‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 73 sur 91 · Tome VI · texte numérisé non relu

Tome VI

entre eux un accord dont l'absence pouvait lui profiter. En épousant, en 1353, une seconde Anna de la maison de ScliNveidniiz et Hauer, nièce du duc Dolko, Charles s'assura d'un autre côlé, à la mort de celui-ci, la possession de ces deux duchés, les seuls de ces parages slaves qui ne relevassent pas de la suzeraineté de la Bohême. Enfin, il racheta, au nord-est de la Bohême, du margrave de Brandel)ourg, qui l'avait engagé à la Misnie, la Basse Lusace (pii achevait de garantir la frontière orientale de son royaume. La haute vallée de l'Oder était entre les mains de l'empereur roi ; mais c'était surtout le cours moyen de ce fleuve iiu'il convoitait et particulièrement le Brandebourg qui l'eut introduit dans toutes les afl'aires du nord de l'Allemagne.

A la mort de Louis, l'aîné des fils de l'empereur Louis IV, qui avait laissé le margraviat à ses cadets Louis le Bomain et Otton, leur frère, devenu l'aîné, Etienne de Bav.ière- Landshut, s'était saisi sur eux d'une partie de la Haute- Bavière. Charles profita du mécontentement qu'ils éprouvèrent à ce sujet et promit au plus jeune Otton, qui par la mort de son frère devint bientôt maître de tout le Brandebourg, sa fille mineure Elisabeth en mariage, s'il voulait l'instituer son héritier, au cas qu'il mourijt sans enfant; puis, comme la jeunesse de la princesse reculait assez longtemps son attente, il lui donna sa fille aînée, Catherine, veuve d'un prince d'Autriche, chétive personne qui ne lui promettait guère de postérité. Otton encore berné se fâcha et voulut se réconcilier avec ses parents de Bavière pour obtenir quelques secours; et, en effet, il conclut avec les ducs de Bavièr«% les comtes palatins et même le roi Louis , de Hongrie, en septembre 1309, contre Charles, une alliance qui n'était pas sans danger. Mais l'empereur regagna un des princes bavarois, Albert Straubing, en fiançant son fils

Venceslas h la fille de celui- ci et sa fille Anna à son second fils. Alors, en 1371, avec une bonne armée, il envahit le Brandebourg, assiégea et prit Mùnclienberg au nord-ouesi de Francfort sur l'Oder. Olton appela à son secours Louis le Grand, roi de Hongrie. Charles ti\clia, par des tentatives d'alliances matrimoniales, de désintéresser celui-ci, qui, d'ailleurs, fut détourné d'un autre côté par des attaques de ses voisins de Pologne et de Venise. Abandonné, Otton signa, en 1373, un traité aux termes duquel la marche de Brandebourg revenait, à sa mort, entre les mains du fils aîné de Charles IV, Venceslas, à l'exclusion de tout autre héritier. Une somme de 500,000 florins d'or et l'amour d'une belle boulangère consolèrent Olton des échecs de son ambition. La paix ainsi avantageusement faite, Charles IV^ obtint aussi pour son autre fils Sigismond, la main de Marie, l'aînée des filles de Louis de Hongrie; ce qui donna encore de nouvelles perspectives à l'ambition de sa maison.

Ce fut l'ouverture de la succession du Tyrol par la mort (1363) de Mainhard, fils de Marguerite de Maultasch, qui permit à l'empereur, sinon de s'agrandir également du côté du midi, au moins de tenir en équilibre les deux maisons de Bavière et d'Autriche. Mainhard, en se manant, avait promis de laisser sa succession à ses beaux-frères d'Autriche s'il mourait sans enfant. Le duc Rodolphe IV d'Autriche, en vertu de celte promesse, envahit immédiatement le Tyrol, recula Baulzen, l'hommage des États tyroliens, et, pour conjurer les conséquences des caprices possibles de Marguerite Maultasch qui, pendant son veuvage, avait laissé à Neuhaus de tels souvenirs que les paysans croient voir encore son fantôme {die bœse Gret) hanter les ruines du château, lui assura une pension. Cet agrandissement était redoutable pour les projets de Charles IV. Rodolphe IV,

