EMPIRE ET ALLEMAGNE AU XII[« SIÈCLE
Alphonse X, ses sujets lui interdirent de quitter son royaume; et il méritait le titre de sage en leur obéissant, parce qu'il ne pouvait faire autrement. Le frère de Uichara de Cornouailles, le puissant roi d'Angleterre Henii III, lui donna une nouvelle occasion d'exercer sa saj^esse en l'obligeant à renoncer à la consolation qu'il avait voulu se donner de s'appeler empereur d'Espagne, et il devait, mais sans y réussir, intriguer dans la péninsule italienne pour se faire couronner par le pape.
En réalité, ces deux princes'n'étaient, ni en droit ni en fait, empereurs. Ils avaient eu un nombre égal de voix: Les papes, et cela était alors reconnu comme une nécessité, avaient toujours refusé de se prononcer entre eux; encore moins avaient-ils couronné l'un on l'autre à Rome. Il y avait donc bel et bien interrègne impérial ; et si quelques historiens allemands récents, rompant avec la tradition de leurs prédécesseurs qui caractérisaient cette période, en la déplorant du nom de Temps sans empereur (die Kaiserlose Zeil), ne veulent point qu'il y ail alors eu interrègne, solution de continuité impériale, c'est évidemment aujourd'hui par une sorte de tlaiterie ou do fétichisme pour cette institution restaurée dans laquelle ils ne veulent plus souffrir ni lacune ni défaillance. Un document du temps, bien plus autorisé, nous dit que « le souvenir de l'empire s'était évanoui comme un son. »
11 semble jusqu'à un certain point que le saint siège après avoir contribué à ébranler l'empire cherche à le remplacer en Allemagne. Le successeur d'Innocent IV, Urbain IV, traite indifféremment de roi les deux concurrents. Un instant, en 1263, il convoque les fondés de pouvoir des deux élus à Rome; mais il remet sa décision successivement jusqu'en 1264, 65 et ^Q; et, son successeur, jusqu'en
1268, sans se décider. Les papes aiment à perpétuer le schisme impérial à la faveur duquel ils sont plus puissants en Allemagne. L'empereur Frédéric II mort, Conrad IV mort, Conradin mort, les vrais empereurs du haut empire sont bien finis.
L'ambition politique universelle des empereurs allemands était condamnée, avant que la puissance universelle des papes fut condamnée à son tour. Les plus grands de ces empereurs avaient, en un temps, reculé au Nord et à l'Orient les frontières chrétiennes ; un instant Frédéric II avait reconquis Jérusalem. Ses successeurs mettaient à peine le pied dans l'empire. Les nations mênje qu'il avait menacées, et qui étaient restées cachées sous ce double nuage d'universalité du moyen âge, apparaissent sous leurs formes originales. Les républiques d'Italie et le royaume de Naples se détachent de l'Allemagne; le Danemark, la Pologne, la Bohème, la Hongrie secouent leur vasselage. Le royaume d'Arles, quand nul n'y est couronné, n'obéit à personne. La France, avec saint Louis, prend le premier rang parmi les nations nouvelles. D'après les établissements de ce roi « on ne peut appeler de lui qu'à Dieu. »
Mais (piand se sont dissipées les dernières vapeurs de ces lourdes et sombres nuées impériales qui avaient recelé tant d'orages, apparaît l'Allemagne vraie de cette époque, l'Allemagneféodale, ecclésiastiqueet municipale, dans toute celte diversité et cette variété originale d'États et de formes politiques ((ui a toujours constitué son caractère distinctif. Elle surgit à l'air libre et à la lumière du soleil, comme, après la chute de l'empire de Charlemagne qui avait aussi tout voilé, était apparue, trois siècles auparavant, la France féodale du x« siècle.