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de forces, Lucerne restait pi-esque seule à rextrémité nord du lac des quatre cantons, sans autres secours que quelques centaines d'iiommes venus de Sclnvytz, d'Uri et d'Unterwalden; Cerne n'avait pas fourni son contingent.
Le 9 juillet, les Autrichiens heurtèrent à l'improvisle les Suisses qui accouraient au secours de Lucerne dont ils avaient appris le danger. Les deux troupes s'arrêtèrent un moment, à Meierholz, à une demi-heure environ au nord-est du lac de Senipach. Les Autrichiens étaient au nombre de cinq à six mille, les Suisses quinze cents, pas fort bien armés, avec des épées lourdes et courtes, des boucliers de bois, sans armure pour la plupart, commandés par l'échevin de Lucerne, Pierre Gondoffingen. Les Suisses se mirent h genoux, récitèrent leurs prières, puis se ruèrent sur l'ennemi en formant une sorte de coin qui devait briser l'épaisse muraille de lances (lue leur opposait le carré des chevaliers. Les Autrichiens, un peu surpris, s'étaient séparés en deux groupes. Quelques-uns, restés à cheval, demeuraient un peu en arrière et formaient la réserve ; les autres avaient mis pied à terre, dévissé ou coupé les becs de leurs souliers à la poulaine et ils marchaient sur les Suisses en masse profonde. Au premier choc, le poids de cette masse renversa tout ; les montagnards, qui n'avaient pour armes que des bâches ou des épées courtes, s'épuisaient en eiTorts inutiles pour atteindre les clievaliers protégés par leurs cuirasses et couverts par un rempart de piques. Snlon les chants populaires, racontés plus tard, un braoe homme de Stanz, Arnold de Winkelried, s'avança sans armes, en criant à ses compagnons : « Camarades, pensez n ma femme et à mes enfants: » il saisit le plus de lances qu'il put, les tira sur lui juscpi'à ce qu'il tombât transpercé et ouvrit ainsi dans les rangs autrichiens sur son corps une brèche par
444 L'EMPEREUR VEXCESLAS (1378-1479)
OÙ passèrent les Suisses. Les sources conleraporaines ne parlent pas de Winkelried, et l'histoire prudente n'affirme pas qu'il ait réellement existé. Mais la légende, suivant son procédé ordinaire, n'a fait que résumer dans un nom l'héroïsme d'une armée, et comme l'a dit très justement un écrivain contemporain, tous les Suisses ce jour-là furent des Winkelried '.
Peu à peu, par une suite toute naturelle de la marche et du combat, la ligne des Autrichiens était devenue un peu flottante. La chaleur était si intense qu'après la bataille on trouva des chevaliers morts dans leur armure, sans blessure apparente. Quelques hardis montagnards profilèrent du désordre et de la faligue des chevaliers pour pénétrer dans leurs rangs. « Les seigneurs fuient, crient-ils, les seigneurs fuient. « — Les chevaliers de la réserve accourent pour rétablir le combat, mais leur arrivée augmente la confusion. Les valets, à qui on avait confié les chevaux, ne songent qu'à mettre leur vie en sûreté et se sauvent. Abandonnés à eux-mêmes, écrasés de chaleur, embarrassés par leurs armures, et assaillis de tous côtés, les chevaliers tombent et meurent presque sans se défendre. Léopold, « l'honneur de la chevalerie », ayant vu tomber son porte-étendard saisit la bannière et l'agite : mais un coup le renverse avec elle à terre. Mort, il laisse sur le champ de bataille avec lui les représentants des plus illustres familles de la Souabe, de l'Argovie et du Tyrol.
La chevalerie, dans ce siècle si funeste pour elle, avait déjà subi bien des désastres, aucun peut-être plus hurai-
1 La question de Winkelried a donné lieu à des polémiques très ardentes. En somme, les récits les plus rapprochés de la halaills n'en font aucune mention; la question a été très bien résumée dans une brochure de Secrétan, S'-.mpach cl Winkelried, Lausanne 1886.
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liant. De Milan ù Lubeck, on parla du peuple des Tzwitzer qui avaient battu le « grand peuple du duc », et les chants populaii'cs transmirent aux générations futures le souvenir de celte liéroïque journée qui fonda la liberté helvétique. Venceslas tira le plus habilement parti de l'événement. Depuis 1383, il se rapprochait des villes ; certains électeurs, mécontents et turbulents, avaient commencé à intriguer contre lui. A la diète de Nuremberg, 1387, il se jeta résolument du côté des villes, confirma tous leurs privilèges, s'engagea à ne pas supprimer leurs ligues, et obligea les seigneurs à signer le traité de Mei-gentheim qui renouvela la paix de Heidelberg. Mais ce traité ne dura pas plus que le premier.