prince ambitieux, se piquait de rivaliser en tout avec son beau-frère Charles IV. A Vienne, il bâtissait l'église de Saint-Étienne l'un des chefs-d'œuvre de l'art gothique qui rivalise avec Saint-Veit de Prague et y fondait, en 1363, une Université richement dotée en concurrence avec Prague. Il contractait aussi des alliances et des traites de succession avec le roi de Hongrie. Il fabriquait de faux documents impériaux qui, sous le nom de Pricilegium ma/us, pouvaient l'autorisera prendre le titre d'archiduc palatin et soustraire presque ses États à la suzeraineté impériale ; il avait montré plusieurs fois l'intention de relever à son profit les duchés de Souabe et d'Alsace oii il possédait tant de riches domaines. Charles IV soutint contre Rodolphe les prétentions d'Etienne, duc de la Basse-Bavière, et força ainsi les princes autrichiens, à faire, sous l'intervention de Louis de Hongrie, entre les deux familles de Bohème et d'Autriche, un traité de succession en vertu duquel elles étaient constituées héritières l'une de l'autre, en cas d'extinction de leur ligne directe.

Charles IV et, en général, tous les princes allemands étaient grands amateurs de ces sortes de contrats pour arriver à agrandii' leurs domaines. Un pacte analogue fat conclu dans le même temps entre l'autrichien Rodolphe IV et Louis le Grand de Hongrie. Les deux aînés des quatre princes autrichiens, dont Rodolphe, étant morts peu après, Charles IV semblait se rapprocher du but qu'il avait visé. Il affaiblit au moins ses deux derniers rivaux, en attendant une éventualité qui pouvait aussi bien menacer sa maison. H profita des discordes des deux princes autrichiens qui restaient, Albert à la Tresse et Léopold le Pieux, pour leur faire faire, contrairement à la tradition de la dynastie, un traité de partage qui assura au premier Vienne et l'Autriche et le

reste au second. Au moment où Charles IV obtenait des États de Moravie la réunion à la Bohème de cette province encore administrée séparément, quoiqu'elle lui appartînt, c'était un grand point. L'unité se faisait dans ses États et la désunion dans ceux de ses rivaux. « Nous avons, dit-il, avec joie, travaillé longtemps à humilier la maison d'Autriche et voici maintenant qu'elle s'est abaissée elle-même, »

Jamais on n'avait vu une telle masse de domaines, aussi compacte, réunie entre les mains d'une seule maison. Le patrimoine de Charles IV, débordant au-delà des quatre chaînes de montagnes qui entourent la Bohême, entamait et menaçait de tous côtés l'Allemagne et les pays slaves, parla Silésie et le Brandebourg au nord-est, par la Moravie et la Bavière à l'est et à l'ouest, sans compter les conséquences possibles des mariages que l'empereur avait fait conclure à l'aîné de ses fils, Venceslas, avec l'héritière de Hollande, au second, Sigismond, avec la fille du roi de Hongrie, et les précautions qu'il avait prises pour que le Luxembourg et le Limbourg, échus à son frère Venceslas, revinssent à la Bohême. De loin comme de près, jamais empereur n'avait ainsi enlacé l'Allemagne dans ses États héréditaires. De la ville de Prague et de la Bohême comme centre, il ne dése'ipérait pas que lui ou ses descendants ne parvinssent à tout réunir. Il projetait un canal, de la Moldau, qu'il avait rendue navigable, au Danube, et il établissait, dans le Brandebourg des entrepôts le long de l'Elbe, afin de faire passer, par cette voie, le commerce qui se faisait entre l'Italie et les villes hanséatiques. Le centre de l'Allemagne, après avoir passé, avec ses différentes dynasties, de la Saxe à la Franconie, et de celle-ci à la Souabe, après avoir varié avec les destinées de la couronne, du nord à l'ouest et au sud, pouvait bien maintenant et sans désavantage peut-être

se fixer, sous la dynastie originaire du Luxembourg, à l'est, au milieu des fortifications naturelles de la Bohème.

Une conduite habile dans le gouvernement des affaires de l'empire, dans ses rapports avec le clergé, les princes, les villes, la petite noblesse, qu'il aurait pu aisément opposer aux grands princes, eussent peut-être aidé aussi Charles IV à affermir l'autorité impériale et à fortifier le gouvernement <ie l'Allemagne. Sa politique générale ne fut pas toujours aussi bien inspirée que celle de famille.

