ce n'était pas pour la Bohème seulement qu'il fondait cette nouvelle institution, mais pour ses différents Etats et pour l'Empire. C'est à cela que répondit, plus tard, quand l'Université de Prague eut pris plus de développement, la division des étudiants en quatre nations, selon les difilerentes régions de l'Empire, bohémienne, polonaise, bavaroise et saxonne, avec des privilèges égaux. En moins d'un demi-siècle, l'Université de Prague, longtemps la seule, compta plus de quinze cents étudiants.

L'empereur qui avait été élevé, pendant sa jeunesse, en France et en Italie, ne pouvait, après les lettres et les sciences, oublier les arts. C'est pour l'ornementation des deux grands édifices qu'il éleva : le dôme de saint N'eit, le château royal sur le modèle de l'ancien Louvre, celui de Carlstein, pour garder les insignes royaux et la couronne de Venceslas, qu'il groupa le talent et l'activité des artistes peintres, sculpteurs, doreurs et fondeurs en bronze, et qu'il attira en Bohème, entre autres, un Thomas de Modène, élève de Giotto, et un Wurmser, prédécesseur de Martin Schœn. Les deux moitiés de Prague, qui couvrait alors, ainsi que Rome, les sept collines et les deux rives de la Moldau, sur lesquelles elle est située, et qui se doublait en étendue et en population, furent bientôt réunies par un beau et solide pont; avec son dôme rebâti et promptement achevé, sur le type des édifices gothiques de France, œuvre de Mathias d'Arras, et son superbe château royal aux toits d'or, au milieu des fortifications qui défendaient ses nouvelles richesses, elle devenait digne, au centre

de la Bohème, du beau panorama qu'otïVe son unique situation.

Charles IV aurait voulu donner à la Bohême, sous le nom de Majestas caroUna, un code de lois uniformes, politique et civil, pour ramener son royaume, des autonomies féodales et municipales, à l'unité monarchique. Par atlachement aux vieilles coutumes, les Etats s'y opposèrent. Au nioins accommoda-t-il le Saehsenspiegel aux besoins de la Silèsie, et y fixa-t-il le régime des biens fonds. En Bohême même, il réussit à limiter les épreuves barbares du Jugement de Dieu et les guerres privées, à diminuer la puissance de l'aristocratie guerrière, en favorisant celle du clergé et des villes, à donner un fondement plus solide à ses finances en s'approchant de l'uniformité de l'impôt, et à conjurer l'aliénation des biens de la couronne. Ce qu'il fit de mieux pour la Bohême, avant lui encore pleine de troubles et presque sans culture, ce fut de lui assurer la paix et de travailler à la prospérité matérielle d'une nation plus sauvage et plus arriérée encore que l'Allemagne, bien que la masse de la population y fût assez douce et laborieuse. Il donnait l'exemple de la bonne justice en siégeant lui-même pour assurer la paix et protéger les pauvres et les petits. Dans un pays où il y avait beaucoup de terres en friche, il fonda un grand nombre de nouveaux villages pour concentrer, sur certains points, la culture, naturalisa la vigne, les arbres fruitiers sur les coteaux exposés au soleil, découvrit et nomma la source d'eau chaude de Carlsbad qui devint bientôt un de ses lieux de plaisance. Pour protéger la sécurité des champs et des roules, contre le brigandage, il partagea la Bohême en deux cercles de la paix publique, avec ordre à tous les seigneurs de la contrée de prêter assistance à leurs chefs ; il augmenta les

privilèges de la bourgeoisie, lui assura une législation spéciale, fixée par les communes et indépendante des diètes générales, conféra aux villes tchèques les privilèges accordés d'abord aux seules colonies allemandes, et reconnut aux paysans le droit de citer les seigneurs en justice. Il lit démolir un grand nombre de châteaux qui servaient de refuge à des brigands plutôt qu'à des seigneurs, et pendit une fois de ses mains un seigneur, voleur de grand chemin, qu'il avait fait chevalier. Sous cette administration vigilante, Prague, grâce à son Université, attira surtout un grand nombre d'Allemands qui commencèrent alors à y submerger les Tchèques, dont ils traduisirent les œuvres, et à y jouer un rôle prépondérant, contre lequel cependant Charles cherchait à lutter. La Bohème, sous son règne, compta bientôt cent villes bien fortifiées, trois cent soixante villages et vingt églises collégiales. Charles IV pouvait dire de tout ce pays si bien encadré par ses pittoresques montagnes ce qu'il disait un jour du haut des fenêtres de son château royal de Ncustadt : « Toul ceci est mon ouvrage ! »

La prospérité et le bonheur de la Bohème, sous Charles IV, n'eussent point suftl pour en faire un grand centre d'attraction pour l'Allemagne, si l'empereur ne s'était elîorcé en même temps d'augmenter encore davantage la masse de ses États héréditaires. Mais, comme bien l'on pense, c'était beaucoup moins par la guerre que par sa diplomatie de mariages, d'héritages, de rachats et autres moyens ([uil cherchait et réussit souvent à atteindre son but.

Les maisons les plus voisines de la Bohême aux dépens desquelles il pouvait s'agrandir, étaient celle de Wittelsbach ou de Bavière qui avait des possessions dans la haute et dans la basse Allemagne, des pentes des Alpes aux

PROGRÈS DE LA MAISON ET DU ROYAUME DE BOHfi\fE 401

plaines de Brandebourg, et celle d'Autriche qui s'étendait de l'est à l'ouest, dans toute la haute Allemagne, de la Hongrie au Rhin, surtout depuis l'acquisilion qu'elle avait faite par Marguerite Maultasch, dont l'époux et le fils étaient morts, du Tyrol et du Voralberg, qui lui permettaient de réunir eu un tout les possessions orientales et occidentales des Habsbourg. Elles étaient difficiles à entamer parce qu'elles étaient presque aussi riches, aussi puissantes que la maison bohémienne elle-même; mais les démembrements auxquels donnèrent lieu, dans ces maisons, des morts fréquentes, suivies de partages de successions, favorisèrent singulièrement les desseins de Charles IV.

Le comte palatin Rodolphe qui s'était séparé déjà des intérêts de la maison bavaroise de Wittelsbach, quand son frère Louis était empereur, avait abandonné bien plus encore ses neveux quand l'empire passa aux mains de Charles IV. La demande que celui-ci lui avait faite de sa fille Anna en mariage avait suffi pour le détacher complètement des intérêts de sa maison. H avait laissé Charles IV rendre la liberté à son frère Robert, palatin comme lui, au prix de plusieurs châteaux dans le haut palatinat, limitrophe de la Bohême ; et, après la mort de Rodolphe, ce Robert, son frère et son héritier, avait aliéné également à Charles IV vingt châteaux ou villes du haut palatinat qui portaient la domination bohémienne jusqu'aux portes de Nuremberg. Dans l'autre branche de la maison de Bavière, les fils même de l'empereur Louis IV, au nombre de quatre, s'étaient partagé les États de leur père. L'aîné Louis, pour garder la Haute-Bavière et le Tyrol qu'il préférait, avait laissé à son cadet Etienne la Basse-Bavière, et aux deux plus jeunes, Louis le Romain et Olton, le Brandebourg, dont il avait d'abord hérité, sans que Charles IV cherchât à faire régner

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