Les ducs de Bavière, menacés déjà par Augsbourg et Ratisbonne, etayant sur leurs flancs deux ennemis redoutables dans révoque d'Eiclistadl et l'archevêque de Salzbourg, tous deux soutenus par la ligue, étaient mécontents. Le comte de Wurtemberg, l'évêque d'Augsbourg, le burgrave de Nuremberg, le margrave de Bade, le comte palatin Robert, etc., se joignirent à eux. Peu à peu, presque sans entente préalable et par la force de la situation, la ligue des princes s'organisait. La petite noblesse, même avec plus d'intelligence politique que les bourgeois, avait aperçu le péril qui découlait pour elle des progrès des villes. Pour défendre leurs intérêts communs, princes et chevaliers oublièrent un moment leurs querelles et leurs ambitions, firent appel aux nobles étrangers, et reçurent des secours de France.
C'était le moment pour Venceslas de pi-endro un parti; mais, après avoir vivement encouragé les villes, il se renferme dans son indifférence ordinaire. Les villes, un peu déconcertées d'abord, décident cependant une expédition
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contre le comte de Wurtemberg, l'ennemi le plus violent des bourgeois, elle plus détesté. L'armée de la ligue, composée de quatre mille piétons, partit d'Augsbourg-et rencontra Eberbart à quelque distance de Weil, près du village de Deffingen. Les seigneurs avaient six cents lances et deux mille paysans wurtembergeois. La fougue inconsidérée des cbevaliers faillit leur être encore funeste : ils attaquaient en désordre, furent refoulés et très maltraités. Déjà une certaine bésitation se manifestait dans leurs rangs, quand le vieil Eberbart releva leur courage en criant : « Voyez, les bourgeois fuient, nous les tenons. » Au même moment, des troupes fraîcbes entraient en ligne. Surpris par ce retour imprévu, les bourgeois des villes reculent, les mercenaires de Franconie elduRbin lâchent pied, et bientôt la fuite emporte tout ' (:23 août 1388).
La défaite de Deffingen n'avait pas atteint sérieusement la force des villes. Après elle, plusieurs combats se terminèrent à leur avantage, et Ratisbonne remporta un sérieux succès sur l'armée des nobles dont les domaines étaient ouverts et dévastés. Mais l'effet moral de la bataille de Dcftingen avait été désastreux ; partout, le parti pacifique avait repris le dessus. Ulm, qui était en général favorable aux décisions hai'dies, était atlaibli par la mort de son bourgmestre Desserer, qui s'était fait liéroïtiuement tuer, et par les accusations plusou moins justitiées qui attribuaient la défaite de Deftingen à la retraite précipitée de son contingent. Les alliés des Souabes, surtout les villes du Rhin, étaient ti'ès abattues. Leur armée, surprise dans un délilé près de Worms, par le comte palatin Robert, avait été mise en déroute ; cent cinquante boui'geois, des plus riches, el
1 Visclier, p. S9, Liodaer, II, p. 30.
BATAILLE DE DEFFliNGEN (1388) iil
des plus anciennes familles, étaient au nombre des victimes (novembre 13S8). Les villes n'osaient plus aventurer leurs soldats hors de leurs mui'ailles. Leur timidité favorisait les pillards qui menaient le pays à feu et h sang; le commerce était interrompu, la misère générale. « Pendant que dura cette guerre, nous dit le chroni(}ueur, les possessions des ducs de Bavière et de leurs alliés, tout le pays de Souabe, de Franconie et d'Alsace, ainsi que les domaines des comtes, seigneurs et villes qui y prirent part, furent si épouvantablement ravagés, pillés et saccagés que plus de gens furent réduits à la misère et périrent que cela n'était arrivé auparavant depuis des centaines d'années. Presque tous les paysans furent forcés de passer l'hiver dans les villes. En'Wurtemberg, on parcourait 10 à 12 milles sans trouver de ville ou de village. En Alsace, plus de cent villages furent rançonnés ou pillés, et quel([ues-uns si complètement détruits qu'il n'y resta ni église ni maison. »
L'occasion ei^it été bonne pour un prince entreprenant ; les villes étaient disposées à acheter à tout prix l'alliance royale contre la noblesse. Mais Venceslas n'avait pas de si vabtes ambitions. Il se jeta encore du côté des vainqueurs. A la diète d'.Egra, 1389, il ordonna la dissolution de toutes les confédérations des villes, et les transforma encore en une paixpubli(iue. Les bourgeois, qui venaient de subir une nouvelle défaite à Francfort, se résignèrent et abandonnèrent une ligue qui leur avait imposé plus d'inquiétudes cl de sacrifices qu'elle ne leur avait olfert de sécurité.