Charles IV, les villes et les associations des villes

En l'année 1360, Charles IV avait certainement une situa- ,lion prépondérante en Allemagne et presque en Europe. Pour faire équilibre aux grands États qu'il n'avait pu entamer, il avait créé de nouveaux princes, les ducs de Luxembourg, de Mecklembourg, de Bar, de Liège, de Berg. Mais la petite noblesse, qui commençait à former des confédérations pour se défendre contre la grande, et les villes surtout de la Souabe, de la marche de Brandebourg et du nord, qui avaient déjà donné, en 1331 et 1347, l'exemple de se liguer pour défendre leurs privilèges, étaient une autre préoccupation pour Charles l^^

On a vu dans la Bulle d'or quelles étaient ses dispositions contre elles ainsi que contre la petite noblesse. Le soin particulier qu'il apportait à favoriser les villes de la Bohême et surtout celle de Prague, explique encore son animosité contre les villes allemandes. 11 avait déjà plusieurs fois donné, puis repris l'autorisation pour les villes

do se lii^iieret de se défendre, si ce n'est dans l'inlérèt de la paix publique ; le mouvement de concenlralion des villes commencé vingt ans auparavant s'était ai'rèlé.

Le point de vue politique de Charles IV et celui des villes étaient toutdifï'érent. L'empereur tenait à conserver sur elles comme sur la petite noblesse tous ses droits. Il prétendait pouvoir leur faire la loi, les imposer ;i son gré, les aliéner aux pi'inces ou les leur donner en garantie dans ses traités pécuniaires avec eux. Les villes prétendaient garder et développer leur droit privé, municipal, leur indépeudance sous l'autorité impériale, organiser leur commerce au dehors et se confédérer entre elles pour protéger leurs intérêts contre tous, même conti'e l'empereur, et faire régner aussi la paix. Cette paix, générale pour l'Allemagne et particulière pour chaque contrée, était bien le but commun de l'empereur et des villes; mais Charles IV voulait l'établir lui-même en réunissant dans les ditférentes contrées, les princes, les nobles, les villes par des comités particuliers et par des mesures communes en vue de la paix de chaque pays; il aurait ainsi tenu dans un vaste réseau pacifique tout J'empii'e sous son autorité protectrice. Les villes préféraient s'unir entre elles pour pouvoir au besoin défendre même leur indépendance contre l'empereur et contre les princes. Or, il y avait dans l'intérieur même des villes un mouvement ascendant des corporations inférieures des petits métiers, pour partager le gouvernement municipal avec l'ancien patriciat, ou même pour évincer celuici; et cet esprit nouveau leur coramuni(iuait une force avec la(iuelle il fallait compter.

Commencé à S[)ii"e, ce mouvement démocratique s'était propagé, étendu le long du Rhin, à Strasbourg, à Constance et de là même dans toute la Souabe, dans le bassin du

Danube. Dans la ville de Nuremberg, où le patriciat avait été puissant, deux chefs populaires surnommés Barbe-debouc et Pied-de-paon (Geissbart et Pfauenlritt) avaient fait réussir le mouvement en 1349. De la Suisse où le bourgmestre Brûnn, issu aussi des petites corporations, avait fait entrer la ville de Zurich dans la confédération des trois cantons primitifs, l'exemple avait gagné Esling, Ulm, Reutlingen, Heilbronn, qui repoussaient vigoureusement les tentatives dEberhart de Wurtemberg chargé de faire prévaloir les droits de la prévôté impériale; et celles-ci avaient été plusieurs fois sur le point de former aussi une sorte de coniedéralion libre et républicaine. Dès le commencement de son règne, Charles IV avait condamné, entravé ces tentatives diverses, réprimé en personne l'émancipation des petites corporations de Nuremberg, condamné les villes souabes à payer des dédommagements à Eberhart de Wurtemberg, et marché avec une armée au secours des princes autrichiens contre Zurich pour l'obliger à renoncer à la confédération avec les villes forestières.

