TROIS EMPEREURS ET TROIS PAPES
poids de leurs fautes, la cupidité des puissants augmente, tout sens moral s'éteint. Les grandes familles sont rongées par les dissensions intestines, Habsbourg, Wittelsbach, Luxembourg, etc. Au milieu de leurs querelles, les princes oublient leurs devoirs de suzerains et perdent leur autorité. L'esprit d'insubordination et de révolte se propage de proche en proche, les nobles se soulèvent contre leurs suzerains, comme les électeurs contre l'empereur; et les petits mettent à profit les besoins et la faiblesse de leurs maîtres pour se soustraire à leur autorité, dans un grand nombre de principautés. Les diètes provinciales prétendent exercer une influence prépondérante dans le gouvernement, sans se montrer capables d'organiser et d'exercer le pouvoir.
L'anarchie, après avoir dévoré la puissance de l'empire, atteint maintenant les diverses parties qui le composent. A leur tour, les princes sont les victimes de la révolution qu'ils ont déchaînée: sans finances régulières, sans armées indépendantes, sans administration, ils sont à la merci des insurrections et les justifient par leurs fautes. Tous les appétits se donnent carrière; les mœurs deviennent brutales: plus de justice, plus de sécurité! Des traités aussitôt violés que conclus. Arrivent des bandes d'écorcheurs. A un moment donné, l'Autriche , la Moravie, la Bohême sont ravagées par des grandes compagnies comme en France, en Angleterre, en Espagne, en Italie même. De temps en temps, cependant, les paysans libres qui, dans les siècles précédents, n'avaient pas partout disparu, défendent leur liberté. Dans la Basse-Allemagne, le plus important de ces groupes de paysans libres, !e plus détesté des seigneurs aussi, était toujours celui des Dilhmarses. En 1404, le duc du Schleswiget le comteduHolstein entreprennent une ex-
468 L'EMPEREUK VENCESLAS (1378-1419)
pédition contre eux: au retour les chevaliers sont surpris dans une vaste forêt, les chevaux abattus, beaucoup de nobles tués; les Dilhmarses conservèrent leurs privilèges. Une autre guerre de l'Allemagne, dans le Sud, en 1401 ! les habitants du pays d'Appenzel veulent encore se réunir aux confédérés et se soulèvent contre Fabbé de Saint-Gall. Malgré l'abandon des Suisses, ils résistent victorieusement non seulement à l'abbé de Saint-Gall, mais aux troupes autrichiennes, lis avaient à leur tête le comte de Wendenberg- Rheineck qui avait échangé sa cotte de maille contre la blouse des paysans et combattait comme eux à pied. Tout le pays qui environne Constance prit parti pour eux, ^ tous les paysans désiraient être des Appenzell ». Partout où ils passaient, ils chassaient les seigneurs, détruisaient les châteaux; l'agitation commençait à se propager dans une grande partie de l'Allemagne du Sud. Les chevaliers et les comtes de Souabe cependant assaillirent les insurgés avec des forces supérieures devant Bregenz (ju'ils assiégeaient. Après avoir perdu une quai'antaine d'hommes, les paysans se replièrent en désordi'e de l'autre côté du Rhin, en abandonnant leur artillerie (janv. 1408). La ligue qu'ils avaient formée fut dissoute, mais les châteaux qu'ils avaient démolis ne furent pas reconstruits.
Perles extérieures de l'Empire sur ses frontières, orientales et occidentales ; prospérité intérieure des villes.
Rien d'étonnant que l'Allemagne oublie alors ses ambitions, qui avaient si longtemps survécu à sa puissance, et que, sur toutes les frontières, la race germanique recule.