Après tout, le but immédiat de leur confédéralion n'élailil pas atteint? Les villes s'étaient soulevées pour conserver leur rang de cités impériales et ne pas être livrées à la domination des princes voisins ; depuis lors, les empereurs
renoncent on fait à leur droit d'engager les villes immédiates; la terreur qu'a inspirée la ligue les protégera longtemps encore après sa dissolution. Peu à peu, elles complètent leur affranchissement, obtiennent ou achètent l'abandon de presque tous les droits que les empereurs avaient conservés sur elles, et décident de force ou de gré les seigneurs voisins à renoncer à ceux qu'ils prétendaient encore exercer dans leurs murs. Lorsque la ligue est dissoute, de villes impériales elles sont devenues de fait des villes libres. Elles gardent la possession paisible de leurs immunités anciennes, le droit de s'imposer. Elles promettent, il est vrai, de ne plus accorder le droit de bourgeoisie aux paysans qui restent établis sur les domaines des seigneurs, mais leur autonomie intérieure n'en est pas moins complète et incontestée.
A plusieurs reprises, les villes essayèrent encore de se réunir. Dès 1390, treize cités forment une alliance, et des confédérations pareilles s'essaient encore pendant toute la première moitié du xiv siècle ; elles ne disparaîtront définitivement qu'à la suite de la guerre malheureuse de 1449, oîi l'alliance qui comptait déjà trente-et-un membres est de nouveau battue, et se sépare. Néanmoins, derrière les remparts des villes, à l'abri de leurs immunités, grandit une classe énergique, riche, active, qui exerça sur la vie sociale et la civilisation de l'Allemagne une grande et salutaire influence. S'il n'y eut point une chambre des communes allemande, il y eut une bourgeoisie allemande.
La fortune ne favorisa complètement que les Suisses, parce qu'ils savaient très bien ce qu'ils voulaient. Vainement l'oncle du vaincu de Sempach, Albert III, auquel les héritiers directs de Léopold avaient remis le gouvernement de leurs États, essaya-l-il de venger lallVont des armes autri-
BATAILLE UE NŒFELS (1388) U9
chiennes. Le comle de Wurleniberj< dirigea une nouvelle expédition de quinze cents hommes contre la Suisse. Suivant la route escarpée et difficile qui se dirige sur Beglingen et Mollis, il franchissait la montagne de Kerenz ; le gros de l'armée, quatre ou cinq mille hommes environ, longeait le cours de la Linlli. Les Aulriciiiens emportèrent d'abord une digue, trop faiblement défendue, qui coupait l'entrée de la vallée de Claris et dont on voit encore aujourd'hui les restes, et se répandirent dans la plaine, pillant et brûlant les maisons. Les Glaronais, que quelques hommes de Schwylz avaient rejoints, n'étaient guère plus de six cents hommes. Us profitèrent du répit que leur laissait l'ennemi pour se rallier sur le penchant d'une colline au sud-ouest de Nœt'els. Quand les Autrichiens arrivèrent, fort en désordre, ils furent accueillis par une grêle de pierres : les chevaux s'effrayèrent, et les chevaliers reculèrent pour se reformer. Mais les Suisses ne leur en laissèrent pas le temps. Surpris par cette défense imprévue, saisis d'une terreur presque supei'stitieuse, aveuglés par des toui'billons de neige, les clievaliers précipitèrent la retraite (|ui bientôt dégénéra en déroute. Les Glaronais les poursuivirent au delà de la Linth, jusqu'au pont de la Maag(iui s'effondra sous le poids des fuyards. Le comte de Wurtemberg qui, du haut d'une colline, avait assisté à la déroute, perdit la tète et n'essaya pas de venir au secours de ses compagnons. Les Autrichiens avaient perdu dix-sept cents hommes, le tiers de leur effectif, plus de trois fois l'armée entière des Glai'onais (1388). Albert signa avec les confédérés une trêve de sept ans qui laissait aux Suisses toutes leurs conquêtes et qui fut prolongée plus tard. De c<itte trêve date réellement l'indépendance helvétique. Depuis lors, l'Autriche dont l'ambition se tourna de plus en plus vers