Un peu plus tard cependant, sa politique avait été plus hésitante. Plusieurs de ses décrets postérieurs accordaient aux bourgeois de certaines villes le droit de tester, l'égalité avec la petite noblesse devant les tribunaux, même la permission d'admettre des serfs dans leurs faubourgs. C'était peut-être plutôt une manière de leur tirer de l'argent qu'un changement de politique. Néanmoins les cités allemandes de leur côté cherchaient de plus en plus la garantie de leur liberté dans l'atiranchissement des corporations de petits métiers et surtout dans leurs ligues. Les petits métiers de Nuremberg atteignent, en 135(3, le but qu'ils avaient déjà manqué et font entrer leur ville dans la ligue souabe ; ceux d'Eslingen assiègent, dans sa maison, l'empe-

reur qui était venu dans leurs murs pour les réprimer (1360). Quelques années après, dans la riche et puissante ville d'Âugsbourg (1368), un hardi marchand du nom de Weissisprunner, présente au patriciat assemblé en conseil la requête des petits métiers qui sont admis à partir de ce jour il la gestion des affaires et qui inaugurent leur pouvoir en faisant entrer cette cité impériale dans la ligue souabe en train de se reformer. Celle-ci s'organise enfin tout à fait en 1370. Les villes de la Haute-Souabe ou Souabe du sud se réunissent par délégués à Ulra, celles de la basse à Eslingen et se donnent un capitaine, choisi dans la petite noblesse pour commander leurs forces. En 1371, ce capitaine est fait prisonnier par quelques chevaliers. Les villes veulent en tirer vengeance. Leurs milices sont défaites le 7 avril par leur vieil ennemi Eberhart de Wurtemberg; elles payent de fortes contributions.

L'empereur voyant cependant que Eberhart outrepasse ses instructions et travaille en Souabe plus pour sa propre autorité que pour celle de l'empire se tourne enfin luimême contre ce remuant seigneur, le fait prisonnier dans Schorndorf, impose la paix et en tirant de l'argent des petites villes souabes, leur promet de ne jamais les aliéner il un prince. Après avoir condamné la confédération suisse, il en vient enfin à confirmer solennellement l'association maintenant plus étendue des villes de Schwitz, d'Uri, d'Unterwalden, de Lucerne, de Zurich, de Zug et de Glaris (137:2) ; premier titre d'indépendance de la confédération helvétique, et à confirmer à Zurich tous les privilèges conférés par ses prédécesseurs.

Un fait nouveau explique encore ces tergiversations de la politique impériale, sous ce règne si fécond pour l'Allemagne. La petite noblesse, la chevalerie, menacée à la fois

dans son indépendance et dans ses habiludes un peu sauvages par la puissance des princes et par les confédérations .des villes, cherche elle-même sa défense dans l'association. C'est alors, qu'entre les petits seigneurs châtelains commencent en Souabe principalement parce qu'ils y étaient plus nombreux et plus menacés, ces nombreuses petites associations, du glaive, de l'épée, de la couronne, de Saint- George, qui, sous emblème et prétexte d'exercices militaires ou de tournois, prennent bientôt aussi une certaine indépendance politique. Tout tend en Allemagne à se constituer en petits groupes isolés, indépendants, sans que l'empereur trouve le moyen de se faire le centre, le pivot de tous ses nouveaux rouages de la société allemande. L'empereur, les princes, les villes, restent étonnés, embarrassés à la vue de ce fait nouveau. L'empereur, les princes, se serviront-ils de ces associations de chevaliers contre celles des villes? Les villes ne chercheront-elles pas à tourner contre les princes cette nouvelle force, en s'unissant à elle. 11 faut bien avouer que la petite noblesse était l'élément le plus indiscipliné de toute la société allemande. Éberhart de Wurtemberg, menacé par le chevalier Woltf de Wunnenstein à la tète d'une de ces associations de la petite noblesse, demande contre lui le secours des villes souabes. Quelquesunes, voyant toutes les routes de commerce mises en danger parce nouveau débordement de l'indépendancegermaniciue, se liguent avec le prince contre la chevalerie, l'aident à la comprimer au risque de voir, ce qui arriva peu de temps après, Eberliart se retourner de nouveau contre elles, quand il eut t'ait la paix avec la petite noblesse.

En général, la conduite de l'empereur Charles I\', dans ces complications, esttoujours dictée parl'intérêt personnel. Elle est au jour le jour. Il ne menait à bien les négociations de

sa politique de famille qu'avec beaucoup d'argent. Sur la fin de son règne, à deux reprises différentes, il s'aliéna les villes Sounbes, d'abord en levant sur elles à toute occasion, et bientûtpour faciliter l'élection de son fils Venceslas, de forts impôts, ensuite en engageant lionawerth pour garantir des .emprunts qu'il est obligé de faire en 1376. Les villes, guidées par un certain Hartmann Eslinger et un Conrad Bessererse confédérerent au nombre de treize, pour se porter mutuellement secours et défendre leurs droits, privilèges et bonnes coutumes. A toute sommation de l'empereur, elles s'entendront pour faire réponse. Elles repartiront entre elles les frais militaires sur la base de l'impôt impérial. Elles délibéreront sur l'entrée de nouvelles villes dans l'association et en décideront à la majorité des deux tiers. Deux délégués de chacune formeront l'assemblée générale. Charles IV veut prendre des mesures contre cette tentative; il met le comble à leur fureur. Trois villes nouvelles, entre autres Kempten entrent dans la ligue qui enrôle des chevaliers, refusent de reconnaître comme roi le jeune Venceslas et s'arment comme un seul homme. Les bourgeois et les compagnons eux-mêmes, se munissent de lances et d'arbalètes, ce sont les Knechte der Freiheit, les soldats de la liberté.

. Charles IV vient avec son fils Venceslas assiéger Ulm -capitale de la ligue. L'usage de la poudre de guerre qui venait de pénétrer en Souabe leur permet de se défendre encore même contre les chevaliers de l'empereur, du duc de Bavière et d'Eberhart. En rase campagne, oi!i les milices urbaines les suivent, ceux-ci ne sont pas plus heureux. Près .de Reutlingen, ils essuient avecEberhart une défaite décisive à Alpeck; le fils de leur ennemi est fait prisonnier; dans l'action succombenttrois comtes et cinquante-sept che-

valiers. Le duc de Bavière abandonne la lutte. Eslingen entre dans la ligue. Tout le poids de la guerre retombe sur Eberhardt. L'empereur, oblige d'intervenir, fait jeter d'abord par son tils Venceslas (1377), les bases de la paix en levant le ban impérial; puis, par la paix de Rothenburg, qui entra dans la ligue, il reconnaît les privilèges de leurs villes, s'engage à ne plus les livrer en gage, promet de ne plus leur donner pour bailli le comte Eberhart, les laisse s'associera l'abbé de Saint-Gall et à Appenzell et leur permet ainsi de défendre virilement leur liberté. Les villes célébrèrent à Ulm ce grand événement en bâtissant leur dôme, qui devait surpasser tous ceux de l'Allemagne. Lesduesd'Autriche entrèrent dans la ligue; et Charles IV voulant célébrer la paix fit une entrée triomphale à Ulm, comme pour tout sanctionner.

Vis-à-vis des villes lianséatiques qui étaient loin de lui, Charles IV parut agir avec plus de suite et de persévérance, probablement parceque sa conduite tenait à sa politique de famille. Maître du Brandebourg par la cession que le margrave Otton en avait faite à son fils et futur successeur Venceslas, après la mort de son frère Louis le Romain, il intervenait aisément dans les affaires du Nord et des rives de la Baltique. Une querelle avec le roi de Danemark, Waldemar 111, qui s'était emparé, avec la Norwège, du Sund, obligeait alors ces villes h faire les plus grands efforts. Pour avoir l'appui d'une partie de l'Allemagne, avec celui du grand maître de l'ordre teutonique, Kniprode, Lubeck et ([uelqucs autres villes de la Baltique, signent, en 1361, à Cologne, le premier traité écrit qu'on possède sur leur association avec les villes du Rhin, et concluentleur première alliance avec l'ordre teutonique et leur grand maître. Toute

la Hanse s'arme. Elle fixe les contingents, les contributions financières de chacune d'elles, s'entendent avec le duc de Mecklembourg et la noblesse du Holstein, en prévenant l'empereur et môme le pape, qu'elles ne leur faisaient point la guerre, et mettent l'aigle impérial dans le sceau de la ligue. Dans cette lutte où elles voulaient vaincre ou périr, un des amiraux de ses fiottes s'étant laissé surprendre, porte sa tête sur le billot. Son successeur, le fils du bourgmestre de Lubeck, Warendorp, ravage jusqu'à deux cents villes sur les côtes du Danemark et de la Suède, s'empare de Copenhague; pendant que Waldemar fuyait dans le Brandebourg, et arrache aux nobles danois et bientôt h Waldemar (1.H70) un traité, par lequel le Danemark s'engageait à ne plus choisir un roi sans la consentement de la Hanse.

Ce fut l'apogée de cette formidable ligue; divisée en quatre quartiers ayant chacun leur chef-lieu, elle fit la loi dans les mers Baltique et du Nord et monopolisa en réalité le commerce en ne permettant le transport de certaines marchandises que sur ses vaisseaux et leur entreposement, que dans ses propres comptoirs de Novogorode, Bergen, Londres et Bruges, véritables colonies au sein de la Bussie, de la Suède, de l'Angleterre et des Pays-Bas. Charles IV qui plongeait par ses possessions du Brandebourg au milieu des villes de la Hanse, comprit le parti qu'il pouvait tirer pour ses projets de celte puissante association. Il avait obtenu en 1373 la renonciation de tous les Wittelshach à l'héritage du Brandebourg. Il en investit en 1371 son fils Venceslas àTangermunde sur l'Oder, avec l'assentiment desÉtats de la province. Maître ainsi des cours de l'Elbe et de l'Oder, par Tungermunde et Francfort, devenus entrepôts de la Hanse à l'intérieur, il étend sa paix publique dans la Marche, enPomé-

ranie et en Mecklembourg en donnant à ses provinces un conseil de bourgeois et de chevaliers avec un comte pour capitaine. 11 accoi'de ungrandnombre de privilèges à leurs villes, et des comptoirs nombreux dans les États Bohémiens; correspondant fréquemment de son palais impérial qu'il se bâtit à Tangermunde, avec le Brandebourg, il est connu au milieu d'elles. En 1377, il se rendit en grande pompe à Lubeck avec sa femme et ses enfants, donna aux sénateurs de la puissante ville le liti-e de sei;/neurs et éleva son bourgmestre au rang de vicaire de l'empire. Il se fldtlail peut-èlre d'être nommé le chef de la ligue. Mais les bourgeois de Lubeck le payèrent de sa monnaie, lui ofl'rirent un présent de douze faucons, et ordonnèrent que la porte par où il était entré fût pour toujours murée, pour que le sol ou Sa Majesté avait marché ne fut plus jamais profané; et Charles IV fut en effet le dernierempereur qui entra dans'la puissante capitale de la Hanse.

Dernières années de Charles IV

Les dernières années de Charles IV n'eurent pour but que .de l'aire nommer, de son vivant, son lîls aîné Venceslas roi des Bomains, pour lui assurer sa succession à l'empire et lui rendre les commencements du gouvernement facile.

Cela n'était point aisé, lin 1375, Venceslas avait à peine quatorze ans; les électeurs n'élaienl pas disposés à préparer ainsi l'hérédité de la maison de Luxembourg au trône impérial. Charles IV savait, il est vrai, comment les gagner; il en avait fait pour lui l'expérience. Mais le pape, dont lin-

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fluence sur l'éleclion impériafe avait été exclue pav la Bulle d'or, était mal disposé ; au moins, aurait-il voulu rattraper ce qu'il avait perdu; et Charles IV, en cela d'accord avec les électeurs, prétendait que l'élection de son fils se fît au moins indépendamment du pape, selon les principes qu'il avait fait valoir dans la Bulle d'or. Sa diplomatie à cette occasion est une sorte de chef-d'œuvre.

La première fois que Charles IV fit part doses intentions au pape, celui-ci demanda que l'empereur et son tils lui prêtassent le serment que le premierlui avait prétéen 1317, pour sauvegarder les droits pontificaux, et qu'ils s'engageassent à empêcher l'élection impériale ultérieure, sans le consentement de la cour de Borne. Charles IV lit espérer au .pape, alors Urbain V, qu'il irait traiter de l'aftaire à Avignon. En tous cas, il commença à négocier avec lui, et, pour en obtenir quelque concession ou pour l'endormir, il lui promit des secours contre les factions italiennes plus hostiles que jamais au retour du pontife à Rome; il alla même jusqu'à mettre au ban de l'empire la ville de Florence qui s'était liguée avec les autres villes de la Toscane et le tyran de Milan, Barnabo Visconti, contre les légats et les mercenaires pontilicaux qui voulaient toujours faire rentrer dans la soumission les villes rebelles des États de l'Église. Les bonnes paroles ne lui coûtent pas pour le Saint- Siège ; pour tous les électeurs allemands il fallait des actes. A Mayence, il y avait deux compétiteurs à l'archevêché électoral, un Nassau, élu par le pape et par le chapitre, et révêquede Bamberg, Louis, que l'empereur préférait comme lié à ses partisans. Charles soutint ce dernier par les armes et par de l'argent. Il parvient à introduire un instant sa créature dans Mayence, et, de là, il se met en rapport avec l'archevêque de Trêves, Kuno de Falkenstein, et avec l'arche-

vêque de Cologne, Frédéric, neveu de celui-ci; de plus, il donne au premier, le plus important, la seigneurie de Lirabourg et le baillage de la Wetteravie, avec promesse de 50,000 florins pour lesquels H lui engage quelques bonnes villes. L'archevêque de Trêves et celui de Cologne s'engagent à préparer l'élection à Rense, malgré l'interdiction de la bulle d'or. Voilà pour les électeurs ecclésiastiques. Pour les princes laïcs, les Wittelsbach, le comte palatin Robert et le duc de Saxe, ils pouvaient être indisposés par l'incorporation que faisait alors Charles IV de la province et de l'électoral du Brandebourg au royaume de Bobême. L'empereur paye les dettes du comte palatin, lui donne des villes comme Oppenheim et Kaiserslautern en gage et confère au duc de Bavière le landgraviat d'Alsace. Le duc électeur de Saxe Wittenberg promet sa voix pour le gouvernement vacant de Lauenbourg. iMargrave de Brandebourg et roi de Bohème, Venceslas avait cédé le Brandebourg et cette voix à Sigismond, son frère, pour la ville de Donauwerth et 60,000 florins. La voix de la Bohème était naturellement à Charles IV; il ne se fait cependant pas faute même de gagner par des faveurs le duc Albert d'Autriche, le burgrave de Nuremberg, prince puissant en Bavière et le comte de Wurtemberg, Eberhart, quoiqu'ils ne soient point électeurs. Déjà, le 2:2 février 1375, dans la ville de Bamberg, Trêves, Cologne, Mayence, le palatin, le Saxon s'engagent à élire Venceslas. La cour d'Avignon commence à s'émouvoir. Mais Urbain V' meurt. Grégoire XI a les soucis du commencement d'un pontificat. En mars 1276, à Nuremberg, où il se trouve avec sa famille, Charles IV fait promettre aux électeurs présents, ecclésiastiques et laïcs, de procédera l'élection, le premier mai suivant; il l'annonce au nouveau pape et lui demande non son approbation, mais seulement sa

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bienveillance, tout en s'excusant, pour des raisons de santé, de ne point aller dans cette ville pri'senter ses hommages et prêter son serment au nouveau pontife.

C'était le moment pour la Curie de se fâcher. Grégoire envoie légat sur légat déclarer toute élection nulle, et le couronnement, sans son consentement, impossible. Le dernier légat rencontre Charles et les électeurs en route pour Ileidolberg et les bords du Riiin. Il leur annonce que le pape leur interdit d'agirsans son approbation ; mais, les électeurs, qui étaient gagnés, n'entendaient pas que le pape intervînt en aucune manière dans l'élection. Ils répondent qu'ils ne veulent point de consentement du pape avant l'é- Jeclion et encore moins de confirmation après. Pour eux, le pape n'a droit de confirmation que sur les évéques et les abbés; c'est empiéter sur leurs droits et sur le droit de l'empire que de prétendre cà approuver soit l'élection, soit le couronnement de l'empereur, ils ne demandent rien que « sa bienveillance et sa faveur accoutumée »au Saint-Siège. Habile à ménager les choses, Charles IV, recule l'élection jusqu'au 10 juin pour laisser au pape le temps d'envoyer son consentement; mais il continue sa roule et se trouve h Racbarach sur le Rhin avec les électeurs en mai. Tout était fait, Charles IV pouvait disposer lui-môme de deux voix, celle de Venceslas, roi de Bohème, celle de Sigismond, mineur cependant, mais ayant acquis la voix du Brandebourg. On se rendit à Rense, autrefois l'endroit désigné des élections préparatoires, mais non reconnu par la Bulle d'or. Là, on décide ((u'il y a lieu ii élection : on reconnaît Louis de Bamberg connue archevêque électeur légitime de Mayence, on admet le vote de Sigismond mineur; on décide que Charles IV et non Venceslas volera pour la Bohème et l'empereur annonce solennellement à la ville de Francfort, le

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